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Un Festival de Cannes des plus normaux, dans un monde qui ne l’est plus

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L'affiche de la 75e édition, hommage au film "The Truman Show"
L'affiche de la 75e édition, hommage au film "The Truman Show"
- PARAMOUNT PICTURES CORPORATION / GRAPHISME HARTLAND VILLA

Alors qu’elle fête à la fois sa 75e édition et le retour à ses dates habituelles, la grand-messe cinéphile cannoise interroge son modèle, et doit se réinventer si elle veut conserver son rôle.

Après la pandémie de Covid-19 (une édition annulée et l'autre déplacée en juillet), c’est un retour à la normale pour le Festival de Cannes qui s'ouvre ce soir, dans ses dates retrouvées de mai : un tapis rouge, des stars, de Forest Whitaker, hommagé ce soir d'une Palme d'Or d'honneur, à Tom Cruise, qui réactivera l'icône militariste années 80 qu'était Top Gun, en passant par Kristen Stewart, Léa Seydoux et Viggo Mortensen. Et puis surtout, parce qu'on est là pour ça, des films : 21 pour la compétition, avec le lot habituel, tout ce qu'il y a de plus normal là encore sur la Croisette, de vieux habitués, dont 5 déjà palmés d'or dans le passé : les frères Jean-Pierre et Luc Dardenne, le Suédois Ruben Östlund, le Japonais Hirokazu Kore-Eda, et le Roumain Cristian Mungiu. Et puis, comme d'habitude encore, toujours aussi peu de femmes, enfin pas tout à fait, puisque 2022 est un cru record pour la manifestation : cinq réalisatrices sur 23 cinéastes au total, c'est une première, mais malgré l'effet Titane, Palme d'Or féminine l'an dernier, seulement la seconde de l'histoire du Festival, on est encore, au lendemain de la nomination d'une Premier Ministre, bien loin de la parité… comme d'habitude.

Sortir de la bulle

En deux ans de pandémie, le monde a changé, et le Festival de Cannes doit s'interroger : depuis sa première édition, en 1946, la grand-messe cannoise, avec sa montée des marches, ses robes de soirée et ses smokings, est un rituel immuable, qui donne aux films une onction sacrée avant qu'ils ne fassent carrière dans ces temples que sont les salles de cinéma. Sauf que le cinéma d'auteur en salles, depuis les confinements, ça ne marche plus : en France, on est toujours à au moins un tiers de fréquentation perdue par rapport aux années pré-Covid, les jeunes ne vont voir que des blockbusters super héroïques, et l'avènement des plateformes a été accéléré par la pandémie. Ne serait-ce l'opposition forcenée des exploitants de salles, en position de force à son conseil d'administration, on sent le Festival et son délégué général Thierry Frémaux brûler de projeter des films de plateformes, et de Netflix en particulier. Quant à séduire les jeunes, dans cette bulle qu'est la manifestation, réservée aux professionnels de la profession, hormis se projeter en version virtuelle sur Fortnite, le vénérable septuagénaire paraît un rien désemparé...

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