La cité légendaire d'Urkesh a été découverte grâce aux archéologues Marilyn Kelly-Buccellati et Georgio Buccellati.
La cité légendaire d'Urkesh a été découverte grâce aux archéologues Marilyn Kelly-Buccellati et Georgio Buccellati.

À la découverte d'une cité légendaire

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Urkesh : l'incroyable découverte d'une cité légendaire

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Voici comment la cité légendaire d’une civilisation puissante et méconnue a été découverte en Syrie, grâce à un pique-nique et à Agatha Christie.

Marilyn Kelly-Buccellati et Georgio Buccellati ont remporté  le prix Balzan pour l'ensemble de leurs découvertes archéologiques dans le nord de la Syrie. Il faut dire que ce qu'ils ont révélé n'est rien de moins qu'une cité légendaire : Urkesh.

Merci Agatha Christie

L'histoire de cette découverte commence dans les années 1930, l’archéologue Max Mallowan, époux d’Agatha Christie, est à la recherche d’une cité légendaire : Urkesh.

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La cité est connue à travers des textes mythologiques et quelques figurines qui l’évoquent, mais nul ne l’a jamais vue. La jeune Agatha suit son mari partout, prend des notes et, alors qu’il fouille un site dans le nord de la Syrie, à Tell Mozan, elle écrit que son mari abandonne ses recherches au bout de cinq jours, déçu d’avoir trouvé des ruines romaines alors que la cité qu’il cherche est bien plus ancienne.

Le sol pavé du palais, Tell Mozan, 2007
Le sol pavé du palais, Tell Mozan, 2007
- Kenneth Garrett

50 ans plus tard, un couple d’archéologues, connaissant les écrits d’Agatha, visite la région et s’arrête sur le site révélé par Max Mallowan. "Max était un très bon archéologue, alors nous aussi croyions qu'il s'agissait d'un site romain. Nous sommes allés là-bas parce qu’il y avait des arbres et que la journée était chaude. Nous sommes venus pique-niquer et nous avons réalisé qu’il s’agissait certainement d’un site bien plus ancien." raconte Marilyn Kelly-Buccellati

Des milliers de fragments d'argile

En 1987, Marilyn et Giorgio commencent les fouilles. Ils découvrent alors un temple vieux de plus de 4 000 ans, puis une ville de 10 à 20 000 habitants. Mais aucune preuve qu’il s’agit d’Urkesh, jusqu’à ce que… "Il y avait un palais intéressant, poursuit Marilyn. Nous y avons trouvé les habituelles céramiques et figurines du IIIe millénaire [3 000 à 2 000 av .J.C.]. Mais aussi de petits morceaux d’argile. Seul un archéologue peut reconnaître ces morceaux d’argile parce qu’ils sont vraiment petits et très fragiles, car ils ne sont pas cuits. Ces morceaux représentaient une image faite par l’impression d’un sceau-cylindre. Et nous en avons trouvé des milliers."

Reconstitution d'un sceau-cylindre utilisé par les Hourrites
Reconstitution d'un sceau-cylindre utilisé par les Hourrites
- Kenneth Garrett

Commence alors pour les archéologues un travail titanesque. Ces morceaux d’argile sont tellement fragiles qu’il est impossible de les manipuler pour les assembler et en reconstituer l’image. Il a fallu les collecter, les nettoyer, les décrire, les classifier, les lister… Mais ce travail minutieux, de plusieurs années a fini par payer.

"Nous avons acquis la preuve définitive qu’il s’agit bien d’Urkesh. Comment ? Parce qu'il n’y avait pas seulement des images sur les sceaux, mais il y avait aussi des inscriptions. Et ces inscriptions nous ont révélé le nom de plusieurs rois, et en particulier de deux reines extrêmement importantes", s'enthousiasme l'archéologue.

L'importance d’Urkesh, dans le Proche-Orient ancien, a même été confirmée par une image en particulier : "Cette image dit que Naram-Sin, un roi très important du sud - une sorte de Napoléon de l’époque - a autorisé sa fille à épouser un roi d’Urkesh. Nous étions ravis de découvrir que notre cité était si importante !"

Urkesh, une cité pas comme les autres

Urkesh était le principal siège religieux et politique des Hourrites, un peuple qui a vécu plus de 1 000 ans, mais dont les origines et le système politique sont encore mal connus. Les recherches sur ce site ont révélé une importante civilisation urbaine.

C'est ce que nous explique Giorgio Bucellati : "Le site fait environ 130 hectares au IIIe millénaire, soit la taille de n'importe quelle ville médiévale européenne, donc c’est très grand pour les standards de l’époque. Le fait que la ville ait connu une telle croissance signifie qu’elle avait une activité économique solide et donc, indirectement, un pouvoir politique fort également."

Marilyn Kelly-Buccellati examine de la vaisselle trouvé sur le site de Tell Mozan
Marilyn Kelly-Buccellati examine de la vaisselle trouvé sur le site de Tell Mozan
- Kenneth Garrett

Mais au lieu d’avoir une structure politique basée sur le système de la cité-État - comme c’est le cas ailleurs à la même époque - le pouvoir d’Urkesh s’étendait sur les montagnes environnantes, une structure politique rare d'après Georgio Bucellati car "dans le sud, on se reconnaît comme membre d’une ville parce qu’on vit dans cette ville. Dans notre cas, nous pensons que le lien social allait bien au-delà de la proximité territoriale, et qu’il contenait certaines formes d’interactions de royauté entre les membres du groupe social. Nous sommes ici sur un territoire qui n’est pas homogène et dont le système politique cohérent pourtant contrôle déjà ce territoire."

Ce sont peut-être les origines de nos structures politiques…

En 2010, le couple Bucellati découvre un autre temple encore plus ancien sur le site. Un bâtiment vieux de plus de 5 000 ans qui fait probablement partie des origines des civilisations mésopotamiennes. Mais avant d’avoir pu mener des fouilles complémentaires, les recherches sont stoppées en 2011 à cause de la guerre en Syrie.

Le couple d’archéologues, lauréat du prix Balzan 2021 pour ses découvertes, n’attend qu’une chose : pouvoir reprendre les recherches.