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Tzvetan Todorov, historien des idées, est mort

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Tzvetan Todorov photographié en 1996 à Paris
Tzvetan Todorov photographié en 1996 à Paris
© Getty - Ulf Andersen

Disparition. Fin connaisseur du structuralisme, des Lumières, de la littérature russe, cet historien des idées né en Bulgarie n'a cessé d'étendre son champ de recherches et fut de nombreuses fois l'invité de France Culture. Sur quelques-uns de ses sujets, des entretiens avec lui, à réécouter.

Né en Bulgarie en 1939, Tzvetan Todorov vivait en France depuis 1963 où il fut entre autres l'élève puis le collaborateur de Roland Barthes. Diplômé en psychologie, spécialisé en littérature et en linguistique, il a progressivement étendu son champ de recherche et a travaillé sur des sujets aussi variés que le structuralisme, la conquête de l'Amérique, la peinture du XVIIe siècle, la pensée humaniste, l'expérience concentrationnaire, etc. Il est mort à Paris ce 7 février 2017.

A ECOUTER "Si on étudiait les formes de dénouement de l’intrigue d’un récit, on pouvait, dans le meilleur des cas, ne pas mentionner le nom de Staline dans notre article” : le Bon plaisir de Tzvetan Todorov, une longue archive de 1993

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Ecoutez-le raconter l'imbrication entre sa vie et son parcours intellectuel dans Hors-champs en 2013 :

Hors-champs Tzvetan Todorov

45 min

“Autour de l’an 2000, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas passer le reste de ma vie en jugeant tout avec les lunettes du garçon qui avait vécu dans le monde totalitaire, qui lui permettaient d’être heureux, politiquement parlant, simplement du fait que ce n’était pas du totalitarisme. Je me suis rendu compte que mes contemporains ne pouvaient pas être heureux du simple fait que Paris ce n’était pas Moscou, ou pas Sofia. Il y avait d’autres problèmes, et ces autres problèmes me concernaient aussi. Je vivais depuis longtemps en citoyen français, c’est mon pays, je n’en ai pas d’autre. Mon intérêt s’était ouvert de plus en plus dans le monde dans lequel je vivais, ce monde des démocraties libérales occidentales.”

Dans le Journal de 18h, ce 7 février, Brice Couturier revenait sur quelques aspects de la pensée de Tzvetan Todorov :

Journal de 18h00 - Tzvetan Todorov : de l'éloge à la remise en cause du structuralisme

2 min

"Il nous expliquait que les partisans, les fanatiques du bien absolu étaient des gens dangereux. Il avait beaucoup médité sur David Grossman et ses œuvres. Il venait d'un pays communiste et était absolument sans illusion sur le fait que ceux qui veulent nous apporter le bien absolu et faire descendre le paradis sur terre sont des dangers publics. C'est pour cela que ça l'avait amené non pas à une forme de relativisme moral, mais à une certaine forme de prudence par rapport aux grands idéaux et aux grands récits des années 70 et 80 (notamment le communisme)." Brice Couturier

Ce 8 février, les Matins rendaient eux aussi un hommage à l'historien en recevant la journaliste Catherine Portevin, qui l'avait rencontré de nombreuses fois et qui loue ses qualités d'"homme du monde" :

Hommage à Tzvetan Todorov dans les Matins

9 min

"Il avait quand même une foi dans l'individu et une méfiance générale sur les idées qui gouvernent le monde, qui fait que d'ailleurs l'étiquette 'philosophe' était une chose qu'il avait plutôt tendance à refuser."

"On a souvent parlé de la question de la prudence, justement. Il se sentait lui-même prudent. Mais je crois que ce qu'il essayait de chercher, c'était la voie plus difficile de ce qu'on appelle la modération, de ce que Montesquieu appelle la modération, et qui par les temps qui courent peut avoir l'air molle, lâche ou naïve. Lui je crois a essayé de trouver la force de la modération. Et c'est pour ça qu'il va nous manquer." Catherine Portevin

A ECOUTER "Tzvetan Todorov, humaniste et insoumis", hommage de la Grande table qui recevait Jean-Marie Schaeffer et Rony Brauman

En 2006, dans Concordance des temps, Tzvetan Todorov parlait de la pensée des Lumières et de leur actualité aujourd'hui. Car "c'est en critiquant les Lumières que nous leur restons fidèles" :

Concordance des temps_Tzvetan Todorov

57 min

Du langage à la mémoire, il expliquait en 2009 dans l'émission Tire ta langue son travail sur la pluralité des cultures :

Tzvetan Todorov, du langage à la mémoire

29 min

"Je ne crois pas qu’il y a un vrai moi quelque part en nous, qui attend bien tapi pour se révéler pourvu que le censeur ne lui tape pas dessus pendant ce temps. Je crois que nous sommes très fortement créés, construits, en fonction d’un contexte, d’une demande, et que le vrai moi c’est une illusion de plus. En réalité il y a une série de constructions. Et pour moi la construction humaniste est venue à mon insu, lorsque dans les années 80 (…) j’ai écrit mon premier livre d’histoire des idées, qui s’appelle « Nous et les autres ». C’était un ouvrage qui portait sur la pluralité des cultures telle que l’avait analysée la tradition française. J’ai donc étudié des auteurs depuis Montaigne (…) jusqu'à Levi-Strauss. J’ai essayé de voir comment ces auteurs ont traité cette question difficile pour nous aujourd’hui encore : qui est, unité de l’humanité mais pluralité des cultures. Dans cette série d’auteurs j’ai découvert que ceux dont je me sentais le plus proche, c’était les humanistes."

En juin 2015, pour ouvrir une série des Nouveaux chemins de la connaissance consacrée aux "forçats de l'absolu", il racontait la poétesse Marina Tsvetaïeva, "l'incandescente" :

Tzvetan Todorov dans les Nouveaux chemins de la connaissance

49 min

Quelques mois auparavant, en avril 2014, c'est l'émission Pas la peine de crier qui le recevait pour évoquer le brûlant triangle amoureux entre Marina Tsvetaïeva, Boris Pasternak, et Rainer Maria Rilke :

Marina Tsvetaïeva, Boris Pasternak, Rainer Maria Rilke : le triangle brûlant par Tzvetan Todorov

34 min

Enfin, au tout début de cette année, Tzvetan Todorov nous parlait de l'action de Germaine Tillion pendant la guerre d'Algérie, à l'occasion des 60 ans de la "bataille d'Alger". Car l'historien des idées avait été le président de l'association Germaine Tillion lors de sa fondation en 2004 :

Tzvetan Todorov sur l'engagement de Germaine Tillion pour l'Algérie

11 min

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© Radio France - Camille Renard