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Union africaine : vers la désunion ?

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L'Union africaine à l'heure de son 28e sommet, à Addis Abeba, du 30 au 31 janvier 2017
L'Union africaine à l'heure de son 28e sommet, à Addis Abeba, du 30 au 31 janvier 2017
© Radio France - Camille Renard

Carte. Le 28e sommet de l'Union africaine s'ouvre à Addis-Abeba. Cette réunion des chefs d'Etats africains est cruciale pour l'avenir de l'Union, déchirée entre la réintégration du Maroc après 33 ans d'absence, un nouvel exécutif, et des rivalités entre blocs régionaux.

Questionnant sa cohésion comme jamais encore, le sommet des chefs d'Etat africains qui s'ouvre à Addis-Abeba est crucial pour l'avenir de l'Union africaine. En 2002, l'Union africaine (UA) prenait la suite l'Organisation de l'unité africaine (OUA), née en 1963. Après 54 ans d'existence d'une union des pays africains, plusieurs enjeux fragilisent l'unité de l'organisation panafricaine qui a pris comme modèle l'Union européenne. Ils rappellent aussi en creux sa raison d'être : "promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité du continent".

Pourquoi le Maroc réintègre l'Union africaine ?

Le Maroc était jusque là le seul pays africain à ne pas être intégré à l'Union africaine. En 1984, le pays quitte l'Union africaine, signe de protestation contre l'intégration de la République arabe sahraouie démocratique proclamée au Sahara occidental, alors que Rabat considère ce territoire comme partie intégrante du royaume. Depuis juillet 2016, le roi Mohammed VI se soumet à un lobbying diplomatique actif pour rallier les soutiens favorables à une réintégration de son pays. Ce retour soulève des questions économiques pour l'organisation, actuellement financée à 70% par des organismes étrangers à l'Afrique. Le retour du Maroc représente une aubaine pécuniaire. Des questions juridiques sont aussi soulevées, notamment par 12 pays, parmi lesquels le Nigeria, l'Algérie, l'Afrique du Sud, le Kenya et l'Angola, hostiles à la réintégration du Maroc. Ces pays ont sollicité un avis formel auprès de l'organe juridique de l'UA pour savoir si l'organisation pouvait accepter un pays "qui occupe une partie du territoire d'un Etat membre", à savoir le Sahara occidental. Lundi 30, au terme d'un débat tendu et émotionnel, 39 des 54 états de l'Union africaine ont décidé de réintégrer le Maroc.

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A écouter "Sahel. L’évolution des conflits et instabilités", Les Enjeux internationaux et à lire "Comment Google dessine sa carte du monde"

Quelles luttes d'influence fragilisent l'Union ?

La Cour pénale internationale est également un enjeu clivant au sein de l'Union : Burundi, Afrique du Sud et Gambie ont exprimé leur hostilité vis-à-vis d'une CPI estimée partiale, instrument de l'impérialisme occidental, n'inquiétant que des chefs d'Etats africains. Ils ont décidé de la quitter en 2016. Inversement, le Sénégal et le Botswana soutiennent ouvertement cette institution, qui demeure selon eux un garde-fou légal important pour les pays dont les systèmes judiciaires sont entravés par les conflits civils.

A écouter "Justice internationale. Après l’annonce de retrait de la Cour pénale internationale (CPI ?) de quatre pays, quelle universalité de la Cour ?", Les Enjeux internationaux.

L'Union africaine se donne un droit d’ingérence dans certaines situations : génocide, crimes de guerre, coup d'Etat, instauration de dictatures... pour lesquelles elle intervient militairement dans certains pays, voire exclut temporairement de son sein certains des Etats (voir la carte ci-dessus). Violences ethniques au Soudan du Sud, guerre civile en Libye, exactions djihadistes au Mali, en Somalie et au Nigeria, tensions politiques en République démocratique du Congo, famine en Ethiopie... Ces tensions qui déchirent l'Afrique sont chacune des enjeux de lutte d'influence des sous-régions à l'intérieur de l'institution panafricaine, voire des dirigeants africains entre eux.