Pourquoi il faut lire Homère aujourd'hui

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Trois raisons de lire Homère aujourd'hui

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Vidéo | Dompter la démesure, percevoir les contradictions de l'identité, faire des désarrois une beauté : trois raisons pour lesquelles vous devez lire Homère aujourd'hui, par les philosophes et hellénistes spécialiste de son oeuvre.

Pourquoi il faut lire Homère aujourd'hui : trois bonnes raisons de convoquer une pensée homérique utile à notre temps, par trois philosophes et hellenistes spécialistes de l'Iliade et de l'Odyssée

1- Pour dompter la démesure, par Judith Perez, helléniste

Judith Perez est professeure de littérature française latine et grecque au lycée Sevigné à Paris, autrice d’Apprendre à philosopher avec Homère aux éditions Ellipses.

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"Aujourd’hui, il est nécessaire de lire Homère pour comprendre l’ampleur de la violence qui est en nous. 

L’hybris aujourd’hui (la démesure), ce serait  la violence dans les cités,  la violence des réactions aux caricatures de Charlie Hebdo, les crimes d’honneur…
et cette violence-là, il me semble qu’elle est présente chez Homère. Elle est décrite de façon terrible, avec des images sanglantes. On a des têtes qui tombent, des hommes qui ramassent leurs entrailles. 

Tout ce qui peut faire partie d’une imagerie comme on peut voir dans les films ou dans les jeux vidéo d’aujourd’hui. 

Mais tout cela, c’est dans une direction, qui est celle de la maîtrise. 

S’il devait y avoir un message homérique, ce serait cette capacité de dompter ses désirs. 

Le mot "dompter" revient très souvent chez Homère. Il se dit "damazein". 

C’est "le dompteur de cavales", Hector. C’est "Achille, dompte tes passions", "maîtrise ton cœur", "retourne-toi vers la divinité Athéna, qui t’empêche de tuer".

Et il me semble qu’aujourd’hui, il est très important de revenir là-dessus. Homère nous met en garde contre cette violence. Il dresse ce tableau, et en même temps, il présente une violence de la violence, une critique, une colère de la colère."

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2- Pour percevoir les contradictions de l'identité, par Heinz Wismann, philosophe

Heinz Wismann est philologue philosophe franco-allemand. Il est notamment l'auteur de Penser entre les langues aux éditions Flammarion. 

"Nous sommes à une époque où la question de l’identité est au cœur de toutes nos réflexions mais aussi de tous nos affrontements

Or ce  que l’Iliade fait comprendre c’est que l’identité ne saurait être comprise comme un état figé. Elle change elle peut être perturbée elle entre dans des contradictions et éluder ces contradictions ce serait faire fi de tout ce qui nous attend dans le monde que nous devons habiter

Dans l_’Iliade_ le garant de l’ordre de l’univers qui est le dieu suprême Zeus est en contradiction avec lui-même parce qu’il soutient tantôt les Grecs tantôt les Troyens. 

Cette indécision qui est au cœur même de la décision fait comprendre que les décisions ne découlent pas d’une certitude univoque et se donner les moyens de penser cette espèce de mouvement qui peut paraître chaotique mais qui ne l’est pas du tout, parce que l’oeuvre d’Homère y met de l’ordre. 

C’est le déploiement en acte de l’ensemble des avatars de l’identité."

En savoir plus : Avant la philo, le chaos
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3 - Pour faire des désarrois une beauté, par Pierre Judet de la Combe, helléniste

Pierre Judet de la Combe est directeur d’études à l’EHESS et directeur de recherches au CNRS. Il est l'auteur de la biographie Homère aux éditions folio biographies _; sa traduction de l'_Iliade est à paraître en 2019 dans une co-édition Albin Michel et Les Belles Lettres.

"Lire Homère, je pense que c’est à faire, parce que il y a ces deux grandes figures  : Achille et Ulysse. Achille c’est la force, celui qui fonce, celui qui agit et qui pleure quand il voit les conséquences de ses actes. Ulysse, c’est la ruse. On est pris entre ces deux modèles de concevoir la vie, c’est une lutte entre les deux. 

Si on entre dans cet univers, on se passionne pour les deux, on voit comment on a plusieurs manières de se rapporter à la réalité. L’Iliade et l’Odyssée sont des poèmes qui ne veulent imposer aucune leçon. Ils ne disent pas comment il faut vivre, comment il faut penser, se représenter le monde, les dieux, la société ; ils laissent les auditeurs libres. 

Ce sont des poèmes qui sont d’une générosité extrême l’un comme l’autre c’est-à-dire en étant très précis sur les douleurs qu’on ressent, que ce soit la guerre, en amour, en exil, en séparation, en pauvreté quand on devient esclave. 

Le poème essaye de reprendre ces désarrois et d’en faire une beauté. Non pas pour dire que la vie est belle, il ne s’agit pas de rendre artistique la vie, car elle ne l’est pas, mais de dire ce qu’il y a de plus dur dans le grain de la vie, on peut en faire quelque chose de grandiose".

En savoir plus : Le poème des origines
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