Total western

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Total western

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Les Misérables de Ladj Ly
Les Misérables de Ladj Ly
- SRAB Films - Rectangle Productions - Lyly films

Cannes 2019. "Les Misérables" et "Bacurau" jouent aux cowboys et aux indiens pour mieux décrire les fractures, les tensions et les affrontements contemporains, dans les banlieues françaises comme dans les zones arides du Nordeste brésilien. La fièvre monte à El Croisette…

Dans une 72e édition qui s'annonce comme celle du retour des genres, après le film de zombi en ouverture, voici le western, revisité à la française et à la brésilienne. Le premier a valu à son auteur, Ladj Ly, une ovation de 10 minutes hier soir en projection de gala. "Les Misérables" est la version longue du court métrage homonyme qu'avait signé il y a deux ans ce natif, et toujours habitant de Montfermeil, qu'il filme au long cours depuis les émeutes de 2005. 

Par les temps qui courent
58 min

Placé, comme son titre l'indique, sous les auspices de Victor Hugo ("Il n'y a ni mauvaises herbes, ni mauvais hommes. Il n'y a que de mauvais cultivateurs"), Hugo qui avait placé l'épisode de Cosette et des Thénardier précisément à Montfermeil, le film est un western en ce qu'il suit une patrouille de cow-boys de la BAC, moyen pour le cinéaste d'arpenter les quartiers en déshérence et d'en montrer à la fois la diversité, les fractures, et les tensions qui règnent entre les différents clans. 25 ans après "La Haine", "Les Misérables" a le mérite, lui, d'échapper aux poncifs du film de banlieue, et surtout à son programme un rien didactique pour se clore en une magistrale scène d'assaut claustrophobique dans une cage d'escalier. 

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La revanche des cangaçeiros

Les villageois de «Bacurau».
Les villageois de «Bacurau».
- Victor Juca. Cinemascopio

On aura toutefois été beaucoup plus enthousiasmé, sur le plan cinématographique, par le second film présenté hier en compétition : "Bacurau", des Brésiliens Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles. Cette fois, on est du côté des Indiens, d'un petit village du sertão menacé de se retrouver, littéralement, rayé de la carte. Il rassemble toute une communauté, admirablement filmée, de tout ce que le président Bolsonaro conspue à longueur de tweets, et renoue brillamment avec un genre qui fit les belles heures du cinéma brésilien : le film de cangaçeiros. Un climat de résistance et d'insurrection rassemble "Les Misérables" et "Bacurau" : la fièvre monte à El Croisette, comme ailleurs...

Cannes Jour 3 - Chronique Antoine Guillot

2 min