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Tiananmen : pourquoi le printemps de Pékin a échoué

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Un homme seul face aux militaires sur la place où dans la nuit du 3 au 4 juin 1989 des soldats mettaient fin dans le sang à 7 semaines de défilés et de grèves de la faim d’étudiants et d’ouvriers
Un homme seul face aux militaires sur la place où dans la nuit du 3 au 4 juin 1989 des soldats mettaient fin dans le sang à 7 semaines de défilés et de grèves de la faim d’étudiants et d’ouvriers
© Getty - Jacques Langevin / Sygma

Le 4 Juin 1989, le couple vedette de la CCTV, la télévision officielle chinoise, est habillé en noir. Du Xian et Xue Fei annoncent d’une voix triste que l’armée vient d’intervenir place Tiananmen, au cœur de Pékin. Ce sera leur dernier journal… Retour sur l’échec d’un mouvement avec ses acteurs.

Feng Cong-de était l’un des principaux leaders étudiants de Tiananmen en 1989. Un de ceux et celles qui ont demandé pendant sept semaines sur cette place la fin de la corruption et davantage de démocratie. De Taïwan – il est désormais réfugié aux Etats-Unis –, il analyse les raisons de l’échec du « printemps de Pékin ».

Feng Cong-de, l’un des principaux leaders étudiants de la place Tiananmen en 1989. Il est réfugié aux Etats-Unis.
Feng Cong-de, l’un des principaux leaders étudiants de la place Tiananmen en 1989. Il est réfugié aux Etats-Unis.
© Radio France - Dominique André

Pourquoi le 4 juin s’est-il terminé brutalement ? Parce qu’on n’a jamais pensé à renverser le pouvoir. Donc on ne pouvait pas réussir. Pourtant, on en a eu l’occasion ! Mais on s’est fait laver le cerveau. Le Parti communiste continue aujourd’hui à contrôler les jeunes comme ça. Je dis aux jeunes de faire attention à ne pas reproduire les mêmes erreurs que nous dans leur combat.

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En 1989, le choix de la répression a permis au Parti communiste chinois de garder le pouvoir. L’histoire s’est révélée bien différente en Europe, où la chute du mur de Berlin, cinq mois plus tard, a entraîné l’effondrement du régime soviétique.

Le 4 juin 1989, la place Tiananmen est livrée aux chars du régime chinois. Ils répriment dans le sang un mouvement pro-démocratique inédit. Le nombre précis des morts reste inconnu.
Le 4 juin 1989, la place Tiananmen est livrée aux chars du régime chinois. Ils répriment dans le sang un mouvement pro-démocratique inédit. Le nombre précis des morts reste inconnu.
© AFP - EyePress

L'année de tous les espoirs

Exilé aux Etats-Unis, l’artiste Gao Ertai (il signe En quête d'une terre à soi, chez Actes Sud), incarcéré après Tiananmen, a réfléchi aux différences fondamentales entre les deux grands événements de 1989. 

« Hormis la Yougoslavie, les pays communistes étaient sous la coupe de l’URSS. Les peuples considéraient leurs dirigeants comme dépendant d’un pouvoir politique étranger. Leur existence ainsi que celle du mur de Berlin étaient garanties par l’Armée rouge. Avec la Perestroïka, la chute du mur est devenue évidente. »

Pour la Chine, la Corée du Nord, Cuba et le Vietnam, c’est différent. Les dirigeants politiques ont résisté et résistent encore en faisant régner la terreur. Mais désormais, ils craignent pour leur survie.

Dans son discours du 9 Juin 1989, Deng Xiaoping, l’homme de la réforme d’ouverture économique, qui a donné l’ordre de tirer sur les manifestants, félicite l’armée, mais il insiste : la politique d’ouverture et de réforme continue. 

Retour en arrière

Trente ans après, quels sont les espoirs d’ouverture politique ? En Chine il est dangereux d’évoquer Tiananmen. Allumer une simple bougie à la mémoire des victimes est interdit. Depuis la mort de Liu Xiaobo, prix Nobel de la paix, Hu Jia devenu une figure majeure de la dissidence – en 2008, il a obtenu le prix Sakharov pour la liberté de l'esprit, délivré par le Parlement européen –, n’abandonne pas ses rêves de démocratie.

Hu Jia, opposant chinois, né en 1973. En 1989, pour la première manifestation de sa vie, il avait 16 ans. Harcelé par la police, il a fait trois ans de prison pour « atteinte à la sûreté de l’Etat ».
Hu Jia, opposant chinois, né en 1973. En 1989, pour la première manifestation de sa vie, il avait 16 ans. Harcelé par la police, il a fait trois ans de prison pour « atteinte à la sûreté de l’Etat ».
© Radio France - Dominique André

Le régime de Pékin, c’est pas la Corée du Nord. La Chine censure internet, mais aujourd’hui, vous m'interviewez ! Il y a quand même des voix qui sortent du pays. Si on compare avec l’époque de Mao, Xi Jinping n’est pas le pire. Il est sous la pression internationale.

"La Chine est obligée de s’intégrer dans la communauté internationale, même si le Parti communiste chinois rejette cette idée. Il ne peut pas éviter complètement l’influence extérieure », ajoute le militant, qui a purgé une peine de prison de 3 ans pour « atteinte à la sûreté de l’Etat."

Reste que, aujourd’hui, aucun dialogue politique n’est possible entre les opposants et le régime de Xi Jinping. Offensif, ce dernier s’acharne à défendre son modèle à l’extérieur des frontières de la Chine. 

Traductions : Shenyan Hou