La fameuse image du "Tank man", Tiananmen, 1989
La fameuse image du "Tank man", Tiananmen, 1989

Tiananmen, 1989 : comment en est-on arrivé là ? - #CulturePrime

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Tiananmen, 1989 : comment en est-on arrivé là ?

Il y a 30 ans, les manifestations place Tiananmen étaient réprimées dans le sang. Ces événements qui ont dessiné la Chine d’aujourd’hui, officiellement, ne se sont pas produits. Le pouvoir impose une amnésie collective. Comment en est-on arrivé là au printemps 1989 ?

Cette image a fait le tour du monde. Elle est devenue le symbole du plus grand mouvement pour la démocratie en Chine du XXe siècle. Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, le n°1 chinois, Deng Xiaoping, donne l’ordre à l’armée de tirer sur la foule des étudiants qui occupent la place Tiananmen depuis 7 semaines. Un événement qui va redessiner la Chine d’aujourd’hui. Comment en est-on arrivé là ?

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1- La fin des espérances

Le 15 avril 1989, le réformateur Hu Yaobang ancien secrétaire général du PC, meurt. Pour Jean-Philippe Béja, sinologue, “la mort de Hu Yaobang apparaît comme une grande défaite pour les forces réformatrices et pour le système politique.” C’est avec des couronnes de fleurs que les étudiants vont lui rendre un dernier hommage place Tiananmen. Ils demandent aux dirigeants la poursuite des réformes vers plus de démocratie. 

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La police les réprime sans ménagement. 

Le Quotidien du Peuple, journal officiel, qualifie la mobilisation de “chaos perpétré par une poignée d’agitateurs manipulée par des éléments extérieurs”. La 38e armée prend alors position dans les faubourgs de Pékin.

Voici pourquoi le pouvoir reste sourd aux revendications des étudiants qui ne réclament pas la fin du parti mais juste un peu de liberté et de démocratie.

2- La hantise des mouvements de foules 

Les mouvements de foule rappellent à Deng Xiaoping la folie de la Révolution culturelle au cours de laquelle lui et sa famille furent humiliés et désavoués. Il est même exclu du parti en 1969. 

3- Une coïncidence diplomatique

Le 15 mai 1989, Mikhaïl Gorbatchev arrive à Pékin. Cette visite officielle marque la fin de 30 ans de brouille entre les deux géants communistes. “C’est la grande victoire de Deng Xiaoping, et Gorbatchev ne peut pas aller place Tiananmen. C'est inacceptable pour le pouvoir chinois".

4- Une lutte de pouvoir interne

Parallèlement, Deng Xiaoping mène une autre bataille. A l'époque, au sein du PC, deux courants s’affrontent : les réformateurs, partisans d’une solution pacifique à la crise, et les orthodoxes, partisans de la répression. 

En massacrant la jeunesse de son pays, Deng Xiaoping annonce à la Chine et au monde la victoire des conservateurs. Exit les réformes politiques et les idées de liberté et de démocratie. 

Le 9 juin 1989, le gouvernement publie une liste de 21 noms, ceux des leaders étudiants et des intellectuels les plus recherchés du pays. C’est l’heure des arrestations arbitraires, des parodies de justice et des premières exécutions.

Officiellement, cet événement ne s’est jamais produit. Depuis 30 ans, le pouvoir impose une amnésie collective. Sans doute espère-t-il ne jamais voir la démocratie sortir de son coma.

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