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Venise sauvée des eaux: un serpent de mer plus vivace que la lagune (1969)

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Venise engloutie par les eaux est un scénario aussi spectaculaire que la vue d'un paquebot à 300 mètres du Palais des doges. Dès 1969, les amis de l'Italie sonnaient l'alarme. Dernière archive de la série "Quand la mer monte" à l'occasion de la COP21.

Quand la mer monte, épisode 5/5 : Venise sauvée des eaux, un serpent de mer plus vivace que la lagune (1969)

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Paquebot dans le canal de la Giudecca, à 300 mètres du Palais des doges
Paquebot dans le canal de la Giudecca, à 300 mètres du Palais des doges
- Jean-Pierre Dalbéra

"Sauver Venise" était le mantra qui tenait lieu de colonne vertébrale au dernier défilé de Vivienne Westwood, le 3 octobre 2015, explicitement ciblé autour du changement climatique. Sauver Venise, c'est aussi l'objectif du vaste plan Moïse, nom de circonstance pour la spectaculaire digue à 5,5 milliards d'euros entamée en 2003 et qui devrait s'achever en 2016. Son but : préserver la cité des Doges de l'enfouissement sous les eaux.

Mais "Sauver Venise", c'était aussi l'incantation de nombreux Européens dès la seconde moitié des années 60. Se combinaient alors l'effet à la fois d'une aqua alta particulièrement dramatique en 1966 - 194 cm tout de même au-dessus du zéro établi en 1897 - et de la recherche scientifique qui commençait à prédire la détérioration des fondations et la mort de l'écosystème de la lagune.

Gaston Palewski, à qui l'on donne à Radio France du "Monsieur le Président" en qualité de président de l'Association France Italie", sonnait la mobilisation pour préserver Venise et ses chefs d'oeuvre dès 1969. Ecoutez-le prédire le sort funeste de Venise :

Gaston Palewski prédit la mort de Venise, "si rien n'est fait", 08/12/1969

1 min

En écoutant l'intégralité du sujet consacré à Venise sur France Inter le 8 décembre 1969, le même Gaston Palewski regrette, un rien sucré, la Venise aristocratique "digne d'un petit monde de Proust" - "sans aucun snobisme" :

Sauver Venise, Interactualités, le 08/12/1969

9 min

Quarante-cinq ans plus tard, les paquebots n'ont jamais été aussi nombreux et aussi massifs à l'embouchure du Grand canal ou sur les flancs de la Giudecca, majorant les risques d'enfouissement de Venise. L'écrivain Roberto Ferrucci écrivait ceci dans l'Humanité le 26 juin 2014 :

Il y a quelques jours, ici, en France, on m’a demandé si, dans cinquante ans, Venise serait vraiment submergée, engloutie par les eaux. J’ai souri, j’ai répondu non, je ne crois pas, et puis, quand même, je me suis demandé ce qu’il en serait de ma ville si, pendant cinq décennies de plus, les bateaux de croisière continuaient d’entrer dans la lagune, toujours plus grands et toujours plus nombreux, comme cela arrive régulièrement d’une année à l’autre. Presque un million de tonnes par jour qui se tiennent sur l’équilibre précaire des eaux lagunaires. Tout le monde connaît le problème désormais, et tout le monde – en dehors de Venise – s’étonne qu’il n’ait pas encore été résolu.

Archive Ina - Radio France

Le quartier d'Ijburg à Amsterdam le1er janvier 2013
Le quartier d'Ijburg à Amsterdam le1er janvier 2013
- Rémi Mathis

Le quartier de Ijburg fait aujourd'hui partie des images d'Epinal d'Amsterdam, avec ses barges et ses maisons flottantes. La municipalité assumant de chercher à exploiter au maximum l'eau de part et d'autre de la ville, plusieurs quartiers semblables ont émergé avec le temps. Rien qu'à Ijbug, créé de toutes pièces en 1998, 20 000 habitations sont ainsi sorties de terre... ou plutôt des flots.

Empiéter sur l'eau est non seulement une réponse au manque de surface habitable sur la terre ferme, mais aussi une stratégie pour le pays des polders dont une partie risque d'être englouti avec la montée des eaux.

Visionnaire et annonciateur d'une architecture du futur ? Peut-être... mais pas si récent, en réalité : en fouillant dans les archives de Radio France, on découvre que Jean Sonquin suivant le chantier de reconstruction néérlandais après la seconde guerre mondiale, au point d'y faire plusieurs séjours documentaires.

Le 14 mai 1950 sur la Chaîne nationale, il racontait déjà comment les Pays-Bas cherchaient à construire des dizaines de milliers de logements en construisant notamment sur l'eau. Voilà ce qu'il répondait alors à qui s'inquiètait de cette bouffée de modernité - "Où sont les tulipes, les sabots, les moulins... ? " :

Récit de Jean Sonquier sur la reconstruction des Pays-Bas, 14/05/1950, Chaîne nationale

8 min

Quand la mer monte, épisode 3/5 - "Quelque chose comme un raz de marée au ralenti" (2005)
Tuvalu est un tout petit pays au beau milieu du Pacifique. Cet archipel est menacé de submersion d'ici cinquante à quatre-vingts ans, mais c'est sans compter innondations et catastrophes naturelles jusqu'alors.

Difficile d'accès et très isolé, c'est peu dire que son naufrage est peu médiatisé. Cependant, Donatien Garnier (rédacteur) et Laurent Weyl (photographe), du collectif Argos, y ont vécu cinq semaines en 2005, le temps d'enquêter pour un reportage intitulé "Requiem polynésien". Parmi les documents qu'ils en ont tiré, un texte se termine sur cette seule note :

Quelque chose comme un ras de marée au ralenti

Marie-Hélène Fraisse a reçu sur France Culture Donatien Garnier et diffusé une partie des documents sonores singuliers enregistrés sur place. C'était le 6 décembre 2009 dans l'émission "Tout un monde", où vous pouvez découvrir le témoignage d'habitants de Tuvalu face au désastre qui s'annonce :

L'atoll de Fualifeke, capitale des Tuvalu
L'atoll de Fualifeke, capitale des Tuvalu
- Angela K. Kepler

Les exilés climatiques, "Tout un monde", le 06/12/2009

1h 00

Bandeau archives
Bandeau archives
© Radio France

Quand la mer monte, épisode 2/5 - "On n'échappe pas à la mer", sur l'île de Sein (2009)

L'île de Sein, 1m50 d'altitude moyenne
L'île de Sein, 1m50 d'altitude moyenne
- Gaëlle Fouks

Jeanine ne sait pas nager. Elle a toujours vécu sur l'île de Sein, au large de la Bretagne. C'est là, sur ce caillou dont le point culminant atteint 6 mètres au-dessus du niveau de la mer mais où l'altitude moyenne plafonne à 1m50, qu'elle a pu observer la montée des eaux, inexorable. Des chercheurs estiment que Sein pourrait tout bonnement disparaître sous les flots beaucoup plus vite qu'on ne se le figure.

Du changement climatique et de ses conséquences sur le littoral, Jeanine dit ceci :

C'est rongé au fur et à mesure... et depuis longtemps.

Son témoignage a été recueilli par Elise Andrieu et Diphy Mariani, dans le cadre de ce documentaire diffusé dans "Sur les docks" le 16 janvier 2009 :

"Les eaux montent sur l'île de Sein", Sur les docks le 16/01/2009

52 min

Quand la mer monte, épisode 1/5 - 75 mètres de littoral rongés depuis 9 ans sous les fenêtres de Madame Gandois, à Soulac-sur-Mer (2015)
Soulac-sur-mer, sa pinède en plein Médoc, son casino, ses 2700 habitants à l'année... et son "Signal". C'est le nom d'un immeuble aujourd'hui célèbre pour avoir fait la Une de bon nombre de médias, et dont le préfet de Gironde a ordonné la destruction après avoir exigé de ses 78 habitants qu'ils évacuent les lieux fin janvier 2015. Le "Signal", construit en 1965 à flanc de rivage, est en effet menacé par l'avancée de la mer sur le littoral.

L'immeuble "Le Signal" à Soulac-sur-mer
L'immeuble "Le Signal" à Soulac-sur-mer
© Maxppp - Laurent Theillet

Le 5 juin 2015, l'émission "Les pieds sur terre" diffusait ce reportage réalisé auprès de Madame Gandois, l'une des propriétaires. Madame Gandois a vu la mer grignoter jusqu'à 75 mètres de littoral en seulement neuf ans :

Les Pieds sur terre à Soulac-sur-mer, 05/06/2015

7 min

Pour vous faire une idée de l'état de déréliction des appartements du Signal, brassés par les vents et le sable, vous pouvez retrouver par ici le reportage en images de francetvinfo, le 23 mars 2015 sur place.

Et pour redécouvrir l'intégralité de cette émission "Les pieds sur terre" consacrée au changement climatique vécu par ceux qui vivent face à l'océan, le 5 juin 2015, à l'occasion de la journée spéciale "Quel temps fait-il ? " sur France Culture, le reportage de Pauline Maucort réalisé par Emmanuel Geoffroy est ici :

Opération France Culture 24H : Quel temps fait-il ?

28 min

Avec la collaboration de Anne Gouzon, à la documentation de Radio France

Retrouvez tous nos articles et programmes sur la COP21

bandeau Mémoires vives
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© Radio France