Publicité

Vers une réforme de l'islam en France ?

Par
Bernard Cazeneuve ce lundi 1er août avec le Président du Conseil français du culte musulman (CFCM) Anouar Kbibech (dte), et son secrétaire général, Abdallah Zekri (à gche)
Bernard Cazeneuve ce lundi 1er août avec le Président du Conseil français du culte musulman (CFCM) Anouar Kbibech (dte), et son secrétaire général, Abdallah Zekri (à gche)
© AFP - Jacques Demarthon

Financement, organisation et représentation de l'islam font débat après les attentats de Nice et de Saint-Étienne-du-Rouvray. Manuel Valls parle d'"urgence" à "bâtir un véritable pacte" avec la deuxième religion de France. Le ministre de l'Intérieur et les responsables du CFCM se sont vus ce lundi.

Ce matin, au ministère de l'Intérieur et des cultes, a été rappelé que la France compte quelque 2 500 mosquées et salles de prière, dont environ 120 sont considérées comme diffusant une idéologie fondamentaliste salafiste. Bernard Cazeneuve a redit qu'"une vingtaine" de mosquées et salles de prière considérées comme radicales avaient été fermées depuis décembre, et a annoncé qu'"il y en aura d'autres", de même que des expulsions de prédicateurs extrémistes. Et d'évoquer :

- LE FINANCEMENT

Publicité

Une "fondation de l'islam de France" va être relancée, qui aura notamment pour mission d'oeuvrer à "garantir la totale transparence dans le financement" des mosquées, "dans le respect rigoureux des principes de la laïcité", a expliqué Bernard Cazeneuve ce lundi. Avant de préciser : "Il y a là un travail technique qui est difficile, sur lequel nous travaillons de façon extrêmement méthodique et qui me conduira à faire des propositions complémentaires au Premier ministre dans le courant de l'été, de sorte à ce que nous puissions proposer un dispositif global cohérent dans le courant du mois d'octobre prochain".

A quoi servirait la nouvelle fondation de l'islam de France ?

1 min

La Fondation des oeuvres de l'islam de France a été créée en 2005 par Dominique de Villepin et Manuel Valls veut (re)donner "une place centrale" à ce qu'il a qualifié d'"échec total". Un rapport sénatorial publié en juillet la juge jusqu'à présent "peu efficace", et souligne que le financement des lieux de culte musulman est majoritairement assuré par les dons des fidèles vivant en France, le financement par les États étrangers étant "marginal".

A écouter > L’organisation de l’islam de France (9 juillet dernier, avec notamment Corinne Féret, sénatrice du Calvados qui a présidé ce rapport à lire ci-dessous)

Les lieux de culte musulmans en France
Les lieux de culte musulmans en France
© Radio France - VisaActu

L’État français ne peut pas financer une religion, en raison de la loi de 1905 de séparation du religieux et de l’État. Et si les pays étrangers ne financent plus l'Islam de France, comme le souhaitait dans un entretien au Monde Manuel Valls la semaine dernière, il va falloir trouver de l'argent. François Bayrou a estimé ce matin qu'une taxe sur la certification halal est "probablement une réponse" (après déjà Nathalie Kosciusko-Morizet). Précisions de Laurent Watrin, dans le journal de 12h30 d'Antoine Marette :

Concordat, taxe sur les produits halal ? Quelques pistes

1 min

© Radio France - VisaActu

- LA FORMATION DES IMAMS

Le président du CFCM, Anouar Kbibech, a expliqué ce lundi que le conseil théologique constitué en mai 2015 va très bientôt travailler à une charte qui sera soumise à tous des imams de France "pour pouvoir avoir un engagement clair de leur part sur le discours qu'ils tiennent dans les mosquées".

La formation théologique des imams en France est en cours d'harmonisation, a-t-il ajouté, et leur formation "civique" deviendra obligatoire pour les aumôniers intervenant en prison.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Ce dimanche, dans le JDD, Manuel Valls en faisait une priorité : "Il faut, d'abord, repenser complètement la formation des imams et des aumôniers. La France doit devenir un pôle d'excellence ­européen dans l'enseignement de la théologie musulmane. (...) L'État n'a pas à s'occuper de théologie, mais il peut aider à la création d'institutions de formation solides en s'appuyant sur les diplômes universitaires ouverts notamment à Paris, Strasbourg ou Aix. Les imams et les aumôniers de France devront être désormais uniquement formés en France."

Mercredi dernier, sur le perron de l’Élysée, Dalil Boubakeur, le recteur de la Grande mosquée de Paris et ancien président du CFCM parlait d'"un contresens des valeurs. Nous avons à espérer que dans l’avenir, ce sera l’heure pour les musulmans de prendre conscience de ce qui ne va pas dans cette vision mondiale de l’islam. Et que les musulmans de France soient à l'initiative d'une formation de nos religieux beaucoup plus attentive et que de ce fait un sentiment aussi d'une certaine réforme dans nos institutions soient à l'ordre du jour".

Mais certains, comme le président de l'Union des organisations islamiques de France, Amar Lasfar, affirment que former les imams se fait depuis longtemps et ne répond pas au terrorisme, car les terroristes ne vont pas à la mosquée. Éclairage de Maxime Fayolle :

Réformer l'Islam en France, mais avec quels impacts sur les terroristes et les non musulmans ?

1 min

Enfin, toujours selon Anouar Kbibech, le Conseil théologique musulman de France (CTMF) commencera ses travaux à la rentrée pour "démonter tout l'argumentaire djihadiste". L'élaboration d'un contre-discours donc.

Créé en mai 2015 à l’initiative du CFCM, ce Conseil théologique est composé de vingt-deux membres, religieux et universitaires.

Pour afficher ce contenu Scribd, vous devez accepter les cookies Mesure d'audience.

Ces cookies permettent d’obtenir des statistiques d’audience sur nos offres afin d’optimiser son ergonomie, sa navigation et ses contenus. 

- LA REPRÉSENTATION

En l'absence de clergé établi et de réelle hiérarchie religieuse, Nicolas Sarkozy a créé le Conseil français du culte musulman en 2003, avec des antennes régionales, pour incarner un islam unifié. Mais le CFCM reste critiqué, notamment déconsidéré par des querelles de pouvoir. Et même si Anouar Kbibech semble l'avoir redressé. Ce Marocain d'origine, ingénieur des Ponts et chaussées de formation, a pris sa tête fin juin 2015 avec pour mot d'ordre "la culture du résultat".

A la demande de François Hollande, une "instance de dialogue avec l'Islam de France" a aussi été lancée en juin 2015  pour élargir le débat avec "un islam de France sunnite aux multiples sensibilités et sans hiérarchie cléricale", selon Manuel Valls.

L’État, qui rejette toute volonté de "contrôler" les musulmans de France, est confronté à la difficulté de les fédérer au niveau national, quand cette organisation fonctionne le plus souvent avec succès depuis des années au niveau local.

A découvrir > Notre série "Les mondes de l'islam". Par Camille Renard

Les musulmans dans le monde
Les musulmans dans le monde
© Radio France - Camille Renard

A écouter > Nos émissions "Cultures d'islam". Par Ghaleb Bencheikh