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Transmissions

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Pierre Deladonchamps et Vincent Lacoste dans Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré
Pierre Deladonchamps et Vincent Lacoste dans Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré
- Jean-Louis Fernandez/Ad Vitam

Cannes 2018. En lice pour la Palme d’or, Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré, contrechamp, côté intime, du 120 battements par minute, tout comme L’Eté, du cinéaste russe assigné à résidence Kirill Serebrennikov, transmettent des histoires du passé pour parler de la jeunesse d’aujourd'hui.

Chronique Cannes Antoine Guillot - PODCAST

2 min

Il aura fallu le délai d'une génération, plus de 20 ans, et l'expression sur la place publique, avec la Manif pour tous, de l'homophobie, pour que se raconte enfin sur les écrans ce qu'on a appelé en France "les années sida". Après 120 battements par minute de Robin Campillo, qui fit sensation l'an dernier ici à Cannes, et la minisérie Fiertés de Philippe Faucon, que vient de diffuser Arte, c'est donc au tour de Christophe Honoré, vous l'entendez depuis tout à l'heure dans les Matins de Guillaume Erner, de figurer ces années-là dans Plaire, aimer et courir vite, premier des quatre films français à concourir pour la Palme d'or. En choisissant le registre de l'intime, l'histoire d'un premier et d'un dernier amour, et sans s'appesantir sur l'analogie possible avec la viralité de la maladie, c'est bien une histoire de transmission que nous raconte Honoré : entre une génération interrompue, celle d'écrivains comme Bernard-Marie Koltès, Hervé Guibert ou Serge Daney, et celle qui a émergé à la fin du siècle dernier, celle, par exemple, de Christophe Honoré, et qu'il nous passe à son tour. 

Triangle amoureux punk sous Brejnev

Transmettre l'histoire d'une génération, c'est ce que fait également le cinéaste russe Kirill Serebrennikov avec L'Eté, également en compétition, qui évoque le milieu rock underground du Leningrad du début des années 80. Sous Brejnev, existait en effet, on le sait peu ici, toute une scène musicale, infusée du Velvet Underground, de David Bowie et de T. Rex, où une jeunesse désoeuvrée, guettée par l'alcoolisme et la guerre en Afghanistan, trouvait un échappatoire à l'étau idéologique d'un régime en train de s'écrouler, en chantant sa vie de tous les jours. De ce milieu souterrain, prémices de la perestroïka, allait émerger la première star du soviet rock, Viktor Tsoï et son groupe Kino. Ce sont ses premières années que raconte le film, sous la forme à la fois d'un très beau triangle amoureux, et d'une comédie musicale punk. Mais le plus émouvant du film, pendant le tournage duquel Serebrennikov, trublion de la scène théâtrale moscovite, a été arrêté et placé en résidence surveillé, c'est qu'on ne peut s'empêcher de voir, dans cette jeunesse révoltée qui cherche à s'exprimer sous la chape de plomb soviétique, le reflet de celle qui manifeste, aujourd'hui, dans les rues, contre un régime tout aussi étouffant, celui de Vladimir Poutine.

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