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Trafic de biens culturels : c’est le Pérou !

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Présentation ce jeudi, à l'ambassade du Pérou à Paris, des trois pièces archéologiques restituées aux autorités péruviennes. Deux statues en terre cuite et un bâton en bois sculpté saisis en mars 2007
Présentation ce jeudi, à l'ambassade du Pérou à Paris, des trois pièces archéologiques restituées aux autorités péruviennes. Deux statues en terre cuite et un bâton en bois sculpté saisis en mars 2007
© Radio France - Jonathan Trullard

Trois pièces archéologiques précolombiennes ont été restituées ce jeudi 6 juin au Pérou par la France. Elles avaient été saisies en 2007 par les douanes de l’aéroport de Roissy. L’exemple d’un juteux trafic de trésors culturels qui concerne tous les continents.

Ce sont des biens emblématiques du patrimoine culturel péruvien : deux statuettes en terre cuite et un bâton en bois appartenant à la culture Chancay et Chimu du Pérou, période classique (1 100 et 1 450 ap. JC). Ils avaient été saisis en mars 2007 par les douanes de l’aéroport de Roissy. Ce jeudi 6 juin, ils ont été restitués au cours d’une cérémonie formelle à l’ambassade du Pérou, à Paris. Le directeur des douanes françaises, Rodolphe Gintz, parle de biens d'une très grande valeur. L’exemple d’un trafic international qui se porte bien : 14 000 biens culturels ont été saisis en France en 2018.

Reportage sur la restitution de ces objets à l'ambassade du Pérou en France. Par Jonathan Trullard

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Ces objets avaient été découverts lors du contrôle d’un colis postal en provenance du Pérou pour un particulier en France. Le document les accompagnant les présentait comme des répliques.
Ces objets avaient été découverts lors du contrôle d’un colis postal en provenance du Pérou pour un particulier en France. Le document les accompagnant les présentait comme des répliques.
© Radio France - Jonathan Trullard

Plusieurs millions d’euros de biens culturels interceptés en 2018

La coiffeuse de Picasso restituée au centre Pompidou en 2015, 250 antiquités grecques rendues à l’Egypte en 2014, 5 statuettes Nok au Nigeria en 2013, les restitutions de biens culturels et patrimoniaux sont affaires courantes en France comme à l’étranger. La douane française relevait 43 saisies en la matière en 2018, soit plusieurs millions d’euros de biens culturels interceptés en circulation illégale. 

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Ce jeudi 6 juin, trois pièces archéologiques précolombiennes saisies en mars 2007 par la douane française à l’aéroport de Roissy ont ainsi été rendues au Pérou. Deux statuettes en terres cuites et un bâton en bois d’une valeur difficilement estimable. La toute nouvelle ambassadrice péruvienne à Paris, Cristina Ronquillo, a pour l'occasion convié en grande pompe une cinquantaine d'officiels et de journalistes pour cette restitution des trois objets. "Le trafic illicite de biens culturels constitue un délit grave envers la culture et l'héritage des générations futures. C'est pour cela que durant les dernières années le Pérou s'est engagé fortement dans les actions de récupération, restitution et rapatriement de notre patrimoine culturel" a déclaré l'ambassadrice, très heureuse de se voir restituer ses premiers biens culturels depuis son arrivée avenue Kléber_._ Aicha Bachir Bacha, archéologue à EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales), détaille ce que représente ces trois objets péruviens et leur importance :

Aicha Bachir Bacha : "Ces pièces sont d'une grande valeur culturelle"

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Si selon l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC), les vols de biens culturels en France ont baissé ces dernières années, la tendance diffère dans le reste du globe, notamment dans les états les plus déstabilisés économiquement ou faisant face à des conflits armés, comme en Afrique et au Moyen-Orient. 

En savoir plus : L'art du crime : enquête au coeur de l'OCBC

Une lutte acharnée pour combattre ce fléau

Le cas de ces statuettes péruviennes n'est donc pas rare. Pour faire face à ce trafic, les ministères de l’Intérieur, de la Justice et celui de la Culture et de la Communication ont pris depuis 2007 l’initiative d’un plan commun pour renforcer la politique de prévention et de répression contre le trafic de trésors patrimoniaux. De plus, à l’échelle internationale, une coopération administrative entre États vise à faciliter la recherche et la localisation des biens culturels sortis illicitement d’un territoire et donc à permettre l’identification de leur détenteur. En Europe, cette entraide est assurée par les autorités centrales désignées par chaque État membre. À vocation interministérielle, l’OCBC tient ce rôle pour la France depuis sa création en 1975. Grâce au logiciel TREIMA (thésaurus de recherche électronique et d'imagerie en matière artistique), partagé avec les douanes et le ministère de la Culture, l’office détient une base d'imagerie des biens culturels volés sur le territoire national ainsi que des trésors nationaux circulant illicitement. Certains autres biens volés à l’étranger sont aussi répertoriés quand leur disparition est signalée par le canal d’Interpol. "Nous luttons contre ce trafic sous toutes ses formes, vol, escroquerie ou blanchiment d'argent, mais aussi sur les affaires internationales impliquant des biens volés à l'étranger et détenus sur le territoire français. Grâce à nos 80 correspondants régionaux__, nous avons connaissance de tous les phénomènes touchant à ce trafic en France, et nous sommes le point de contact Europol et Interpol pour les faits internationaux", détaille Didier Berger, chef de l'OCBC. Les enquêtes de police ont ainsi parfois permis de retrouver des biens dérobés moins d’un mois après leur vol. 

Didier Berger : "On est de moins en moins dans une délinquance d'appropriation"

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Le rôle crucial des douanes françaises

Les services douaniers français, chargés du contrôle des flux de marchandises sur l’ensemble du territoire, sont primordiaux dans la lutte contre les trafics d’œuvre d’art, à l’importation comme à l’exportation. À l’exportation, la douane s’assure que seules les œuvres autorisées quittent légalement le territoire ou y reviennent pour celles qui ne peuvent quitter définitivement le pays.  À l’importation, son action permet de lutter contre les trafics affectant ces objets volés franchissant les frontières afin d’être vendus sur le marché parallèle. Les États-Unis, le Royaume-Uni et la Suisse apparaissent fréquemment parmi les principaux pays de transit ou de destination. 

"Après la saisie d'un bien, l'étape judiciaire nous permet de confisquer le bien et d'en conférer la propriété à l'état français. Puis le ministère des Affaires étrangères entame des discussions avec ses homologues du pays d'origine des biens trouvés en vue de leur restitution en bonne et due forme, ce qui explique le délai parfois long entre la saisie et la restitution", explique le directeur des douanes françaises Rodolphe Gintz. Et pour cause... il aura fallu douze ans avant que le Pérou puisse se voir restituer les trois oeuvres interceptées à Roissy. 

En France, la réglementation régissant les allers et venues des biens culturels repose sur le Code du patrimoine dont le rôle est d’en limiter voire empêcher l’exportation, notamment pour ceux considérés comme "trésors nationaux". Pour déplacer ces biens hors de France, et même si un particulier en est le propriétaire, un certificat (pour les pays de l’UE) ou une licence (formulaire douanier pour les pays hors UE) est nécessaire pour des exportations temporaires.

Rodolphe Gintz : "On constate une recrudescence des saisies venant du trafic au Moyen-Orient"

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>>> A lire et écouter aussi, notre dossier "Restitutions, appropriation : à qui appartient la culture ?"