Publicité

Une humiliation nationale

Par

« Je pense que certaines personnes responsables de la préparation des sportifs devront avoir le courage de donner leur démission. Et s’ils ne l’on pas, on va les y aider ! »

Le président de la Fédération de la Russie Dimitri Medvedev demande la démission des présidents des fédérations sportives russes. Pourquoi ? Eh bien par ce que la Russie vit une humiliation nationale inouïe ! A Vancouver, pour la première fois de son histoire olympique, l’équipe russe n’atteint que la 6ème place du classement ! Les débats et les analyses font rage !

Publicité

« Notre unique objectif est d’avoir des médailles. Mais les médailles sont le reflet de la politique sportive d’un pays. Regardez, aux Etats-Unis vous avez une piscine dans chaque école, ainsi qu’un petit stade. Même si ces installations ne sont pas flamboyantes elles ont le mérite d’exister. Par conséquent, il est fort probable que les Etats-Unis remportent des médailles dans des disciplines telles que la natation et l’athlétisme. »

Oleg Vinokourov est un grand spécialiste du sport sur une radio sportive russe « Sport FM » et il participe au débat organisé par une autre radio « Radio Svoboda »

« J’ai appris auprès du président de la fédération de luges qu’à époque soviétique nous avions plus de 40 sites où pratiquer la luge. Ils n’étaient pas tous situés en Russie, mais la grande majorité s’y trouvait car nous sommes la république de l’Union où il fait le plus froid. Un grand site est resté en Lettonie, mais comment ce fait-il qu’en Russie on en ait conservé que 2 ?! La télévision nous montre l’ouverture de nouveaux stades, mais il faut savoir comment on les utilise. Car dès leur ouverture on les loue ! Et les amateurs du foot peuvent se détendre pendant une heure ou deux après le boulot. Ce n’est que du loisir ! Et puis il faut aussi avoir de bons entraineurs qu’il faut très bien rémunérer ! »

Vladimir Milov est un homme politique de l’opposition :

« C’est le résultat du système de gouvernance que nous cultivons depuis 10 ans, la fameuse « verticale du pouvoir », ou tout est dirigé par des bureaucrates nommés on ne sait pas pourquoi, où les décisionnaires sont intimement liés au gouvernement et très bien payés. Regardez, en 2000 le gouvernement a consacré moins d’un milliard de roubles dans le budget du sport. En 2009, il y a consacré 17 milliards ! Dont 3 milliards – pour les centres d’entrainement…Je crois que notre échec olympique illustre bien le fait que la somme d’argent dépensé ne garantit pas le succès. »

Jusqu’en septembre 2010, la Cour des comptes russe va vérifier les comptes des fédérations sportives. Entre-temps 7 présidents de fédérations ont compris le message du Président Medvedev et ont présenté leurs démissions. Mais Vladimir Milov reste sceptique :

« Le mensonge est partout ! On nous raconte des histoires ! Le pouvoir prétend que « la Russie n’est plus à genoux ! » et le peuple donne l’impression de le croire. Mais parallèlement, les gens savent que les deux seuls sports dans lesquels nous excellons sont le vol et la corruption ! »

Il faut donc changer ce régime politique, corporatiste et autoritaire. Mais Oleg Vinokourov pense qu’il faudra sans doute également revenir à l’esprit olympique cher à Pierre de Coubertin :

« Le comité olympique international souligne tout le temps que le décompte de médailles pendant les jeux a un caractère non-officiel ! Pendant les premiers jeux, il y a eu des situations cocasses, il y avait par exemple des équipes composées de sportifs de différents pays, qui se confrontaient à d’autres équipes « mixtes » ! Du coup, la notion de nation n’existait plus ! Bon, ça c’est du passé, mais regardez, Jacques Rogge souligne, qu’il n’est pas indispensable pour un président d’assister aux , car ce n’est pas un pays qui en est l’hôte, mais une ville ! »

Un état d’esprit difficilement conciliable avec celui un peu revanchard et amer qui règne dans la Russie d’aujourd’hui. L’un des internautes réagi sur le site de « Radio Liberté » : « Il fut un temps nous étions un pays industriel. On a été les meilleurs partout : dans le domaine des sciences, de l’exploration spatiale, du sport et de la danse ! Aujourd’hui nous ne fabriquons même pas nos clous nous-mêmes, alors d’où pourraient bien venir nos futurs champions du monde ?»