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Trois candidats, trois lignes politiques : la droite en morceaux

Par
Florence Portelli, Laurent Wauquiez et Maël de Calan (de gauche à droite)
Florence Portelli, Laurent Wauquiez et Maël de Calan (de gauche à droite)
© Maxppp - Olivier Corsan / Le Parisien - Alexandre Marchi / L'Est Républicain

Après deux défaites historiques à la présidentielle de 2012 et 2017, la droite tente de se relever avec l'élection d'un nouveau chef. Trois candidats au travers desquels on voit réapparaître, sous une forme embryonnaire, les "trois droites" répertoriées en 1954 par l'historien René Rémond.

Après deux défaites historiques à l’élection présidentielle, en 2012 et en 2017, la droite essaie de reconstituer ses forces pour réapparaître comme la principale alternative crédible de gouvernement. Cela passe par l’élection d’un nouveau président à la tête du parti historiquement majoritaire, "Les Républicains", le 10 décembre (et 17 décembre, si un second tour s'avérait nécessaire).

Mais la victoire d’Emmanuel Macron en mai dernier a complètement dynamité les formations politiques traditionnelles. Au point que l’on voit réapparaître, aujourd’hui, sous une forme embryonnaire, les “trois droites” répertoriées en 1954 par René Rémond : la droite orléaniste, la droite bonapartiste et la droite contre-révolutionnaire. Et l’avènement du macronisme fait qu‘elles apparaissent plus que jamais irréconciliables. En tous cas, de puissantes forces centrifuges sont à l’oeuvre.

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Quelle ligne politique est la plus pertinente pour espérer reconquérir le pouvoir d’ici 5 ou 10 ans ? C’est principalement autour de cette question que s’affrontent trois candidats pour la présidence du parti “Les Républicains” : Laurent Wauquiez, Florence Portelli et Maël de Calan.

Derrière ces trois personnalités planent les figures tutélaires des anciens caciques du mouvement : Nicolas Sarkozy (dont Laurent Wauquiez revendique l’héritage, même s'il estime avoir pris de la distance avec l'ancien Président de la République en 2009/2010), François Fillon (dont Florence Portelli a été l’une des plus fidèles porte-paroles) et Alain Juppé (dont la candidature à la primaire à droite a, entre autres, été portée par Maël De Calan).

Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et François Fillon (de gauche à droite)
Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et François Fillon (de gauche à droite)
© AFP - Jean-Sébastien Evrard

Mais ces trois figures tutélaires ne représentent pas l’avenir si l’on écoute aujourd’hui les ténors de "Les Républicains". Les élus du parti repoussent les vieilles figures comme s’ils chassaient de vieux démons.

Juppéisme, sarkozysme et fillonisme appartiennent au passé. Il faut changer. La situation est grave.

Bruno Retailleau, Président du groupe LR au Sénat, à France Culture le 12 octobre 2017

Car le séisme que représente pour LR les deux défaites consécutives à la présidentielle, en 2012 et en 2017, invite aujourd’hui à effectuer un saut de génération. Et ce sont naturellement de jeunes candidats qui se pressent au portillon pour prendre la relève : Maël de Calan a tout juste 37 ans, Florence Portelli, 39 ans, et Laurent Wauquiez, 42 ans. S’ils affirment aujourd’hui vouloir faire table rase du passé pour se tourner vers l’avenir, cette nouvelle génération avance des valeurs et des idées qui s’inspirent des grands courants qui ont structuré la droite française depuis l’instauration de la République et qui se sont récemment subdivisés pour tenter de se réinventer (tout du moins en apparence).

Avec le bonapartisme autoritaire de Nicolas Sarkozy, l'orléanisme libéral d'Alain Juppé et le conservatisme légitimiste de François Fillon, les trois familles de la droite se sont rassemblées, résumait le démographe Hervé Le Bras en analysant le résultat de la primaire de la droite et du centre - Le Monde, décembre 2016

À réécouter : Deux France, trois droites

Revue de détails de la manière dont les différents candidats s’inscrivent aujourd’hui dans ces courants et leurs récentes subdivisions.

La droite populaire et sociale

D’inspiration populiste et identitaire, Laurent Wauquiez revendique l’héritage de deux courants qui ont récemment structuré le parti majoritaire de la droite française (UMP puis "Les Républicains") :

  • Le courant dit de "la droite sociale". Il porte le nom du club de réflexion que Wauquiez a lui-même créé en 2010. Un club qui a défendu, en 2012, la motion “Droite sociale : défense des classes moyennes - lutte contre l’assistanat” au sein de l’UMP et qui a recueilli, cette année là, 21,69% des voix parmi les militants. Ce courant, soutenu à l’époque par une cinquantaine de parlementaires, entendait « émanciper la droite de la dictature de la gauche sur le social » et exiger des citoyens qu’ils remplissent des “devoirs” équivalents aux “droits” que leur accorde la société dans laquelle ils vivent.

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  • Le courant “ultra” dit de “la droite populaire” a recueilli, lui, 10,87% au Congrès de l’UMP en 2012. Il est incarné par des élus comme Thierry Mariani, Lionnel Luca ou encore Jacques Myard. Et il met en avant la défense de l’identité française, un nécessaire renforcement de la sécurité et un plus grand contrôle de l’immigration.;

“Si on a perdu en 2012 et en 2017, selon certains, c’est parce que nous avons été trop à droite, je pense l’inverse.” Laurent Wauquiez, Président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et candidat à la Présidence LR, à France Culture le 13 septembre 2017

C’est sur ce socle d’idées et de “valeurs” que s’appuie aujourd’hui Laurent Wauquiez pour proposer de reconstruire le parti jusqu’ici majoritaire à droite. il met en avant la valeur “travail”, la sécurité, le contrôle de l’immigration. Élément nouveau dans son discours : l’écologie. Mais cette préoccupation environnementale est, chez lui, teintée d’une revendication identitaire puisqu’il s’agit de “préserver ce que nous sommes”. Malgré ces fortes préoccupation et revendication identitaires dans le discours de Laurent Wauquiez, il affirme vouloir maintenir une “digue” avec le Front national”. Comme du temps de Nicolas Sarkozy, l’objectif semble être de flirter avec les thèmes défendus par l'extrême droite pour tenter de récupérer son électorat.

La droite “gaulliste et humaniste”

Florence Portelli porte l’héritage du “gaullisme social” cher à Philippe Séguin et à celui qui a tenté d’être son continuateur, François Fillon.

La droite est en crise idéologique depuis les années 1990 [...] depuis que Jacques Chirac a préféré nommer Alain Juppé, Premier ministre, plutôt que Philippe Séguin. Florence Portelli

Pour elle, c’est la question européenne qui a semé le trouble à droite et le fait que la France a décidé de “brader sa souveraineté” au moment du référendum sur le traité de Maastricht. Elle estime que l’on ne pourra pas revenir sur ce transfert de souveraineté mais qu’on peut quand même “s‘interroger sur l’absence de légitimité de certaines décisions européennes, sur la bureaucratisation, sur l’absence de démocratie, l’absence d’écoute des peuples, sur un mode de fonctionnement institutionnel inacceptable, sur la prédominance d’un droit anglo-saxon sur un droit romano-germanique”. Elle se revendique, par ailleurs, d’une “vraie droite sociale” qui entend “résorber les fractures sociales et territoriales”. Elle fait partie de cette droite qui refuse tout compromis avec l'extrême droite et le Front national, y compris le fait d’agiter les thématiques identitaires pour essayer de draguer ses électeurs.

La droite “orléano-centriste”

Héritier des idées libérales et pro-européennes d’Alain Juppé, Maël de Calan incarne aujourd’hui cette droite orléaniste, elle aussi farouchement hostile à tout rapprochement avec le FN, ainsi qu’à toute proximité idéologique. Il appelle cela la "droite ouverte", ou encore la "droite modérée, sociale" attachée à la réforme économique. Il définit encore sa droite comme "bretonne" (d'où il vient) ou encore "girondine, très attachée à l'ascenseur social". Il croit cette droite majoritaire dans le pays, mais pas majoritaire parmi les militants Les Républicains.

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Enfin, dernier point et pas des moindres, on retrouve une partie de cette droite aujourd'hui "hors les murs LR" chez les "Constructifs" qui coopèrent avec les Marcheurs d'Emmanuel Macron. Sur l'antenne de France Culture, mardi 24 octobre, l'un des députés constructifs menacés d'exclusion de "Les Républicains", Franck Riester répondait aux questions de Stanislas Vasak :

Franck Riester dénonce une "purge politique" orchestrée par Laurent Wauquiez

5 min

C'est simplement une purge politique qui vise à se séparer de ceux qui sont sensibles à une ligne libérale, sociale, européenne, réformiste et humaniste loin de la ligne identitaire, autoritaire, ultra-conservatrice soutenue par Laurent Wauquiez et tous ceux qui ont pris la décision de se mettre à son service pour prendre les rênes de ce parti. Le député Franck Riester au sujet des exclusions des Constructifs

À lire aussi : Les mutations de la droite lors des grandes échéances électorales depuis 1969