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Trente ans avant Trump, quand Reagan renonçait à expulser l'OLP hors des Etats-Unis

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Parachutistes français arrivant sur le lieu du crash du CD 10 d'UTA en 1989. L'attentat, qui a tué 171 personnes, sera attribué à la Libye.
Parachutistes français arrivant sur le lieu du crash du CD 10 d'UTA en 1989. L'attentat, qui a tué 171 personnes, sera attribué à la Libye.
© AFP

Previously. Alors que Washington a décidé de fermer la délégation palestinienne à Washington cette semaine, retour historique sur les velléités américaines pour museler les diplomates arabes représentés à l'ONU.

La date butoir est pour cette fin de semaine. Le personnel de la délégation de l’OLP, l’Organisation de libération de la Palestine, à Washington, devra avoir quitté le territoire américain avant samedi 13 octobre au soir. L’injonction, annoncée par le Département d’Etat, avait été confirmée début septembre. Mais depuis l’élection de Donald Trump à la Présidence, et le durcissement de la politique américaine vis à vis de la Palestine, l’hypothèse d’une expulsion était discutée dès l'année 2017. 

La menace d’expulsion est désormais à exécution, ultime réponse à l’Autorité palestienne qui avait coupé les ponts avec les diplomates américains depuis que Washington a décidé de déménager son ambassade de Tel Aviv à Jérusalem. La mesure est forte, elle est rare aussi : il n’est pas d’usage courant, dans les balais diplomatiques, qu’un pays boute hors de son territoire une délégation diplomatique qui y serait installée depuis bientôt 45 ans. 

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Reagan, entre le marteau et l'enclume

Pourtant, un détour par l’histoire montre que ce n’est pas la première fois que que la question de l'éviction de l’OLP se pose. Dans l’histoire houleuse des relations entre les Etats-Unis et la Palestine, on distingue plusieurs périodes de durcissement, et notamment l’année 1985. Cette année-là, deux sénateurs républicains, du nom de Dole et de Grassley, avaient déjà plaidé auprès de Ronald Reagan, alors Président des Etats-Unis, pour arracher l’éviction des délégués de l’OLP présents sur le sol américain.

A l’époque, Ronald Reagan avait tergiversé, puis renoncé à donner satisfaction aux deux Républicains en boutant hors du pays les délégués Palestiniens. Mais dès son élection, le Président républicain avait durci le ton envers les diplomates d’un certain nombre de pays, allant jusqu’à circonscrire les déplacements sur le territoire américain de plusieurs d'entre eux issus de pays bien précis. Quand l’administration Reagan ne tentait pas carrément de limiter les allers et venues de fonctionnaires internationaux qui se trouveraient avoir telle ou telle nationalité, quoique sur place pour travailler à l’ONU, par exemple. En 1984, Washington avait décidé par exemple que les fonctionnaires libyens embauchés par l’ONU, ainsi que leurs familles, n’auraient pas le droit de se déplacer au-delà des frontières de la ville de New-York (où se trouve le siège de l’ONU).

Washington pouvait avoir la main lourde, en cette période de tensions qui débouchera notamment sur la première Intifada, l'attentat de Lockerbie le 21 décembre 1988 ou encore, le 19 septembre 1989, l’attentat contre le vol 772 du DC 10 d’UTA - tous deux attribués aux services secrets du Colonel Kadhafi. 

Malgré une décision de justice affirmant que la propriété en question avait bien le statut de résidence diplomatique, Reagan assumera par exemple de restreindre au représentant permanent libyen l’accès à une villa située dans le New Jersey, qui appartenait pourtant à la Libye, et où le chef de la mission libyenne à l’ONU avait l’habitude de séjourner avec sa famille, rappelait Dominique Rosenberg, professeur en droit international dans un article sur la diplomatie américaine dans les années 80.

Vigoureux bras de fer : l'interprétation de la menace terroriste dans la loi

Les Etats-Unis n’iront cependant pas jusqu’à fermer la représentation de l’OLP, même si le sénateur Dole reviendra à la charge, par exemple début 1987, et que l’enjeu fera l’objet d’un vigoureux bras de fer juridique entre l’exécutif américain et le Congrès. Le 29 janvier cette année-là, le Secrétaire d’Etat indiquera explicitement à quelles conditions statutaires les Etats-Unis avaient historiquement toléré l’installation de cette délégation sur son territoire :

La mission d’observation de l’OLP à New York a été créée en application de la résolution 3237 (X X IX ) de l’Assemblée Générale en date du 22 novembre 1974, dans laquelle l’Assemblée Générale invitait l’OLP à participer en tant qu’observateur aux sessions et aux travaux de l’Assemblée Générale. La mission d’observation de l’OLP représente l’OLP aux Nations Unies. Elle n ’est absolument pas accréditée auprès des Etats-Unis. Les Etats-Unis ont indiqué clairement que le personnel de la mission d ’observation de l’OLP était présent aux Etats-Unis uniquement en qualité d’”'hôte”’ des Nations Unies. Nous sommes tenus d’autoriser le personnel de la mission d’observation de l’OLP à entrer et à séjourner aux Etats-Unis pour s’acquitter de ses fonctions officielles au siège des Nations Unies, mais nous conservons le droit d’interdire l’entrée à tout représentant de l’OLP qui se serait livré directement à des actes terroristes, ou de l’expulser. En outre, la politique des Etats-Unis est de limiter le déplacement des membres de la mission d’observation de l’OLP à un rayon de 25 miles depuis Colombus Circle.

Un an plus tard, en janvier 1988, après un nouvel appel du pied du Congrès américain, le conseiller juridique du Département d’Etat, Abraham D. Sofaer, répondra à nouveau dans un entretien au New York Times que “fermer la mission de l’OLP, comme le Congrès l’a prescrit, constituerait une violation du droit international”. Les tensions seront cependant extrêmement vives, durant de longs mois, sur la scène politique américaine où de nombreux parlementaires réclameront sans relâche l'expulsion de l'OLP, au nom de la lutte antiterroriste, mais aussi par défiance envers l'ONU. L'Assemblée générale onusienne se rebellera, soutenue par plusieurs membres permanents du Conseil de Sécurité, qui rappelleront les Etats-Unis à leurs engagements diplomatiques. En guise de baroud d'honneur, le département d'Etat se contentera finalement de refuser de délivrer un visa à Yasser Arafat.

Trente ans ont passé, et Donald Trump ferme cette semaine le bureau la délégation de l’OLP à Washington.

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