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Trois sénateurs entre "ancien" et "nouveau" monde

Par
Trois sénateurs élus dimanche : G. Larcher, F. Patriat et P. Laurent
Trois sénateurs élus dimanche : G. Larcher, F. Patriat et P. Laurent
© AFP - BONAVENTURE, FEFERBERG, VAN DER HASSELT

Portraits. Alors que le palais du Luxembourg a renouvelé de moitié ses sénateurs, la Haute assemblée résiste à la vague de renouvellement en marche. Illustration en trois portraits de sénateurs : G. Larcher, F. Patriat et P. Laurent, et un portrait de groupe, par le politologue Patrick Lafarge.

Ce dimanche, le palais du Luxembourg a renouvelé de moitié ses sénateurs. Contrairement à l'Assemblée nationale, la Haute assemblée résiste à la vague de nouveaux venus en politique, portée par La république en marche (LREM). Gérard Larcher (LR), François Patriat (LREM) et Pierre Laurent (PCF) sont emblématiques de ce "nouveau" Sénat qui ne change qu'à la marge. Voici leur portrait respectif, et une analyse du politologue Patrick Lafarge pour la photo d'ensemble.

Gérard Larcher, l’indétrônable

Gérard Larcher, président du Sénat
Gérard Larcher, président du Sénat
© AFP - LIONEL BONAVENTURE

Il est l’un des symboles de "l’ancien monde" qui résiste à la poussée du renouvellement. Pourtant, si le sénateur des Yvelines, 68 ans, ancien maire de Rambouillet, semble aujourd'hui insubmersible à la présidence du Sénat, il avait pourtant été sorti par le socialiste Jean-Pierre Bel en 2011, quand le parti socialiste (PS) avait obtenu la majorité au palais du Luxembourg… pour retrouver son poste trois an plus tard.

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Depuis le mois de mars, cet ancien vétérinaire qui aime utiliser des métaphores agricoles a battu la campagne pour assurer sa réélection. Cette figure de Les Républicains (LR) reproche à Emmanuel Macron l’annulation des crédits de 300 millions d’euros de l’Etat envers les collectivités locales cet été et dénonce un "été de désillusions".

Ecoutez l'analyse de Gérard Larcher sur cette élection des sénateurs, au micro de Stéphane Robert (50 secondes) :

"Une envie de contre-pouvoir"

50 sec

C'est la voix du territoire qui s'est exprimée. Gérard Larcher (LR)

Gaulliste, homme de terrain et de réseaux, élu depuis 1986, il avait soutenu François Fillon pendant l’élection présidentielle et avait refusé au mois d’août dernier l’entrée du Sénat aux policiers envoyés par le parquet national financier, dans l’enquête sur le sénateur Michel Mercier soupçonné d’emploi familial présumé fictif. Gérard Larcher a transmis, par la suite, au Parquet national financier (PNF) les documents qu’il estimait nécessaires dans cette affaire.

Il est aujourd’hui l’un des rares capables de faire le lien de la droite et du centre en passant par les juppéistes et les soutiens d’Alain Wauquiez. Il incarne l’un des piliers du palais du Luxembourg.

François Patriat, ancien apparatchik du PS rescapé

François Patriat
François Patriat
© AFP - Eric FEFERBERG

C’est un goût de revanche pour François Patriat, chef du groupe La République en marche au Sénat. Le politologue Patrick Lafarge rappelle qu'il "était jeune député en 1981 et venait à l'époque en moto à l'Assemblée nationale". Son ralliement précoce à Emmanuel Macron est marqué par un moment fondamental dans la vie du sénateur, à l’époque socialiste et ténor des réformistes. En septembre 2016, il connaît un très grave accident : une voiture le percute à contre-sens sur l’autoroute. Immédiatement après le choc, son téléphone sonne : c’est Emmanuel Macron. La conversation dure quelques secondes, le temps pour l’ancien ministre en campagne d’envoyer les secours.

L’ancien ministre de Lionel Jospin, qui fut souvent méprisé par l’appareil socialiste, est redevenu incontournable au fil des mois de campagne, avant de mener l’offensive au Sénat pour constituer un groupe En Marche. Malgré des efforts redoublés, il ne parvient à convaincre que 29 sénateurs de rejoindre la majorité présidentielle. Il espère agrandir le groupe dans les prochains mois, même si le résultat de cette élection est décevant pour les marcheurs.

Ecoutez l'analyse de François Patriat sur cette élection, au micro de Stéphane Robert (30 secondes) :

Les vrais élections sénatoriales auront lieu en 2020. François Patriat (LREM)

La déception des marcheurs

25 sec

Pierre Laurent se revendique "chef de l’opposition" au Sénat

Pierre Laurent, numéro 1 du PCF
Pierre Laurent, numéro 1 du PCF
© AFP - GEOFFROY VAN DER HASSELT

Le secrétaire national du parti communiste (PCF), souhaite faire entendre la parole du PCF au palais du Luxembourg sans partager la place de premier groupe d’opposition de gauche. Alors que le parti socialiste (PS) doit encore clarifier sa ligne, le PCF a les mains libres à l’extrême gauche, la France insoumise (FI) n’ayant présenté aucun candidat à cette élection.

Pierre Laurent conserve son siège de sénateur de Paris, un poste qu’il occupait depuis septembre 2012, après la démission de la sénatrice Nicole Borvo Cohen-Seat. Ancien journaliste et directeur de la rédaction de l’Humanité, son père, Paul Laurent, était, lui aussi, à la tête du parti jusque dans les années 1990.

Ecoutez l'analyse de Pierre Laurent sur les sénatoriales, au micro de Stéphane Robert (22 secondes) :

Il y aura une opposition forte, et nous en serons le cœur, au Sénat. Pierre Laurent (PCF)

le PCF se veut le premier groupe d'opposition au sénat

21 sec

Alors que les relations sont très tendues avec Jean-Luc Mélenchon dont la France insoumise se présente comme la seule force d’opposition face à Emmanuel Macron, Pierre Laurent compte bien faire valoir qu’il faudra aussi compter avec le PCF. Le parti, qui a sauvé son groupe au Sénat, comme il l’avait fait à l’Assemblée nationale peut encore s’appuyer sur un réseau efficace d’élus et de militants pour qui, non, le PCF n’est pas mort.

Portrait de groupe du Sénat, par le politologue Patrick Lafarge

Ecoutez l'analyse de Patrick Lafarge, politologue, spécialiste de la carte électorale, et auteur de l'ouvrage 577 députés à élire (SGPresse, 2007) - 6 minutes :

Le politologue Patrick Lafarge anaylse le "renouvellement" du Sénat

6 min

On a perçu pendant la campagne un malaise concernant les mesures qui étaient annoncées [...] Beaucoup d'angoisses et d'inquiétudes. Patrick Lafarge

La baisse des APL, l'annulation des crédits de l'Etat aux collectivités à hauteur de 300 millions d'euros découverte quelques jours après le discours d'Emmanuel Macron promettant qu'il n'y aurait pas de baisse en 2018 ont pesé lourd sur le vote des grands électeurs. Le renouvellement est surtout la conséquence de la loi sur le non cumul des mandats, souligne Patrick Lafarge :

Une guillotine va tomber, c'est l'application de la loi sur le cumul des mandats [...] Un parlementaire = un mandat... point à la ligne.

Et le politologue de citer les cas de Jean-Claude Gaudin, le maire de Marseille ou de Hubert Falco, maire de Toulon, qui ont préféré conserver leur mandat local.