Publicité

Une brève histoire du CNRS

Par

Trois personnalités sont à l'origine du Centre National de la Recherche Scientifique qui fête le 19 octobre prochain ses 70 ans : Jean Zay ministre de l'Education nationale et des Beaux-Arts à l'époque du Front populaire, Irène Joliot-Curie , sous-secrétaire d'Etat sous le Front populaire et enfin Jean Perrin , prix Nobel de physique en 1926 pour ses travaux sur l'atome.

Jean Perrin
Jean Perrin

Jean Perrin © Wikipédia

Publicité

A quelques jours de la guerre

L e CNRS a vu le jour le 19 octobre 1939, il y a donc soixante-dix ans, de la fusion de la Caisse nationale de la recherche scientifique et du Centre national de la recherche scientifique appliquée. Trois fortes personnalités ont oeuvré à cette naissance du CNRS : Jean Zay , ministre de l'Education nationale et des Beaux-Arts à l'époque du Front populaire et jusqu'en 1939. Il sera assassiné par la milice en juin 1944. Irène Joliot-Curie , sous-secrétaire d'Etat sous le Front populaire, fille de Pierre et Marie Curie, marié à Frédéric Joliot. Avec son époux, elle obtiendra le prix Nobel de chimie en 1935 pour ses travaux sur la radioactivité artificielle et ils travailleront ensemble dès 1939 sur un projet de bombe atomique française considéré comme le plus avancé du moment. Après la guerre, Irène Joliot-Curie participera à la création du Commissariat à l'énergie atomique en 1946 et y collaborera durant plusieurs années. Elle succombera en 1956 à une leucémie consécutive à son exposition au rayonnement radioactif. Troisième personnalité à l'origine du CNRS, le chimiste lillois Jean Perrin , prix Nobel de physique en 1926 pour ses travaux sur l'atome.

La France et le Royaume-Uni ont déclaré la guerre à l'Allemagne début septembre. Lorsque le CNRS est fondé par un décret-loi le 19 octobre 1939, son but est de coordonner l'activité des laboratoires en vue de tirer un rendement plus élevé de la recherche scientifique. A son début et logiquement, ses recherches vont donc s'orienter vers les besoins de l'armée française. Nous sommes dans la très longue IIIè République que préside Albert Lebrun dont les yeux sont souvent humides et la voix chevrotante. Mais l'homme fort du pouvoir est le président du Conseil, Edouard Daladier . Président du Conseil, une spécificité du monde politique qui disparaitra avec la IVè République. En fait, ce poste correspond grosso modo à celui de premier ministre. Troisième grand nom du gouvernement de l'époque, Paul Reynaud alors au Ministère des Finances. L'homme n'a pas laissé un grand souvenir dans l'Histoire. Pourtant, il fut l'un des seuls à voir venir la grande dépression des années vingt-trente dont bien peu de politiques imaginèrent les conséquences et peu avant la guerre, son action trop brève avait tout de même permis à la France un début de redressement prometteur. Il sera ensuite président du Conseil jusqu'au 17 juin 40 qui marque la défaite de la France. Après sa démission, Reynaud est remplacé par le maréchal Pétain qui signera l'armistice.

Chercheurs CNRS
Chercheurs CNRS

© CNRS Photothèque - Jérôme Chatin

De la Libération à nos jours

V ichy, l'heure des grands périls pour le CNRS. Dans le premier temps des hostilités, le Centre s'était naturellement orienté vers la recherche militaire. Aux heures sombres de l'occupation, la question des subsistances sera d'actualité dans un pays souffrant de toutes les pénuries. Enfin, l'existence même du CNRS semble menacée. En août 1940, le secrétaire d'Etat à l'Instruction publique et aux Beaux-Arts nomme Charles Jacob administrateur du CNRS à titre provisoire avec mission d'établir un rapport sur la situation administrative et financière du Centre. Jacob n'a jamais fait mystère de son opposition à la « Bande à Perrin ». Il parle aussi de ce « virus démocratique » dont la France souffre depuis 1936. Bref il est pétainiste mais à l'occasion d'un voyage à Vichy, c'est la déception, il admet qu'il ne sera jamais ministre. D'ailleurs, il n'a même pas croisé le maréchal pour lui exposer ses vues sur la recherche en France. En janvier 41, Jacob rencontrera enfin le grand homme : 5 minutes et debout. Nouvelle déception. L'échange est, on ne peut plus bref... Mais son long rapport sur le CNRS a fait bonne impression sur les autorités de Vichy. Les réformes préconisées par Jacob seront mises en oeuvre et l'administrateur temporaire sera nommé directeur du CNRS.

Charles Jacob est démis de ses fonctions en août 1944 à la Libération. Frédéric Joliot le remplace à la tête du CNRS. Joliot-Curie, c'est cet homme que l'on voit dans le film « Paris Brûle-t-il ? » interprété par Sacha Pitoëff et confectionnant des cocktails molotov. Il a participé à la libération de Paris aux cotés du colonel Rol-Tanguy à l'hôtel de ville.

A la tête du CNRS, sa préoccupation essentielle restera fondamentalement gaulliste : la place de la France dans le monde de l'après-guerre, comparée à celle des deux grandes puissances que sont les Etats-Unis et l'URSS. Il est nécessaire, pour la grandeur du pays, de faire preuve de dynamisme dans le domaine de la recherche. Dans le cas contraire, selon les propres termes de Frédéric Joliot-Curie, l'Hexagone pourrait bien devenir une « colonie ». Alors après 1945, les missions du CNRS sont étendues, et les recherches fondamentales encouragées. De nouveaux laboratoires sont créés à Paris et en province et le nombre de chercheurs et de collaborateurs, de moins de 2000 à la Libération, passe à près de 7000 à la fin des années 1950.

Cet essor s'accélère lors de la décennie suivante. Avec l'arrivée au pouvoir du général de Gaulle en 1958, la recherche est érigée en priorité nationale. Ce sera aussi le temps des trente-glorieuses pour les activités du Centre National de la Recherche Scientifique. D'aucuns diront même l'âge d'or du CNRS. En effet, sous l'impulsion du général de Gaulle, les budgets du CNRS sont nettement revus à la hausse et de grands chantiers sont entrepris.

En 1966, une réforme importante voit le jour : la création des laboratoires associés, permettant au CNRS de soutenir des laboratoires universitaires qui lui sont liés par contrat. Le Centre s'ouvre toujours davantage vers l'extérieur. L'ouverture ne se limite pas à l'Université. Elle s'étend également à l'industrie. En 1975, une première convention est ainsi signée avec Rhône-Poulenc. Mais cet accord soulève de vives oppositions au sein du CNRS : la recherche publique est-elle en train de se vendre aux intérêts privés ? En réalité, elle s'adapte aux nouvelles attentes de la société. La création du département des sciences pour l'ingénieur, la même année, vient le confirmer.

Les programmes interdisciplinaires qui voient le jour dans les années 1980 participent du même principe : l'énergie, l'environnement, bientôt les biotechnologies sont à l'ordre du jour. Le CNRS, qui regroupe alors près de 25 000 chercheurs et ITA, y joue un rôle moteur.