Un palmarès idiot, mais une grande Palme !

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Un palmarès idiot, mais une grande Palme !

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32 ans après Yol , cette nouvelle Palme d'or turque salue un très grand cinéaste, révélé à Cannes en 2003 avec Uzak . Après Les Climats , Les trois singes et Il était une fois en Anatolie , son nouveau film_, Sommeil d'hiver_ , fouille à nouveau les âmes en s'attachant à un comédien à la retraite, qui gère dans les spectaculaires paysages de la Cappadoce enneigée un hôtel et des propriétés dont il a hérité. Le film est très long, 3h16, on ne les voit pas passer : c'est le temps qu'il faut pour que, par la parole et la mise en scène, on mette à jour les hypocrisies, contradictions et rapports de domination dans le couple, la famille et entre classes sociales. Derrière l'intellectuel éclairé, la féodalité est là. Un propos très politique, donc, pour un cinéaste qui a dédié sa Palme à la jeunesse turque qui depuis un an se bat contre le régime.

La Palme mis à part, le gros souci de ce palmarès, c'est qu'il ne dit rien, en terme de goût. Rien à dire sur les deux prix d'interprétation, Julianne Moore et Timothy Spall ont été impeccables dans leurs rôles d'artistes vieillissants. Mais comment peut-on défendre à la fois la liberté et la sensibilité d'une Alice Rohrwacher, Grand Prix, seule et belle découverte de cette compétition avec Les Merveilles , et l'académisme pachydermique d'un Bennett Miller, dont Foxcatcher , véhicule à Oscars pour comédiens à prothèses, a reçu un surprenant prix de la mise en scène ? Pourquoi donner un Prix du Jury ex-aequo au vétéran et au benjamin de la compétition, presque 60 ans les séparent, mettant sur le même plan la perpétuelle invention formelle de Jean-Luc Godard et l'esbroufe épuisante du très surestimé Xavier Dolan ? Signe sans doute d'un jury divisé, ce palmarès ménage la chèvre de l'invention et le chou de l’épate. Pas grave, on ne se souvient finalement jamais que des Palmes d'or !

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