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Urgence et deuil : l'amour fou selon Pauline Delabroy-Allard obtient le Prix du Roman des étudiants 2019

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Pauline Delabroy-Allard
Pauline Delabroy-Allard
© AFP - JOEL SAGET

"Ça raconte Sarah", récit d'une passion entre deux femmes à la fois urgente et marquée par le deuil, vient d'être récompensé par les jurés étudiants du Prix du roman des Etudiants France Culture - Télérama. Dans les émissions de France Culture, écoutez l'auteure raconter son projet et son texte.

Après deux mois de lecture et une trentaine de rencontres organisées dans toute la France, les jurés étudiants ont élu Pauline Delabroy-Allard comme lauréate du Prix du roman des Etudiants France Culture - Télérama pour Ça raconte Sarah (éditions de Minuit), histoire d’un amour fou entre deux femmes. L’une travaille dans un lycée, l’autre est violoniste ; la passion qui les emporte donne son rythme et son intensité au récit, à l’ombre de la mort qui s’invite dans le texte dès les premières pages.

Pauline Delabroy-Allard, née en 1988, est documentaliste et écrivaine. Après des études de lettres classiques, elle a un temps été libraire, puis ouvreuse dans un cinéma. 

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En 2013, elle co-écrit un premier ouvrage avec la journaliste Kim-Hullot-Guiot, La Littérature expliquée aux matheux, un manuel didactique qui recense des analyses des plus grands classiques de la littérature française. 

Elle participe également à la revue en ligne En attendant Nadeau, journal de littérature, des idées et des arts.

En cette rentrée littéraire 2018, Pauline Delabroy-Allard était l’invité de l’émission "Une vie d’artiste" du 22 septembre 2018, pour évoquer ce premier roman. Elle revient sur cette histoire d’amour qui bascule très vite dans une passion vibrante : 

L'écriture de la passion avec Pauline Delabroy-Allard (Une vie d'artiste, 22/09/2018)

1h 00

Je trouve que le mariage, l’institution de la famille, fait que c’est très compliqué de garder une pureté du sentiment. Dans la passion c’est ce qui se passe, même si c’est extrêmement violent. 

Ce que j’avais envie de faire en écrivant ce roman, c’est qu’il soit construit en deux parties. La première partie, c’est la rencontre amoureuse, l’urgence d’aimer, la surprise de l’amour avec ce personnage de Sarah qui est très vivante, mais qui fuit et qui est absente. Dans la seconde partie, la narratrice s’exile en Italie. Elle se retrouve seule, retrouve son enfance, et se reconnecte à des temps passés, comme si le chagrin ramenait à ce qu’on a de plus intime. 

Le lecteur peut ressentir une certaine urgence dans le récit, et c’est cette-même urgence qui a animé la jeune auteure Pauline Delabroy-Allard, pour écrire son roman Ça raconte Sarah

J’ai tout laissé tomber pour écrire ce livre. J’avais un autre projet avant ça, que j’ai laissé de côté pour écrire ce roman. Cette première partie a été écrite comme on peut la lire, c’est-à-dire dans la vitesse, dans l’urgence, dans le désir de faire un portrait le plus vivant possible. 

1h 00

Dans l’émission Le Temps des écrivains du 15 septembre 2018, Pauline Delabroy-Allard évoquait aussi son écriture à l’ombre de la mort. Pour la jeune écrivaine, il fallait que la fin de l’amour soit aussi contenue dans le style : 

Pauline Delabroy-Allard (Le temps des écrivains, 15/09/2018)

59 min

Je voulais raconter une passion qui meurt. La mort est une métaphore de la rupture. 

J’ai eu beaucoup de mal à lire pendant mon temps d’écriture. J’ai relu Barthes, "Fragments d’un discours d’amoureux". Et quand je l’ai refermé, je me suis dit, "je vais laisser tomber mon histoire de passion, Barthes a déjà tout dit, c’est limpide". 

J’ai choisi la fiction, à partir de l’intimité d’avoir ressenti un jour la passion amoureuse. La narratrice peut tout à fait être mon double, je crois qu’on peut me reconnaître. 

Ce qui est compliqué quand on veut raconter une histoire, c’est qu’il faut trouver un biais nouveau, car tout a déjà été dit. Je voulais m’essayer à l’exercice du portrait. Je me suis vite rendue compte que c’était difficile. C’est épuiser quelque chose d’inépuisable. 

Il y a quelque chose de freudien dans le titre. J’avais envie de raconter une histoire sur l’obsession, et la vie avec un être disparu, qui est plus présent disparu que lorsqu’il est vraiment là physiquement. 

Dans cette même émission, la jeune auteure a lu un passage de son ouvrage, portrait de l'une de ses héroïne, la fougueuse Sarah : 

Elle se dresse au-dessus de moi, les seins nus, et fière, belle, tragiquement belle. Le temps d’étire, s’arrête presque. Tout devient lent et long. Mon cœur caracole dans ma poitrine, dans mon veines, dans mes tempes. A genoux, près de moi, on dirait une icône, une image religieuse. Pour un peu, on pourrait croire qu’elle prie. Elle ne me touche pas, elle me caresse du regard. Instant de grâce, moment sacré, silence. Puis elle me regarde dans les yeux, et elle enfonce ses doigts en moi, loin, si loin, que ça me fait tourner la tête, baisser les paupières. Elle souffle sur mes cils, sa bouche tout près de la mienne, elle murmure des mots d’amour qui me transpercent.  Extrait de Ça raconte Sarah, Pauline Delabroy-Allard

En savoir plus : A nos chers disparus
59 min