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Un festival très politique, mais pas encore paritaire

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Penelope Cruz et Javier Bardem dans "Everybody knows" d'Asghar Farhadi, ouverture du Festival de Cannes 2018
Penelope Cruz et Javier Bardem dans "Everybody knows" d'Asghar Farhadi, ouverture du Festival de Cannes 2018
- Memento films

Cannes 2018. Penelope Cruz et Javier Bardem pour l'ouverture d'une 71e édition qui s’annonce très politique, même si on peut regretter, pour sa première depuis le séisme de l’affaire Weinstein, qu’au-delà de quelques symboles, la question de la parité femmes-hommes derrière la caméra reste toujours irrésolue…

Chronique Antoine Guillot 8 mai

2 min

Cette ouverture, très glamour, certes, est symptomatique aussi d'une certaine mondialisation du cinéma tel qu'il se goûte à Cannes : deux acteurs espagnols devenus des stars à Hollywood dirigés, en Espagne, par un Iranien, Asghar Farhadi, déjà lauréat de deux Oscars du meilleur film étranger, c’était pour Une séparation et Le Client. Mais ce glamour cache mal la désaffection de Hollywood pour un festival qui, tout prestigieux soit-il, ne rentre plus, contrairement à ses homologues de Venise et Toronto, dans la stratégie de conquête des Oscars. D'où l'absence, par exemple, cette édition, des habitués Jacques Audiard et Xavier Dolan. D'autant que, malgré la réforme introduite par la direction de Cannes cette année, qui prive la presse de la primeur des projections des films en compétition, la critique cannoise reste toujours crainte, tant elle peut détruire d'un coup les potentialités commerciales d'un film. Résultat, contre mauvaise fortune bon cœur, la sélection affichée cette année par le délégué général Thierry Frémaux est très largement renouvelée, peu des fameux abonnés du festival et beaucoup de primo entrants dans les 21 films en compétition, on ne peut que se réjouir de cette diversité...

Une diversité qui ne va pas jusqu’à la parité, pour un festival qui s’annonce très politique

La parité, on en est loin ! Le nombre de réalisatrices présentées en compétition, c'est une question récurrente à Cannes. Elles ne sont que trois cette année, il est arrivé qu'il n'y en ait aucune. Dans ce premier Festival sans Harvey Weinstein, qui était jusque-là comme chez lui sur la Croisette, on aurait pu espérer une meilleure prise en compte des combats contre les abus sexuels et pour la parité, au-delà de la distribution aux festivaliers d'un flyer "comportement correct exigé - ne gâchons pas la fête, stop harcèlement !", ou d'une symbolique montée des marches entièrement féminine samedi prochain. Mais le festival ne reste pas pour autant sourd aux rumeurs du monde, et s'annonce bien au contraire très politique cette année. Il renoue avec une tradition, comme dans les années 70 avec le Polonais Andrzej Wajda ou le Turc Yilmaz Güney : celle d'accueillir des cinéastes dissidents, interdits dans leur pays. On verra ainsi, en leur absence, les nouveaux films de l'Iranien Jafar Panahi et du Russe Kirill Serebrennikov, ou encore, en section parallèle, celui d'une Kenyane, Wanuri Kahiu, censuré pour avoir osé traiter de l'homosexualité féminine. La thématique LGBT s'annonce d'ailleurs très présente cette année à Cannes. On ne peut pas être sur tous les fronts...

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