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Une guerre de l'eau entre le Tadjikistan et le Kirghizstan ?

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Des hommes en larmes devant des maisons détruites à Kapchygay, au Kirghizistan, près de la frontière avec le Tadjikistan. Le 21 septembre 2022.
Des hommes en larmes devant des maisons détruites à Kapchygay, au Kirghizistan, près de la frontière avec le Tadjikistan. Le 21 septembre 2022.
© AFP - VYACHESLAV OSELEDKO

Un cessez-le-feu, fragile, est en vigueur entre le Tadjikistan et le Kirghizstan, après des combats qui ont fait une centaine de morts mi-septembre. Ces deux pays sont pauvres, mais ils se battent pour être le château d’eau de l’Asie centrale.

Du 14 au 16 septembre, les combats ont été extrêmement violents dans la région frontalière entre le Tadjikistan et le Kirghizstan, deux voisins de l’Asie centrale ex-soviétique. Une centaine de morts a été dénombrée dans des combats avec des chars, des mortiers, des roquettes et des drones. Un cessez-le-feu, fragile, a été décidé le 17 septembre suite à la demande de la Russie, une alliée des deux pays. Mais "l’or bleu" qui sépare ces pays pauvres pourrait les transformer en nations très développées, grâce à cette richesse incroyable : l’eau !

Absence de médias indépendants

Tadjiks et Kirghizs se sont accusés mutuellement d’avoir débuté les combats dans la région frontalière entre Khoudjand (ex Leninabad, du temps de l'URSS) dans la région du Ferghana, au Nord du Tadjikistan, et de l’autre côté la région de la ville de Batken, dans le Sud-ouest du Kirghizstan. Les Tadjiks affirment que les Kirghizs ont tués 35 personnes, essentiellement des civils, par des drones qui étaient dans une mosquée, dans une école et à proximité d’une ambulance. Il n'y a, bien-sûr, aucun moyen de vérifier. Les médias indépendants manquent cruellement. Les Kirghizs, de leur côté, affirment que l’attaque militaire était partie du côté tadjik. D'après le Président du Kirghizstan, Sadyr Japarov, “la partie Kirghize ne réclame aucun territoire étranger et n’a pas l’intention de donner, à quiconque, un centimètre de son territoire”. Le 19 septembre, Sadyr Japarov a appelé, dans une adresse à la nation, que “sa population est unifié” et il affirme que “son armée est capable de repousser toute invasion”. En attendant, 140 000 Kirghizs ont été évacués de la zone frontalière.

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À New-York, le Secrétaire général de l’ONU, le Portugais Antonio Guterres, a répété “son appel au dialogue et à la fin de la violence” lors de la 77e Assemblée générale de l’ONU. Lors de cette AG, le Président du Kirghizstan Sadyr Japarov s'est déclaré “prêt à négocier” avec le Tadjikistan. Il déclare vouloir “une solution mutuellement bénéfique” mais, toujours le chaud et froid, accuse le Tadjikistan d’avoir perpétué des “agressions armées injustifiées”.

Un enjeu : l'eau, avec des réserves de la précieuse ressource

En fait, ses combats reviennent encore une fois sur le “Grand Jeu” entre ces deux voisins : l’eau ! Sadyr Japarov parle, devant l’ONU, de l’essentiel, de l’enjeu : “Créer des zones d'accès pour les ressources en eau”. Parce que ces jours de violence ont commencé par une attaque des Tadjiks sur un réservoir d’eau qui appartient aux Kirghizs et que les Tadjiks revendiquent. Cette région est souvent lieu de tensions et de violences. Ces deux pays sont pauvres, mais se battent pour être le château d’eau de l’Asie centrale. Particulièrement, l’or bleu du Tadjikistan.

Dès les années 20, les Soviétiques avaient établi des cartes qui faisaient le point sur les Républiques soviétiques qui possédaient des réservoirs d’eau. Et la plupart du temps, ils étaient dans les Républiques Soviétiques du Tadjikistan et du Kirghizstan. À la chute de l'URSS, où sont placés exactement ces réservoirs d’eau par rapport à des frontières devenus des frontières d’États ? Et chaque pays demandait à récupérer ces fameux puits, réservoirs, voire barrages. Des pays “riches” comme le Kazakhstan et l'Ouzbékistan ont besoin d’eau (beaucoup d’eau...) pour irriguer et pour s'approvisionner. Quand ces deux pays pauvres, le Tadjikistan et le Kirghizstan, possèdent de l’eau (beaucoup d’eau...).

De plus, pour compliquer la situation, le Tadjikistan est une nation persanophone, alors que les quatre autres pays d’Asie centrale ex-soviétique - Kirghizstan, Kazakhstan, Ouzbékistan et Turkménistan - sont turcophones. L’eau devient, de plus en plus, une matière première capitale en Asie centrale. Le projet kirghiz de construire deux gigantesques barrages hydroélectriques, Kambar-Ata 1 et 2 (1900 et 300 mégawatts), sur la rivière Naryn, un affluent du Syr-Daria, dans l’ouest du Kirghizstan, l'illustre. Les Tadjiks considèrent ce barrage en construction comme un danger. Le Tadjikistan produit 4 000 mégawatts, mais il a toujours le grand rêve du barrage qui remonte à la période soviétique. Un projet pharaonique qui est à chaque fois repoussée aux calendes grecques. Ce projet de barrage sur la rivière de Vakhch et dernièrement il est prévu pour une mise en service...en 2029. Le plus grand barrage du monde, 335 mètres de long. En attendant, c’est toujours plus de morts sur la frontière tadjike-kirghize...

Et avec ces projets de barrages ambitieux, que deviennent les plantations de coton en Ouzbékistan ? Ces champs gigantesques de coton ? L'alimentation de l’eau dépende des autres pays de l’Asie centrale ex-soviétique. Les barrages Tadjiks ont un impact catastrophique sur les champs de coton ouzbèks. Et le Kazakhstan dépend aussi de la situation des rivalités tadjiko-kirghizes autour de l’eau. Cette “guerre de l’eau” est surveillé par toute l’Asie centrale. Peut-être plus que par la Russie. Car Moscou tient un discours difficile à tenir entre l’appel à la paix entre le Tadjikistan et le Kirghizstan en Asie centrales et avec l'Azerbaïdjan et l'Arménie dans le Caucase et la guerre jusqu’au bout en Ukraine. Devant un tel discours, aussi peu logique, cela encourage tous les “va-t-en-guerre” dans l’ex-URSS...