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Une policière dénonce le harcèlement chez les CRS

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Intégrée aux CRS en 2010, une fonctionnaire a déposé plainte pour harcèlement moral et discrimination. Le parquet de Paris a ouvert une enquête. La policière témoigne de son calvaire.

Inès - le prénom a été changé - fait partie des quelques femmes ayant intégré les CRS, une branche de la police strictement réservée aux hommes jusqu’au début des années 2000.Mais en rejoignant ce corps de police, elle ne s’attendait pas aux blagues graveleuses et racistes.Elle raconte comment ses collègues lui ont reproché d’être « trop froide et trop distante » parce qu’elle refusait de faire la bise.

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« On a mis ça sur le compte de ma religion ou de mes origines, alors que pas du tout. C’est par confort personnel. En travaillant avec 150 hommes au quotidien, il est plus facile de serrer la main que de faire la bise ».

Très vite, elle est étonnée par les remarques et questions étranges, voire déplacées, sur ses origines algériennes.

Sur le terrain, dans un fourgon, un collègue lui demande :

*** Si demain il y a la guerre entre l’Algérie et la France, que fais-tu ? S’il y a un match de foot entre la France et l’Algérie, qui soutiens-tu ? * **
Inès estime qu’elle n’a pas à se justifier : « Je suis Française, mais je n’ai pas à rougir de mes origines (…) je suis bilingue, c’est quand même un plus. Ma nationalité, j’ai dû l’acquérir. Je suis née en Algérie, et la France est ma terre nourricière, qui a fait ce que je suis aujourd’hui. Et devoir me justifier, j’ai trouvé ça scandaleux ».

Ses propos auraient été déformés et des rumeurs colportées selon lesquelles « Inès a la haine des Français, elle est Algérienne avant tout ».

Rapidement, elle a l’impression d’être mise à l’écart : « des collègues refusent de me serrer la main » .

D’autres remarques suivront. Un matin, la policière s’entend dire :

**Tu n’as rien à faire là. Tu n’as rien à faire dans la police, encore moins chez les CRS **
Une situation anormale selon Inès : « Si j’avais un métier où j’étais en toute sécurité, j’aurais peut-être accepté ce harcèlement, mais là je suis sur le terrain, et armée. Comment puis-je faire confiance à des gens qui refusent de me dire bonjour, alors que demain sur le terrain je peux avoir besoin d’aide » .

Inès ne doit pas seulement faire face aux mots déplacés, mais aussi aux actes. Une anecdote l’a particulièrement marquée. « Lors d’une instruction, un collègue s’approche de moi et simule une masturbation près de mon visage ».

Elle le repousse, choquée. Le collègue en question lui reproche de ne pas avoir d’humour. « C’était une blague » .

Après de nombreuses plaintes auprès de sa hiérarchie, Inès a l’impression que rien ne bouge. Son supérieur évoque seulement** « une blague graveleuse »** mal comprise, mais voit plutôt un « problème relationnel » de la part d’Inès.

« Je n’ai rien fait de mal » dit aujourd’hui la fonctionnaire, écœurée.

Elle raconte n’avoir jamais demandé de traitement de faveur. « Quand [les femmes] sont arrivées, les tenues n’étaient même pas adaptées. Pour aller aux toilettes, il fallait se mettre toute nue. On nous a expliqué que ce n’était pas à l’institution de s’adapter à nous (…) Je me suis achetée un appareil pour pisser debout, donc l’adaptation, je suis allée au bout de ce que je pouvais faire » .

Aujourd’hui, Inès est en congé suite à une blessure sur le terrain. Elle se remet d’une opération chirurgicale. Mais que se passera t-il à la fin de sa convalescence ?

« Je ne peux pas y retourner. Je suis en danger, je ne peux pas continuer à aller travailler la peur au ventre. Le problème c’est que je n’ai pas peur de ceux qui sont en face de moi, mais de ceux qui sont derrière moi ».

Elle se demande pourquoi elle n’a pas pu aire son métier dans de bonnes conditions ? La justice devrait sans doute apporter des réponses à ces questions après l’ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet de Paris.

Contactée, la direction de la police nationale a refusé re réagir, évoquant « une affaire en cours » .

Retrouvez l’intégralité de l’entretien accordé par Inès à notre journaliste Théo Maneval :

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