Dès le lendemain de son élection, Jair Bolsonaro s’est tourné Donald Trump. Il a notamment reçu fin novembre le néo conservateur John Bolton, son conseiller pour la sécurité nationale
Dès le lendemain de son élection, Jair Bolsonaro s’est tourné Donald Trump. Il a notamment reçu fin novembre le néo conservateur John Bolton, son conseiller pour la sécurité nationale

Le regard de Celso Amorim sur la diplomatie de Jair Bolsonaro

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Une base militaire américaine au Brésil ferait du pays une "cible de conflits qui ne sont pas les siens"

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Entretien exclusif | Celso Amorim est l’ancien chef de la diplomatie brésilienne de Lula (2003 à 2010). Notre envoyé spécial pour l'investiture de Jair Bolsonaro a pu interroger ce diplomate de premier plan sur la politique étrangère du nouveau président. Celso Amorim se dit "très préoccupé" par la rupture amorcée.

Les Etats-Unis, Israël et l'Italie sont les trois pays que Jair Bolsonaro a mis en avant dans son programme diplomatique minimal. Le nouveau président d'extrême droite ne veut plus de multilatéralisme ni de la politique extérieure indépendante (PEI) brésilienne passée. Un retour au "camp occidental", précise le chercheur à l'Iris Jean-Jacques Kourliandsky, avec aussi trois pays asiatiques cités : la Corée du Sud, le Japon et Taïwan. 

Celui qui réalisera sa première visite à l'étranger au Chili a déjà dessiné une ligne "anticommuniste" et un libéralisme économique appuyés, en rupture avec la diplomatie Sud-Sud des années Lula. Jair Bolsonaro s'est très vite placé dans le sillage de Donald Trump, a accueilli à son investiture l’Israélien Benjamin Netanyahou, tout comme le Premier ministre hongrois Viktor Orban. 

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De quoi inquiéter Celso Amorim, ancien chef de la diplomatie brésilienne de Lula (2003 à 2010) et ancien ministre de la Défense de Dilma Rousseff (2011 à 2014).

Jair Bolsonaro se dit ouvert à l’idée d’implanter "dans le futur" une base américaine sur le territoire brésilien. Qu'en pensez-vous ?

"Tout cela est très préoccupant. Même pendant la dictature, dans un gouvernement militaire pro-américain (1964-1985), il n’y avait pas de base américaine au Brésil. Quand je lis dans les journaux que le président évoque cette possibilité, je suis très préoccupé parce que cela nous transforme automatiquement en cible des conflits entre les Américains et les Chinois ou les Américains et les Russes.
Le conseil de sécurité de l’UNASUR (Union des Etats Sud-américains) [stipule] qu’aucun pays ne peut avoir une base de n’importe quel autre pays chez lui. Pour éviter justement que le Venezuela ait une base russe, la Colombie une base américaine et que cela importe des conflits qui ne sont pas les nôtres."

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Netanyahou : l’autre partenaire

Le transfert de l’ambassade brésilienne à Jérusalem fut l'une des premières grandes annonces de Jair Bolsonaro. Il l’a encore confirmé vendredi dernier, suivant l’exemple des Etats-Unis. 

Une double erreur, diplomatique et économique, pour le premier pays exportateurs de viande halal vers le monde arabe ?

"Ce n’est pas seulement le fait que l’on vendra moins de poulets aux pays arabes, c’est aussi que l’on va perdre le crédit que le pays avait en tant que médiateur dans certains conflits internationaux. Aujourd’hui, c’est impossible ! Quel pays arabe accepterait que le Brésil ait un rôle de facilitateur quand celui-ci est train de déplacer son ambassade de Tel Aviv à Jérusalem ?

Si l’on a une vision qui est totalement anti-palestinienne, cela peut avoir des conséquences graves dans notre région.

Y compris comme le terrorisme. Ce que je n’espère pas."

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"Quand on pose la question à la population de savoir s’ils sont d’accord avec cette politique, il disent que non ! Il n'y a pas eu de référendum pour que le Brésil reconnaisse Jérusalem comme la capitale d’un état juif, les gens n’ont pas voté pour avoir une relation d’hostilité avec la Chine, ils n’ont pas voté pour que l’on suive la politique de Trump. Pas Washington, mais Trump ! Ce qui est encore plus grave… Donc je ne pense pas que tout cela se maintiendra à long terme."

Les Enjeux internationaux
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