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Un gendarme à l'école pour former les enfants à Internet et aux réseaux sociaux

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Le gendarme Fabrice Lalande sensibilise à Internet et aux réseaux sociaux dans une école d'Orgeval, dans les Yvelines.
Le gendarme Fabrice Lalande sensibilise à Internet et aux réseaux sociaux dans une école d'Orgeval, dans les Yvelines.
© Radio France - Diane Berger

Reportage. Face aux dangers que peuvent rencontrer les enfants et adolescents sur le web, la gendarmerie anime depuis 2013 des sessions de "permis internet" dans les écoles primaires. Le but : sensibiliser les jeunes, avant l'entrée en 6e, à leurs droits et devoirs en ligne, mais aussi alerter leurs parents.

82% des jeunes âgés de 10 à 14 ans vont au moins une fois par semaine sur Internet, souvent sans surveillance spécifique des parents. Un usage qui se banalise notamment avec l'acquisition, pour ces jeunes, du premier smartphone. Pourtant, le web n'est pas sans risque pour eux : afin de leur apprendre les bons comportements en ligne, la gendarmerie organise des opérations dans les classes de CM2. C'est le " permis internet". Plus de 2 millions d'élèves l'ont passé depuis sa création, en 2013. Exemple dans une école d'Orgeval, dans les Yvelines.

Le reportage de Diane Berger

3 min

Dès le début de la séance, l'institutrice se glisse dans le fond de la salle : ce n'est pas elle qui fera cours ce matin, mais Fabrice Lalande, de la brigade de gendarmerie voisine. Vêtu de son uniforme, le sergent commence par quelques questions. Qui ici consulte Internet régulièrement ? Qui a un téléphone, ou s'apprête à en recevoir un dans les mois qui viennent ? Qui utilise un réseau social, ou participe à des jeux vidéo en ligne ? À chaque fois, une douzaine de mains se lève, sur la trentaine d'enfants : les jeunes de cette classe sont très connectés.

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Le principal but de cette formation : faire comprendre aux enfants que les actes perpétués sur Internet ont des conséquences sur la vraie vie. Leur expliquer aussi que, comme dans la rue, il y a un certains nombres de règles à respecter. "Parfois, dans la rue, au moment de traverser le passage piéton, il y a un feu rouge ! On ne passe pas ! lance Fabrice Lalande à la classe, Eh bien sur Internet, c'est pareil. Il y a des sites avec un feu rouge, vous n'avez pas le droit d'y aller."

La responsabilité des parents

L'intervention dure une heure et demi : l'occasion pour les enfants d'aborder un vaste panel de sujets avec le gendarme. Comment réagir par exemple si, au cours d'une partie de jeu vidéo en ligne, quelqu'un que l'on ne connaît pas nous demande des informations personnelles ? Comment se protéger face aux piratages ? Qu'est-ce qu'une usurpation d'identité ?

Au détour de la conversation, Fabrice Lalande demande questionne les élèves sur leur usage des réseaux sociaux. "Qui a TikTok dans la salle ?" demande-t-il, petit sourire aux lèvres. Cette application, très prisée des jeunes qui y consultent et publient de courtes vidéos, est interdite aux moins de 13 ans. Dans cette classe de CM2, aucun enfant n'a l'âge légal pour s'y inscrire donc. Pourtant, plusieurs élèves pointent du doigt un de leurs camarades de classe : penaud, le petit explique qu'il n'y est plus depuis quelques jours, ses parents ont supprimé le logiciel. "Un bon point pour tes parents !" réagit le gendarme.

Juste à côté, une fillette en pull rose lève timidement la main et reconnaît y être inscrite : sa mère est parfaitement au courant, elle l'a même aidé à installer l'application.

La remontrance du gendarme est sévère : "Il faudra que tu expliques à ta maman ce soir en rentrant que tu viens de passer le permis internet, et au cours de ce permis internet, tu as appris que TikTok, c'est 13 ans. Si tu as dit que tu avais déjà 13 ans pour t'inscrire, c'est un petit mensonge, et il faut que tu le supprimes ça."

Le gendarme face à la classe. "C'est comme dans la rue", a-t-il souligné au tableau.
Le gendarme face à la classe. "C'est comme dans la rue", a-t-il souligné au tableau.
© Radio France - Diane Berger

Et Fabrice Lalande insiste longtemps sur le rôle des parents auprès de ces jeunes. En effet, si les enfants utilisent de plus en plus Internet et les réseaux sociaux, les parents ne les surveillent pas assez, au goût de ce gendarme. Selon sondage Ifop de 2020 pour la CNIL, 54% des parents ne mettent en place aucune mesure particulière pour surveiller l'activité de leurs enfants en ligne, et la plupart des adultes sous-estiment quasi-systématiquement le temps que passent les plus jeunes en ligne.

"Quand tu es dans la rue, tu es accompagné de tes parents, ou de tes grands frères et sœurs, tu ne te promènes jamais seul dans la rue passé 18 heures. Quand tu sors de chez toi, tes parents vont te demander où tu vas, avec qui tu vas, et à quelle heure tu vas rentrer. Sur Internet, c'est pareil, tu ne te promènes pas tout seul : il faut que tes parents sachent ce que tu regardes, avec qui tu discutes, et à quelle heure tu vas t'arrêter."

À la fin de la séance, Fabrice Lalande distribuera d'ailleurs à chaque élève un petit livret, récapitulant l'ensemble des enseignements du jour. Les enfants sont censés le relire dans les jours qui suivent avec leurs parents, pour les sensibiliser eux aussi.

Des vidéos choc pour marquer les enfants

Alors que la classe commence à se dissiper, le gendarme décide de passer à l'étape suivante de sa formation : il projette des vidéos inspirées de faits réels, où il arrive malheur à des adolescents à cause d'Internet. Diffusion de photos compromettantes, cyberharcèlement... Dans l'un de ces clips, une jeune fille, à peine plus âgée que ces élèves de CM2, finit par se suicider. La classe devient soudain beaucoup plus calme. "Elle est vraiment morte ?", demande un enfant.

Certains élèves répondent en évoquant un fait divers qui les a marqué : le suicide de Dinah, une adolescente de 14 ans, en octobre 2021, à cause de ce qu'elle subissait en ligne. Les enfants de cette classe d'Orgeval semblent donc bien conscients du problème, mais ils sont bouche bée quand ils apprennent la sanction associée au cyberharcèlement : "C'est trois ans de prison et 45 000 euros d'amende".

"Ça peut arriver à quelqu'un que vous connaissez, ça peut aussi vous arriver à vous aussi : si ça vous arrive, il ne faut pas garder le silence, il faut en parler tout de suite. Et si vous n'arrivez pas à en parler à quelqu'un autour de vous, vous pouvez appeler le 3020. Il y a des solutions."

Au bout d'une heure et demi, les élèves sont libérés, direction la cour de récréation. Mais certains s'attardent pour parler avec le gendarme et leur maîtresse. L'institutrice, Magalie Hervé, est très satisfaite de cette intervention et ce qu'elle génère dans sa classe : "J'ai des élèves qui viennent me dire 'j'ai été choqué par certaines images', mais je leur réponds que parfois, il faut aussi voir des choses qui choquent, et pouvoir s'en souvenir, et voir les limites."

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