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Un aperçu des cultures de la drogue dans le monde

Par

Vous pouvez réécouter l'émission du 4 juillet 2012 "la production agricole de drogues illicites est-elle une alternative au développement ?" avec J ean-Claude Roux

La drogue : un phénomène mondialisé et très localisé
Le marché de la cocaïne représente d'après les estimations 88 milliards de dollars par an. Le marché des opiacés s'élève selon les estimations autour de 65 milliards de dollars par an.

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La matière première agricole de la cocaïne, le cocaïer, n’est cultivé que dans trois pays : Colombie, Bolivie, Pérou, trois pays andins. La culture du pavot, matière première agricole des opiacés, est également géographiquement très concentrée : près de 90 % de l’opium est produit en Afghanistan, et près de 10% l’est en Birmanie. Si la culture du cannabis, beaucoup plus dispersée, est pratiquée dans les pays riches et industrialisés, elle l’est surtout dans les pays en développement ou émergents.

On estime à 230 millions le nombre de personnes, le nombre de personnes qui ont consommé une drogue illicite au moins une fois durant l’année 2010. Cela représente 5% de la population mondiale. Les consommateurs sont, en grande partie, dans des pays développés, tandis que les producteurs de drogue sont implantés dans des pays pauvre ou en développement.

En 2011, ce sont 7000 tonnes d’opium qui ont été produites, soit 20% de moins que durant l’année 2007 qui fut un pic de production. Néanmoins ce chiffre est en augmentation par rapport à 2010. En cette année de 2010, une maladie avait détruit la moitié des plantations d’Afghanistan

La superficie totale des plantations de coca est en constante baisse depuis 2000 : 18% entre 2007 et 2010, 33% entre 2000 et 2010. Ces évolutions ne viennent pas à ce stade contredire les évolutions de moyenne durée (sur un demi-siècle) : elle se caractérise par un accroissement très important des superficies cultivées en Colombie et en Bolivie. Toutefois, les mesures dorénavant effectuées avec la photographie satellitaire ont un double effet sur les données chiffrées. Dans un premier temps, elles ont permi d'évaluer beaucoup plus précisément les superficies dédiées à la culture du cocaïer. Les autorités américaines ont alors constaté que les chiffres fournis par les autorités locales étaient surévalués. Dans un second temps, les cultivateurs ont eu tendance à pratiquer des mises en culture mixte, mêlant sur de mêmes parcelles des cultures illicites et des cultures licites, dans l'espoir que la culture du cocaïer ne puisse être identifiée sur les clichés satellitaires. Enfin, les données chiffrées dont nous disposons officiellement émanent de l'ONU qui s'est précisément doté d'un office de lutte contre les cultures illicites et le trafic de drogue, et pour la promotion de la substitution de revenus agricoles licites à ceux tirés de la coca ou du pavot. Ce biais est renforcé par le fait que le gouvernement fédéral américain fait de cette substitution un enjeu de politique intérieure très prégnant, et qu'il finance directement une politique d'éradication des cultures illicites en propre.

Toujours est-il que les efforts pour réduire la production de cocaïne coïncident avec une forte hausse de la production de drogues synthétiques et notamment des substances psychoactives qui ne sont pas sous contrôle international (alors que l'interdiction de et la lutte contre la cocaïne et les opiacés font l'objet de plusieurs conventions internationales sous l'égide de l'ONU, à l'instigation, notamment, des USA).

(Les chiffres sont fournis par l' Office des Nations Unies contre la drogue et le crime - UNODC- dans le World Drug Report 2012)

La consommation de drogue par pays dans le monde
Les cartes suivantes représentent le taux de prévalence (ou pourcentage) d'une drogue dans une population âgée de 15 à 64 ans et dans un pays. La prévalence est un terme d'épidémiologie, la consommation de drogue est donc pensée comme une maladie.

Les cartes mettent en évidence la très forte consommation de drogue dans les pays développés. Notamment aux Etats-Unis et en Australie. Dans ces deux pays, la consommation de toutes les drogues dépassent toujours le seuil maximum. On remarque aussi de nettes différences entre des pays très proches comme la France et l'Allemagne, la consommation de cannabis est plus élevée en France qu'en Allemagne, tandis que la consommation d'ecstasy est plus forte en Allemagne qu'en France.

(World Drug Report 2012)

Le cannabis

la prévalence du cannabis par pays
la prévalence du cannabis par pays

L'ecstasy

la prévalence de l'ecstasy par pays
la prévalence de l'ecstasy par pays

L'opium

la prévalence des opioïdes par pays
la prévalence des opioïdes par pays

la cocaïne

la prévalence de la cocaïne par pays
la prévalence de la cocaïne par pays

Lieux de production et flux de la drogue dans le monde

Amérique du sud
Amérique du sud
- Pierre-Arnaud Chouvy
Afrique et Europe
Afrique et Europe
- Pierre-Arnaud Chouvy
Asie du sud
Asie du sud
- Pierre-Arnaud Chouvy
Légende
Légende
- Pierre-Arnaud Chouvy
La drogue en Afghanista
La drogue en Afghanista

Les cartes suivantes sont publiées avec l'aimable autorisation du laboratoire de cartographie de Sciences-Po. Elles figurent dans son Atlas de la mondialisation .

production d'opium et trafic d'héroïne
production d'opium et trafic d'héroïne
trafic de cocaïne 1998-2008
trafic de cocaïne 1998-2008
© Radio France
Production et trafic de drogue illicites
Production et trafic de drogue illicites

La coca, une plante andine d'usage millénaire
"La distribution géographique de la coca épouse les contreforts orientaux de la chaîne orientale des Andes qui se dresse face au bassin amazonien. Son milieu de prédilection se trouve en climat subtropical humide des vallées tièdes, avec une altitude comprise entre 500 et 1 800 m. Son milieu optimal en Bolivie se situe dans les Yungas selon l’étymologie aymara, les vallées chaudes du sud-ouest du département de La Paz, où le climat présente un minimum moyen de tempéra- ture de 18,3 °C, avec un régime hygrométrique de 1 242 mm de précipitation annuelle."

"La présence de la coca est séculaire dans les Andes où elle est attestée en Bolivie dès l’apparition de la civilisation de Tihuanaco et des cul- tures du lac Titicaca, soit environ 1500 av. J.-C., tandis qu’au Pérou l’archéologie atteste main- tenant de son usage apporté des Yungas vers 2 000 à 2 500 ans. La coca fait toujours l’objet d’échanges actifs entre les vallées tempérées qui forment son milieu natif et les hautes terres de l’Altiplano."

"Son usage apparaît courant dans les sociétés précolombiennes, notamment comme analgésique utilisé lors des opérations de trépanation crânienne. Outre ses usages en médecine traditionnelle, elle jouait aussi un rôle de premier plan dans les pratiques magiques d’usage divinatoire et religieux."

(Jean-Claude Roux ,"la culture de la coca, une plante anodine d'usage millénaire",* in Agricultures songulières* , Mollard Eric, Walter Annie, 2008)

La colonisation espagnole a contribué au maintien, à l'accroissement et à l'encadrement de la culture de coca, notamment en lien avec l'exploitation des mineurs. L'exportation vers les pays d'Amérique du nord et d'Europe commence dans la seconde moitié du XIX° siècle, à l'instigation de l'industrie pharmaceutique ou agro-alimentaire. La transformation en cocaïne, si elle apparait au début du XX° siècle, devient une filière de caractère industriel à partir des années 1955 et 1960. L'industrie de transformation, au sein des trois pays andins où est localisée la culture de la coca, se développe particulièrement en Colombie. Aujourd'hui, si la Colombie est toujours le plus grand producteur, les trafiquants colombiens ont favorisé l'accroissement de la superficie cultivée en coca au Pérou et en Bolivie, sur les contreforts orientaux des Andes historiquement très peu densément occupés. Quand bien même on considère que les petits cultivateurs ne bénéficient que de 2% du chiffre d'affaire généré par le trafic de cocaïne, cette activité agricole est plus rémunératrice que l'agriculture vivrière et de cultures licites. Sans indiquer dans quelles proportions, plusieurs chercheurs remarquent que la prohibition dont cette culture et la cocaïne font l'objet, couplées à une demande qui ne faiblit pas, contribue grandement à ce caratère rémunérateur. De plus, l'existence d'un secteur licite de la production de coca, hérité de l'histoire de la consommation, toujours pratiquée (sur place, pour l'industrie pharmaceutique, pour la fabrication du Coca-Cola mondialement consommé), de la feuille de coca, rend encore plus difficile son éradication et son remplacement.

Densité de culture de coca dans la région des Andes
Densité de culture de coca dans la région des Andes

En Bolivie, on distingue principalement trois variétés de coca propres à la consommation :

  • coca Paceña (cultivée dans les Yungas, la plus prisée),
  • coca Bandiola (cultivée entre Cochabamba et Sucre, après Mizque)
  • coca Totora, aussi appelée coca du Chapare (la moins prisée)
Densité de culture de coca en Bolivie en 2008
Densité de culture de coca en Bolivie en 2008

La coca : paradis artificiel du développement.
Si la culture du cocaïer concourt à l'augmentation du niveau de vie des agriculteurs et des premiers intermédiares directement concernés avant transformation (300 000 personnes en Bolivie, selon Jean Claude Roux), la comparaison entre les chiffres de la production de coca et la courbe de l’IDH ne montre pas une flagrante corrélation entre production de coca et hausse du développement. Les très fortes variations en Colombie (rouge) et au Pérou (vert foncé) n’ont pas donné lieu et de sensibles variations de l’IDH. Les revenus générés par cette filière restent largement privatisés et source de corruption.

production de coca par pays dans la région des Andes
production de coca par pays dans la région des Andes
IDH en Bolivie de 1980 à 2010
IDH en Bolivie de 1980 à 2010
IDH en Colombie de 1980 à 2010
IDH en Colombie de 1980 à 2010
IDH au Pérou de 1980 à 2010
IDH au Pérou de 1980 à 2010

L'opium : croissant et triangle d'or ?
Comparée à celle de la coca, la production agricole d’opium est très instable (variations importantes des territoires mis en culture sur de courtes périodes). A petite échelle, elle demeure localisée dans le croissant d'or (sic) et le triangle d'or (sic).L'instabilité constatée est à l'intérieur de ces deux territoires. Le croissant comprend l'Iran, le Pakistan et l'Afghanistan. Actuellement, la production n'a plus cours, ou quasiment plus, en Iran ; elle est devenue (très) faible au Pakistan. A tel enseigne que, certes loin derrière l'Afghanistan et la Birmanie, le Mexique et la Colombie sont devenus les troisième et quatrième pays producteurs de pavot/opium. Cette instabilité est en partie liée à un contexte géopolitique : les guerres contre les Talibans et contre la drogue. Mais elle est aussi liée à des incidents agricoles : en 2007 la moitié des plantations de pavot ont été détruits par une maladie. Globalement néanmoins, la production d'opium a augmenté en Afghanistan et diminué significativement dans le triangle d'or (Birmanie, Thaïlande et Laos, les zones de culture touchant aussi plus récemment et plus marginalement le Vietnam). Ces fluctuations témoignent de l'instrumentalisation des cultures de la drogue comme source de financement des guérillas et des conflits. Par ailleurs, à plus grande échelle, la production de pavot en Afghanistan se déplace. La majeure partie de la production se fait dans le sud du pays.

le croissant et le triangle d'or
le croissant et le triangle d'or
- cerveaugenie
Niveaux de culture attendus
Niveaux de culture attendus
La production d'opium dans l'Afghanistan du nord
La production d'opium dans l'Afghanistan du nord
Incidents de sécurité en Afghanistan en 2011
Incidents de sécurité en Afghanistan en 2011

**Pour aller plus loin : **
Publications officielles Toutes les publications de l'UNODC

World Drug Repor t 2012

Bolivia Coca Cultivation Survey

Afghanistan Opium Survey 2012

Opiate flow through northern Afghanistan and central Asia

sites internet Office des Nations-Unies contre la drogue et le crime

Observatoire européen des drogues et des toxicomanies

site de Laurent Laniel

geopium.org

le-cartographe.net

Articles et revues en ligne Jean-Claude Roux, "la culture de la coca, une plante anodine d'usage millénaire",* in Agricultures songulières* , Mollard Eric, Walter Annie, 2008

Jean-Claude Roux, Daniel Dory, "De la Coca à la cocaïne : un itinéraire bolivien...", IRD, 1998

Géopolitique des drogues illicites , Revue Hérodote , n°112, 2004/1

Pierre-Arnaud Chouvy , « Production de cannabis et de haschich au Maroc : contexte et enjeux », *L'Espace Politique, * 2007

Pierre-Arnaud CHOUVY, « L'importance du facteur politique dans le développement du Triangle d'Or et du Croissant d'Or », Cahiers d'Etudes sur la Méditerranée Orientale et le monde Turco-Iranien [En ligne], 32 | 2001

Olivier Pissoat, « la violence homicide en Colombie », Mappemonde , 2000

Jean-Paul Deler, Olivier Dollfus, Henry Godard, « Le bassin caraïbe : interface et relais entre production et consommation de drogues », Mappemonde , 2003