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Un été avec Arthur Rimbaud et "Demon Slayer"

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Dessin de Paul Verlaine montrant Arthur Rimbaud s'enivrant.
Dessin de Paul Verlaine montrant Arthur Rimbaud s'enivrant.
© Getty

Arthur Rimbaud entre dans les meilleures ventes, en 5ème place cette semaine dans la catégorie Essais-Document (et non pas Littérature ou Poésie). Il le doit à son compagnon en mauvaiseté, Sylvain Tesson, qui publie "Un été avec Rimbaud", aux éditions Equateurs.

Bienvenue dans le Box Office, le rendez-vous hebdomadaire de l’émission Soft Power. On y épluche chaque semaine les tendances de la culture et les plus gros succès du moment. En partenariat avec l’institut d’études GfK pour les livres et les jeux vidéos et CBO Box Office pour le cinéma.

Très bon départ pour Un été avec Rimbaud, de Sylvain Tesson, aux éditions Equateurs, un petit livre de poche qui coûte – hélas – 14 euros, ce qui est deux fois trop cher.

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On avait trouvé, l’été dernier, un peu moyenne et trop mainstream la série du même nom sur France Inter : Sylvain Tesson a, cette fois, mieux bachoté son Rimbaud, poète et explorateur. Il a réécrit ses chroniques et on passe, du coup, des « vers latins » à Illuminations. On voyage comme un bohémien, Juifs errants de Norvège et on s’écrit : « Si mon mal se résigne / si j’ai jamais quelque or / Choisirai-je le Nord / Ou le Pays des Vignes »

Avec Tesson, c’est « la vraie marche. En avant, route ! » Comme nous, Tesson sait, citant Rimbaud, que « la vraie vie est absente » (Deleuze a plagié cette formule et Godard l’a reprise aussi, erronée, apocryphe, « la vraie vie est ailleurs »). Lire Tesson, ce n’est pas lire Rimbaud, c’est lire Tesson. Mais, ces fragments, ces chroniques, ces instants Rimbaud n’ont d’autres raisons d’être que d’inciter à lire les œuvres complètes du poète, qui pour être courtes n’en sont pas moins opaques. Et pourtant ceci, encore : Tesson nous parle de Rimbaud, mais il sait, comme nous, que seul le poète a la clé de cette « parade sauvage ».   

Le classement des meilleures ventes de la semaine en Essais-Documents, par l'institut GfK 

Cette semaine, en fiction, la première place des ventes revient à la romancière Virginie Grimaldi, dès la première semaine de son nouveau roman Les Possibles. La même Virginie Grimaldi est d’ailleurs aussi 4ème avec l’édition Poche de son best seller de l’été dernière. Un livre au titre ampoulé, un peu ronflant, Et que ne durent que les moments doux.

L’autre irruption, c’est celle de Leïla Slimani, prix Goncourt 2015, à la 6ème place avec le premier volume d’une trilogie en préparation, Le pays des autres. En guise de titre de ce tome 1, Slimani est beaucoup plus rentre-dedans que Grimaldi : ça s’appelle, écrit 3 fois, La guerre, la guerre, la guerre. Rythme ternaire martial, marchez au pas chers lecteurs. Mais avant de parler de guerre, c’est surtout une histoire sociale et familiale, après la Seconde Guerre Mondiale justement. L'histoire d’un couple franco-marocain parti s’installer à Meknès, dans un Maroc sous protectorat français, aux prises avec le racisme et la ségrégation coloniale.

Le classement des meilleures ventes de la semaine en fiction, par l'institut GfK 

"Demon Slayer" continue de pourfendre le box office

Adaptation du très populaire manga Demon Slayer, le film bat tous les records au box-office japonais. Allociné
Adaptation du très populaire manga Demon Slayer, le film bat tous les records au box-office japonais. Allociné

Au cinéma, c’est enfin la réouverture des salles. Et donc, c’est le retour des charmants tableurs du site CBO Box Office. Et qu’apprend-on ? À la première place, ce n’est pas un film français, mais une animation japonaise. Demon Slayer, un film adapté du manga éponyme, qui écrase la concurrence avec 58 000 entrées. Très loin devant un autre film d’animation, à la deuxième place, Tom & Jerry, avec 34 000 entrées.

On lit sur le site du Parisien l’étonnement naïf du journaliste, qui proteste :  "« Demon » quoi ? Et dire qu’il y a encore trois semaines, personne n’avait entendu parler du film dans le milieu."

Le succès de ce manga était pourtant massif, prévisible, bien documenté un peu partout. Dommage qu’il n’ait pas écouté Soft Power, puisqu’en mars, on avait vu Demon Slayer exploser le box office japonais et mondial, avec, tenez-vous bien, 4 millions d’entrée en un weekend. C’est le plus grand succès de l’histoire du Japon, tout de même.

Le manga Demon Slayer, c’est l’histoire d’un jeune aîné qui perd toute sa famille dans une attaque de démons. Seule survivante, sa petite sœur, mais pas de chance, elle a été transformée en démon… Sauf qu’elle a conservé son cœur et sa volonté humaine. Dans le film en salles actuellement, l’aîné est devenu un chasseur de démon, et il se retrouve, prisonnier d’un train, aux prises avec un démon puissant qui manipule les rêves.

Pour en revenir à l’étonnement de beaucoup devant le succès de Demon Slayer, il serait temps que la France prenne conscience de l’ampleur, de l’immense pouvoir de l’animation japonaise. Dans ce même article du Parisien, on lit un peu partout que Demon Slayer plaît beaucoup “aux 12-15 ans”. C’est ce genre d’affirmation qui empêche de voir que le manga est un phénomène transgénérationnel, qui dépasse largement les enfants, puisque tous les jeunes des années 80-90, fans des Chevaliers du Zodiaque et de Dragon Ball ont certes grandi, mais ils continuent d’être des lecteurs et spectateurs fidèles. À l'époque, la presse française voyait dans les dessins animés japonais des objets inquiétants, violents, intellectuellement limités. Nous sommes en 2021, il est temps de   grandir.

Côté série, on a vu les premiers épisodes de la troisième saison de Pose sur Canal+ (au rythme d’un nouvel épisode chaque dimanche soir aux Etats-Unis sur la chaine FX et le lundi soir en France sur le site de Canal Plus donc). Ecrite par le génial Ryan Murphy et Steven Canals, c’est la meilleure série du moment, même si cette troisième saison ne vaut pas la première. La mode du voguing et des bals des années 1980 à New York par temps de sida réussit à nous faire aimer une bande de transgenres tout voiles dehors. La plus grande distribution trans de l’histoire. C’est époustouflant. 

Billboard vs Rolling Stone : la bataille des classements

En général, lire un classement c’est facile et agréable, l’ordre vertical fait autorité, il ne laisse aucune place au doute : le 1er… est devant tous les autres. Et donc cette semaine, pas de problème, le numéro 1 du Hot 100 du Billboard est Leave the door open, du duo Silk Sonic, formé par Bruno Mars et Anderson .Paak. 

Sauf que cette vérité inattaquable ne vaut plus rien quand un autre classement, censé mesurer la même chose, donne un résultat différent. Pour Rolling Stone, c’est Interlude, du rappeur J.Cole, qui est à la 1ère place. Alors pourquoi cette divergence ?

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Techniquement, c’est très simple : le Billboard compte toutes les musiques écoutées, y compris les diffusions radios, quand Rolling Stone ne s’intéresse qu’aux ventes et aux chiffres du streaming. 

Alors pourquoi maintenir deux classements contradictoires ? Un conflit d’autant plus étrange que Billboard et de Rolling Stone appartiennent à la même compagnie depuis l’année dernière, une nouvelle joint venture qui s’appelle P-MRC (et qui comprend également The Hollywood Reporter, Variety, Vibe et possède également 50 % des parts du South by Southwest festival). Bref, les Américains font-ils exprès de semer le doute, de nous gâcher le plaisir simple, clair, transparent, d’un classement qui fait autorité ?

A vrai dire, on s’en fiche. On perd en clarté, mais on gagne en choix ! Et on prendra désormais le 1er qui nous arrange, musicalement. On commence donc cette semaine avec le 1er-du-billboard-mais-pas-de-rolling-stones. Leave the door open, de Bruno Mars et Anderson .Paak, parce que c’est beaucoup plus beau que J. Cole. 

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CETTE CHRONIQUE EST À REECOUTER DANS LE PODCAST DE L'EMISSION DU 23/05

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