Les Idées Claires : un papa, une maman, c'est le mieux pour un enfant ?
Les Idées Claires : un papa, une maman, c'est le mieux pour un enfant ?

Un papa, une maman, c’est le mieux pour un enfant ?

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Un papa, une maman, c’est le mieux pour un enfant ?

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Les Idées Claires | Cette semaine, les questions liées à l'homoparentalité sont au coeur des Idées claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et franceinfo et destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

Depuis le vote de la loi sur l'ouverture du mariage au couple de même sexe en 2013, le slogan "Un papa, une maman" est devenu la bannière des opposants au mariage pour tous et à l'homoparentalité. 

Selon eux, une famille doit être composée d'un papa et d'une maman, seul modèle pour élever correctement des enfants.

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De quand date cette structure familiale autour d'un homme et d'une femme, avec des rôles définis pour le père et la mère ? Existe-t-il d'autres modèles de famille ailleurs ou dans des temps plus anciens ? Est-ce la seule façon d'apporter à un enfant ce dont il a besoin pour se construire ? 

Autant de questions que nous avons posées à Julie Delalande, anthropologue de l’enfance, professeure des universités en sciences de l’éducation à l’Université de Caen.

Un papa / une maman, c’est le mieux pour un enfant ?

Ça peut être bien, mais tout dépend de la norme sociale de la société dans laquelle on est et de l’époque dans laquelle on vit. Parfois c’est le modèle dominant et celui qui va être le plus confortable pour un enfant, parfois ce sont d’autres modèles qui sont la norme.

Le modèle papa / maman est récent ?

Dans la société traditionnelle, c’est-à-dire avant la 1ère guerre mondiale, c’était plutôt la communauté, c’est-à-dire le village qui s’occupait de l’éducation des enfants. Donc, ce n’était pas seulement la famille, pas seulement le papa et la maman, pas seulement non plus les grands-parents, les frères et sœurs aînés mais même les voisins chez qui on envoyait par exemple l’enfant en apprentissage pour devenir boulanger ou autre chose.

Est-ce qu’on a besoin d’un référent masculin et d’un référent féminin ?

Un enfant n’est jamais élevé seulement par ses parents, que ce soit deux hommes ou deux femmes, peu importe. Finalement, chez nous aujourd’hui, qui éduque les enfants ? Les enseignants à l’école, la crèche, les centres de loisirs. Il y a tout un ensemble de personnes qui sont autour de cet enfant et qui participent à le construire. Donc il y a des hommes, des femmes, toute cette diversité qu’il apprend à connaître et dans laquelle il se construit ses référents. 

Le rôle de la mère / du père sont immuables ?

Aujourd’hui, il y a beaucoup de femmes qui travaillent, avec le chômage parfois on peut se retrouver avec un couple où la femme travaille et pas l’homme et puis aussi l’homme a peut-être davantage envie de s’occuper de son enfant. Les rôles auprès de l’enfant évoluent et on a des papas qui s’investissent plus que la maman dans le temps, qui vont chercher l’enfant à l’école, lui donner le bain, le faire manger, etc. Donc on peut tout à fait changer de modèle au fur et à mesure des générations. 

Aujourd’hui, on accepte plus facilement d’autres modèles familiaux ?

On peut dire que le modèle de la famille recomposée, des parents séparés qui reforment un autre couple, cette famille recomposée est relativement bien acceptée alors que ce n’était pas trop le cas dans les années 70-80, ça commençait. Aujourd’hui, on s’aperçoit que de nouveaux modèles commencent à être acceptés, un couple d’hommes ou de femmes, peut-être que bientôt cette norme-là sera plus acceptée socialement.

Est-ce que c’est préjudiciable pour l’enfant ?

Ce que montrent les études, c’est que les couples qui assument cette norme sociale, qui sont en couple en tant qu’homosexuel avec un enfant sont des couples qui souvent sont d’un certain milieu social et qui permettent cette ouverture aussi bien dans le modèle familial qu’en général dans la vie, ouverture à la culture, dans le rapport à la construction de soi. Par conséquent, ces enfants-là sont aussi armés pour faire face à cette éventuelle différence d’avec leurs camarades, parce que les parents peuvent argumenter et les aider à assumer cette différence.

Est-ce que l’anthropologie nous montre d’autres schémas de famille ?

On trouve même des solutions absolument incroyables, notamment dans la société des Nuer étudiée par Evans Pritchard, un Britannique dans les années 1930. Il nous a montré comment un couple qui était stérile se séparait et la femme se mariait avec une femme. Mais cette femme avec qui elle se mariait allait avoir une relation sexuelle avec un homme extérieur au groupe social, allait se retrouver enceinte, et cet enfant allait être l’enfant du couple de deux femmes. La femme du début, la femme stérile allait jouer le rôle du père dans ce couple. Mais là, c’est un père social et il n’y a pas de relations sexuelles entre ces deux femmes. Donc on a une femme qui est un homme socialement. 

"Les Idées claires", un programme hebdomadaire vidéo et audio

Parce que la vérité est plus lente que le mensonge, parce que la désinformation est plus séduisante que les faits vérifiés, Les Idées Claires démêle le vrai du faux. Chaque semaine, dans une vidéo et en podcast, un.e expert.e et Nicolas Martin (producteur de La Méthode scientifique sur France Culture) remettent de l’ordre autour d’une idée reçue. Retrouvez l'intégralité des épisodes dans le dossier "Les Idées Claires"

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