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Vél' d'Hiv : François Hollande va plus loin que Jacques Chirac et crée une nouvelle polémique

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François Hollande, le dimanche 22 juillet 2012, lors de la commémoration du 70e anniversaire de la rafle du Vél d'Hiv
François Hollande, le dimanche 22 juillet 2012, lors de la commémoration du 70e anniversaire de la rafle du Vél d'Hiv
© Reuters - Pool new

A l'occasion du 70e anniversaire de la rafle du Vél' d'Hiv, le président de la République a désavoué François Mitterrand pour aller plus loin encore que Jacques Chirac dans la mise en cause de la France. Certains, à droite et à l'extrême-droite, ont très vite réagi, scandalisés. Mais aussi à gauche.

Il y a d'abord le discours très attendu de François Hollande, socialiste, prononcé dimanche, à l'endroit même où se trouvait le Vélodrome d'Hiver (dans le XVe arrondissement de Paris).

A l'occasion du 70e anniversaire de la rafle du Vél d'Hiv, le président de la République désavoue son mentor François Mitterrand et va plus loin encore que Jacques Chirac en 1995.

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Devant son Premier ministre Jean-Marc Ayrault, presque tout le gouvernement, des responsables religieux et laïcs juifs, d'anciens déportés et enfants de "Justes", le chef de l'Etat déclare notamment, "pour mener le combat contre l'oubli", et à propos de "ces êtres dont le seul tombeau est notre mémoire" :

Nous devons aux martyrs juifs du Vélodrome d'Hiver la vérité sur ce qui s'est passé il y a 70 ans. La vérité est que la police française, sur la base de listes qui avaient été établies, s'est chargée d'arrêter des milliers d'enfants et de familles, pris au piège le 16 juillet 1942. La gendarmerie les a escortés jusqu'au camp d'internement. (...) Ces juifs croyaient que le pays de la grande Révolution, celle des droits de l'Homme, que la ville Lumière, Paris, leur serviraient de refuge. Ces juifs, venant de l'étranger, aimaient la République avec une passion inspirée par la gratitude : ils se souvenaient que c'était à Paris, en 1791, sous la Constituante, que pour la première fois en Europe, les juifs étaient devenus des citoyens à part entière.

Et d'ajouter :

La vérité est dure, elle est cruelle. Mais la vérité, c'est que pas un soldat allemand, pas un seul, ne fut mobilisé pour l'ensemble de cette opération. La vérité, c'est que le crime fut commis en France, par la France. (...) Mais la vérité est aussi que le crime du Vél' d'Hiv fut commis CONTRE la France, contre ses valeurs, contre ses principes, contre son idéal.

Avant de rendre hommage à Jacques Chirac dont "le grand mérite (...) est d'avoir reconnu ici-même, le 16 juillet 1995, cette vérité". Les deux présidents corréziens se sont d'ailleurs rencontrés samedi et ont évoqué ce sujet selon Bernadette Chirac.

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"Un discours de vérité" selon le PS

Les réactions n'ont pas tardé. De soutien, comme celle de Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste, et de David Assouline, porte-parole du PS. Selon eux, "Le président François Hollande a prononcé un discours de vérité sur le passé et d'engagement pour le présent et l'avenir. Avec des mots justes, il a affirmé la responsabilité de la France dans ce crime et rendu hommage à tous ceux qui ont sauvé l'honneur de la République en résistant d'une façon ou d'une autre".

La compagne du président a aussi tweeté à ce sujet :

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Henri Guaino "scandalisé"

Mais dès dimanche, Nicolas Dupont-Aignan, président de "Debout la République", a estimé que le chef de l'Etat "a eu raison de rappeler cet événement tragique", mais l'a accusé d'avoir "une lecture bancale de la responsabilité de la France".

Dans un communiqué publié sur le site du Front national, Paul-Marie Coûteaux, président du Siel (Souveraineté, indépendance et libertés), allié du FN dans le cadre du Rassemblement Bleu Marine, écrit notamment :

Le Président de la République contrevient à la vérité historique que pourtant il invoque : si ce crime fut commis sur la territoire national, comme tant d’autres le furent sous l’Occupation, et si la police parisienne était à la botte de l’Occupant, la responsabilité de ce crime n’est nullement imputable à la France. Aucune des autorités que reconnaissaient alors les Français, celle de Vichy pas plus que celle de Londres ne gouvernait la zone occupée.

Paul-Marie Coûteaux, sur le site du Front national

Sur BFM TV et RMC (à 18 minutes dans la vidéo), Henri Guaino s'est lui déclaré scandalisé : "pour une raison très simple : ma France, elle n'était pas à Vichy, elle était à Londres depuis le 18 juin". " Ce qui a été commis au moment de la rafle du Vél d'Hiv est une abomination, c'est une horreur, et ceux qui l'ont fait doivent être condamnés durement au tribunal de l'histoire", "Mais la France, qu'est-ce qu'elle a à voir avec cela ?", a-t-il ajouté.

Ancien ministre de Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire n'est pas allé aussi loin sur France Inter, mais il est resté tout aussi ferme :

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22 sec

Je ne veux pas dire que je suis scandalisé. Je dis que c'est une vraie maladresse de confondre l'Etat français ET la France. Et j'estime que pour tous ceux qui ont eu le courage, pendant ces moments sombres de l'Histoire de France, de prendre le parti d'aller à Londres, de résister sur le territoire, de refuser les diktats allemands sur le territoire français, eh bien, on confond deux choses : la France et l'Etat français, et je le regrette.

Tweet d'Arno Klarsfeld à propos du discours de François Hollande sur la rafle du Vél d'Hiv. 23 juillet 2012
Tweet d'Arno Klarsfeld à propos du discours de François Hollande sur la rafle du Vél d'Hiv. 23 juillet 2012

Un ex conseiller également, mais de l'ancien Premier ministre François Fillon, a lui rendu hommage à ces mots. Arno Klarsfeld, qui préside l'Office français de l'immigration et de l'intégration, d'un tweet.

Et le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), par la voix de son président Richard Prasquier, a vivement réagi ce lundi, défendant François Hollande : "Lui faire le procès d'être proche des notables vichystes +apeurés+, correspond à une insultante falsification de ses paroles et à une prétentieuse auto-appropriation du gaullisme, alors que le président de la République a mis en avant la Résistance, les Justes et l'action du Général De Gaulle".

Autres désaccords, mais à gauche : Jean-Pierre Chevènement et Pierre Bergé

Le président d'honneur fondateur du MRC rappelle sur son blog que "deux présidents de la République, Charles de Gaulle et François Mitterrand, avaient tenu sur la ligne selon laquelle l'Etat français de Vichy n'était ni la République ni la France". Pour le sénateur du Territoire de Belfort :

C'est faire comme si Pétain était la France et comme si le véritable coup d'Etat opéré le 10 juillet 1940 par un gouvernement de capitulation n'avait pas existé.

Jean-Pierre Chevènement

Tweet de Pierre Bergé à propos du discours de François Hollande sur la rafle du Vél d'Hiv. 23 juillet 2012
Tweet de Pierre Bergé à propos du discours de François Hollande sur la rafle du Vél d'Hiv. 23 juillet 2012

Pierre Bergé, proche de François Mitterrand, soutien et financeur de la candidate Ségolène Royal et présent à l'Hôtel de Ville de Paris lors de la prise de fonctions de François Hollande, a réagi via Twitter.

Le président des députés PS, Bruno Le Roux , a conclu ce lundi en jugeant "dommageable" et "attristante" la prise de position d'Henri Guaino. Précisant : "La dictature" du régime de Vichy, "qui s'en est rendu coupable, ne représentait ni la République ni le peuple français mais l'a commis, hélas, dans les plis du drapeau national".

Quant à Jean-François Copé, il a refusé d'alimenter la polémique ce mardi matin sur RTL. Le secrétaire général de l'UMP, qui a révélé que sa famille avait été sauvée d'une rafle nazie s'est dit "très préoccupé" par la méconnaissance des jeunes générations sur cette période qui fut "l'une des pages les plus atroces de l'histoire de France".

Enfin, l'historien Henry Rousso y voit "une polémique un peu politicienne, parfois caricaturale" et "complètement infondée". Il répond à Jérôme Val :

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3 min

C'est une dichotomie qui existe depuis la guerre. Le problème est que nous ne sommes plus en guerre ni sous l'occupation. Nous sommes 70 ans après et que, de mon point de vue, il ne faut pas confondre le registre des valeurs et le registre de la réalité historique. Sur le plan des valeurs, je comprends très bien, et je partage cette idée d'ailleurs, que "la vraie France" ou "les vraies valeurs françaises" se trouvaient plutôt du côté de la Résistance. C'est presque une évidence pour beaucoup de gens. J'ajoute d'ailleurs, et c'est pour cela que je trouve cette polémique complètement infondée, que François Hollande a dit non seulement que ce crime a été commis "en France, par la France", mais il a ajouté, cela me paraît une formule assez forte : "contre la France" ! Donc, il y a bien dans son discours cette idée que les actes commis par le régime de Vichy étaient parfaitement contraires aux traditions républicaines et démocratiques. Maintenant, du point de vue de la réalité historique, on ne va pas 70 ans après tomber des nues. Et découvrir que c'est l'administration française, la police française, pratiquement tout l'appareil d'Etat qui a participé à la politique de Vichy, et que Vichy a été, sinon un régime légitime (une querelle qui dure depuis 70 ans), en tous les cas un régime qui avait une forme de légalité et qui était reconnu par les puissances extérieures, notamment les Etats-Unis et l'Union soviétique, et que ces crimes ont été commis par un Etat français !

Henry Rousso, historien

Le discours de Serge Klarsfeld ce dimanche

"Des mots et des symboles". Revue de presse de France Inter

Par Edwige Coupez, ce lundi matin.

Les rafles de l'été 1942. La Fabrique de l'histoire

Débat historiographique diffusé le 16 juillet dernier.