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Venezuela : qui sont les opposants à Nicolas Maduro

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Julio Borges, le président du Parlement, est l'une des figures de l'opposition à Nicolas Maduro. Ici au centre ce lundi, il se réjouit du référendum de ce dimanche..
Julio Borges, le président du Parlement, est l'une des figures de l'opposition à Nicolas Maduro. Ici au centre ce lundi, il se réjouit du référendum de ce dimanche..
© AFP - Ronaldo Schemidt

Nouvelles journées de grève générale au Venezuela ce mercredi et ce jeudi à l'appel de l'opposition au président socialiste Nicolas Maduro, après le référendum informel qui a déjà mobilisé près d'un quart de la population. Voici ceux qui mènent la mobilisation face au successeur d'Hugo Chavez.

Le Venezuela va vivre ce mercredi et ce jeudi deux nouvelles journées de grève générale. Elles suivent celle de jeudi dernier et renforce l'opposition croissante à Nicolas Maduro, alors que le pays traverse sa pire crise économique et politique depuis des décennies. Ces grèves à répétition interviennent après qu'un peu plus de 7 millions de personnes sur 19 millions d'électeurs potentiels ont participé à une consultation symbolique dimanche 16 juillet contre le président socialiste. 98,3% des votants ont ainsi rejeté l'Assemblée constituante toujours convoquée par le successeur d'Hugo Chavez dimanche prochain. Une démonstration de force, d'autant que selon l'opposition le scrutin n'a pu se dérouler que dans seulement 2.000 bureaux de vote, contre 14.000 pour les législatives officielles de 2015. Voici les principaux visages de cette opposition, justement majoritaire au Parlement depuis fin 2015.

Henrique Capriles

Deux fois candidat à la présidence, Henrique Capriles Radonski est souvent présenté comme le chef de l'opposition vénézuélienne.

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Henrique Capriles s'est porté candidat à la présidence contre Hugo Chavez en 2012. Il a reconnu sa défaite. Mais pas l'année suivante contre Nicolas Maduro, dont il a contesté les résultats.
Henrique Capriles s'est porté candidat à la présidence contre Hugo Chavez en 2012. Il a reconnu sa défaite. Mais pas l'année suivante contre Nicolas Maduro, dont il a contesté les résultats.
© AFP - Federico Parra

Le "Flaquito" (le maigre, comme il se surnomme lui-même) est né à Caracas dans une des familles les plus riches du pays il y a 45 ans. Fils d'un homme d'affaires à succès, ce fervent catholique est l'un des principaux dirigeants de la coalition d'opposition MUD, à l'origine de la consultation de dimanche. Cette " Table de l'unité démocratique" (Mesa de la Unidad Democrática) est née en 2010 autour de seize organisations, dont les principaux partis d'opposition, pour pouvoir remporter un scrutin après douze ans de "Révolution bolivarienne".

Capriles devient avocat après des études de droit au Venezuela, mais aussi aux Pays-Bas, en Italie ou à New York. Il se fait remarquer à l'âge 26 ans, élu plus jeune député au Parlement, sous l'étiquette du COPEI (démocrate chrétien, de droite). Un mois plus tard, il préside la Chambre des députés et créera ensuite le parti Primero Justicia (La justice d'abord), aux côtés de Julio Borges et de Leopoldo López. Il fut maire, réélu, de Baruta (300 000 hab.), l'une des municipalités les plus riches du pays (et l'un des cinq districts de la capitale).

Quatre mois passés en prison en 2002 pour son rôle dans le coup d'Etat manqué contre Hugo Chavez renforcent son aura. Lui dira alors avoir voulu jouer les médiateurs.

En 2008, il emportera aussi le poste de gouverneur de l'État de Miranda, le deuxième le plus peuplé du pays, contre le gouverneur sortant et lieutenant de Hugo Chavez, Diosdado Cabello.

En 2012, celui qui a également été surnommé "l'ouragan" surprend encore grâce au meilleur score jamais enregistré par un opposant face à Hugo Chavez : 44% des voix, contre 55% au "Comandante". Henrique Capriles a rejeté un positionnement à droite pour se revendiquer du modèle social brésilien du président Lula. Considéré comme un modéré, il plaide pour une union politique, citant aussi en exemple Nelson Mandela.

En début d'année, il a cette fois été privé de ses droits civiques, dont la possibilité de se présenter aux prochaines élections. Et en mai, il a accusé les autorités de l'avoir empêché de quitter le pays pour se rendre à New York où il devait rencontrer le Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'homme.

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Leopoldo López

Condamné à 14 ans de prison en 2014 pour "incitation à la violence" lors de manifestations en 2014, Leopoldo López est un autre jeune visage charismatique de l'opposition. Notamment depuis sa reddition très médiatique le 18 février 2014. Assigné à résidence à Caracas depuis quelques jours pour raison médicale, cet arrière petit-fils du premier président du pays, Cristóbal Mendoza, a été qualifié par le pouvoir de "putschiste", d'homme "d'extrême droite". Descendant également du libérateur de l'Amérique latine Simon Bólívar, il vient déjà de passer trois ans en prison près de la capitale vénézuélienne.

Le 8 juillet dernier, Leopoldo López est apparu un drapeau en main pour saluer ses partisans depuis sa maison de Caracas où il est assigné à résidence.
Le 8 juillet dernier, Leopoldo López est apparu un drapeau en main pour saluer ses partisans depuis sa maison de Caracas où il est assigné à résidence.
© AFP - Federico Parra

A 46 ans, ce fils de bonne famille est un anti chaviste très virulent, et controversé, de longue date. Diplômé en économie de Harvard après avoir passé une bonne partie de sa scolarité aux Etats-Unis, Leopoldo López a lui aussi été élu très jeune : à 29 ans, maire d'un quartier huppé de la capitale (Chacao), où siègent notamment les plus grandes banques. Il sera réélu mais aura dû répondre à des accusations de détournements de fonds et de corruption. Une manoeuvre du pouvoir, selon lui, pour le salir.

Co fondateur du parti Primero Justicia, il a rejoint en 2007 le parti de centre gauche "Un Nuevo Tiempo" (UNT), avant d'en être expulsé deux ans plus tard. Puis il fonde fin 2009 et coordonne le parti de droite Voluntad Popular. La "volonté populaire" se définit comme "un mouvement pluraliste, progressiste, et démocratique, organisé à travers des réseaux populaires pour l'action sociale et politique et engagé dans la conquête des droits pour tous". En 2008 puis en 2011, il a également été privé de ses droits civiques et n'a pas pu briguer la mairie Caracas, pour laquelle il était favori, ni la présidence.

Début 2014, The Guardian considérait que López et Capriles étaient amis et rivaux, mais que López était le plus "dynamique". Critiqué par certains membres du MUD, il est alors le premier à plébisciter la confrontation et la pression de la rue, en particulier à travers son mouvement "La Salida" (la sortie).

Et en juin dernier, ce sportif à la voix grave et imposante n'hésitait pas à diffuser sur les réseaux sociaux une vidéo filmée dans sa cellule dans laquelle il appelait les militaires à "se rebeller" :

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Il avait quelques jours plus tard dénoncé être victime d'actes de torture :

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Julio Borges

Autre avocat de formation, Julio Andrés Borges Junyent préside le Parlement, la seule institution contrôlée par l'opposition depuis sa large victoire aux élections législatives fin 2015, pour la première fois en 17 ans. Selon lui, la démocratie au Venezuela est "en phase terminale" à cause du régime "autoritaire" du président Maduro qu'il considère désormais "mathématiquement révoqué".

Né en octobre 1969, Borges a donc co fondé le parti Primero Justicia, qu'il coordonne depuis l'an 2000. Il a été élu trois fois député de l'Etat de Miranda (dont Capriles est le gouverneur). Egalement diplômé en philosophie politique et sociale d'une université nord américaine (Boston College), il s'est présenté à l'élection suprême en 2006, avant de laisser Manuel Rosales affronter Hugo Chavez.

Julio Borges reste par ailleurs connu du grand public pour son rôle de juge dans l'émission de télévision à succès "Justicia para todos (Justice pour tous)", à la fin des années 1990.

On citera aussi parmi les principaux opposants Antonio Ledezma, l'ancien maire de Caracas réélu en 2013 et arrêté début 2015, accusé d'avoir incité au coup d’État et d'avoir organisé les manifestations anti-gouvernement de 2014. Lui aussi a été placé en résidence surveillée. Nicolas Maduro surnomme cet autre avocat de formation, ancien député, vice-président de la Chambre des Sénateurs et président de l’Association Nationale des Maires du Venezuela, "le vampire".

Candidat de l'opposition à la présidentielle de 2006, Manuel Rosales est lui sorti de prison fin décembre dernier, après deux ans d'incarcération et six années d'exil au Pérou. Longtemps maire de Maracaibo, la deuxième ville du Venezuela, puis gouverneur de l'État de Zulia - le plus peuplé du pays - il a soutenu le coup d'Etat de 2002, avant de le regretter. Le gouvernement accusait celui qui a fondé le parti social-démocrate "Un nuevo tiempo" d'importants détournements de fonds.

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Selon l'ONG Foro Penal, il y aurait près de 500 prisonniers politiques dans le pays.

Une opposition y compris dans les rangs chavistes

Nicolas Maduro bénéficie encore du soutien presque sans failles de l'armée, puissant acteur politico-économique qui bénéficie par le biais de militaires de 11 des 32 portefeuilles du gouvernement, dont ceux, stratégiques, de la Défense, de l'Agriculture et de l'Alimentation. Mais le syndicaliste devenu président est de moins en moins populaire et critiqué jusque dans son propre camp.

La procureure générale Luisa Ortega est ainsi devenue depuis fin mars le visage de la dissidence, qualifiée de "traîtresse". Cette avocate de 59 ans qui était aux côtés d'Hugo Chavez dans sa campagne présidentielle de 1998 a commencé par s'insurger fin mars, quand la Cour suprême a voulu s'arroger les pouvoirs du Parlement.

Luisa Ortega a élevé la voix la 1ère fois le 31 mars, quand elle a dénoncé une  "rupture de l'ordre constitutionnel" après la décision de la Cour suprême (TSJ)  de s'arroger les pouvoirs du Parlement
Luisa Ortega a élevé la voix la 1ère fois le 31 mars, quand elle a dénoncé une "rupture de l'ordre constitutionnel" après la décision de la Cour suprême (TSJ) de s'arroger les pouvoirs du Parlement
© AFP - Carlos Becerra / Agence Anadolu

Jusqu'ici considérée comme une fidèle chaviste, cette haute magistrate est allée jusqu'à accuser le président Maduro d'avoir imposé un "terrorisme d'Etat" et a notamment appelé face au Parlement à "lutter pour la démocratie", affirmant : "Je vous assure que je ne me reposerai pas tant que le Venezuela n'aura pas retrouvé le chemin des libertés".

Celle qui entend "fermement rester" à son poste a depuis été interdite de sortie du territoire par la Cour suprême (TSJ), qui avait également gelé ses comptes et avoirs. En revanche, la Cour suprême vénézuélienne n'a finalement pas tranché son sort la semaine dernière.

Quant à l'Église catholique vénézuélienne, traditionnellement hostile au pouvoir chaviste, elle vient de franchir un pas supplémentaire en qualifiant le régime de "dictature".

Et la pression internationale

Maître de conférence à l'université Paris Ouest Nanterre, le sociologue vénézuelien Pedro Garcia Sanchez insiste aussi sur l'importance des initiatives extérieures. Interrogé par Nabila Amel, il explique :

On sait depuis longtemps qu'une partie de ce qui se joue au Venezuela, pays pétrolier comme on le connaît avec une position géopolitique stratégique, une partie de cela se joue ailleurs. On sait à quel point des gouvernements comme celui de Poutine ont des intérêts stratégiques énormes. On sait à quel point le régime castriste, à Cuba, joue là une partie de son avenir. On sait à quel point aussi même le pape s'est mêlé des événements car il a pris conscience de la dérive autoritaire, dictatorielle, qui se met en place (...). Et la pression internationale actuelle est fondamentale. Parce que, quand à l'intérieur les positions sont tellement clivées, tellement polarisées, que les arbitrages qui devraient fonctionner normalement (Tribunal suprême de justice, toutes les instances de médiation, y compris les médias), quand ces instances ne fonctionnent plus ou d'une manière partisane, c'est d'acteurs tiers que les possibilités de rentrer dans une autre rationalité peuvent venir.

"La pression internationale actuelle est fondamentale pour développer une médiation qui n'est plus possible dans le pays."

6 min

Réunis vendredi dernier en Argentine, les dirigeants du Mercosur ont réaffirmé leur soutien à l'opposition vénézuélienne et appelé à la paix, demandant la liberté des prisonniers politiques et l'adoption rapide d'un calendrier électoral. Même si le président bolivien Evo Morales a mis en garde contre une possible ingérence des Etats-Unis. Début décembre dernier, les quatre pays fondateurs du Mercosur – Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay – avaient déjà suspendu le Venezuela du bloc sud-américain pour non-respect de la charte de son marché commun, évoquant des règles comme la libre circulation des marchandises et la « clause démocratique ». Cette fois, ils ont menacé Nicolas Maduro d'une suspension définitive s'il maintenait sa décision d'organiser une Assemblée constituante. Le drapeau bleu, jaune et rouge du Venezuela a même été ôté de l'estrade où se tenaient les dirigeants.

Cinq anciens présidents latino-américains sont aussi venus en tant qu'"observateurs internationaux" du scrutin du dimanche 16 juillet : Jorge Quiroga (Bolivie), Vicente Fox (Mexique), Andres Pastrana (Colombie), Laura Chinchilla et Miguel Angel Rodriguez (Costa Rica).

Et Donald Trump a menacé la semaine dernière le Venezuela de "mesures économiques fortes et rapides" s'il menait à bien son projet d'Assemblée constituante, traitant son homologue vénézuélien de "mauvais dirigeant rêvant de devenir dictateur".

Fin juin, la gravité de la situation avait poussé la France à appeler "à la cessation immédiate des actions violentes" et plaider pour "une médiation régionale crédible et constructive". L'Union européenne, à travers sa porte-parole Catherine Ray, avait elle appelé "toutes les parties" à mettre fin "de façon urgente à la violence et (à) éviter l'usage de la force".

A ECOUTER Venezuela : le règlement de la crise passera-t-il par les pays voisins ?

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