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Violence et maltraitance animale au cirque, dans la cage du dresseur de fauves

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Numéro de fauves au Festival du cirque de Massy.
Numéro de fauves au Festival du cirque de Massy.
© AFP - Bertrand Guay

Les cirques qui font tourner en piste des animaux sauvages sont-ils barbares ? Vingt-sept pays ont interdit les cirques animaliers, mais Paris tergiverse. Au cœur de la polémique, la question de la maltraitance animale et la violence du dressage.

Une tigresse est morte à Paris il y a un mois, abattue alors qu'elle s'était échappée d'un cirque de passage dans la capitale, le cirque Bormann Moreno. Le mouvement animaliste s'est saisi de ce fait divers pour relancer le débat autour de la présence d'animaux dans les numéros de cirque, en particulier d'animaux sauvages. Officiellement, la Mairie de Paris réfléchit à un arrêté qui concernerait le sort de l'ensemble des animaux dans la capitale, y compris les animaux de cirque de passage, sans promettre d'interdiction franche. Mais depuis la mort de la tigresse, le Conseil de Paris a accéléré la cadence, et voté, sous l'influence des élus écologistes, le 13 décembre, un texte appelant à ce que "la capitale s’engage pour une ville sans animaux sauvages dans les cirques"

Depuis trente ans, la pression n'a cessé d'augmenter sur le monde du cirque pour contraindre la présence des animaux sous le chapiteau. Et même la restreindre. La critique a commencé à la fin des années 70 dans les associations militant pour la cause animale, pour devenir un débat de société à la fin des années 80.

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27 pays ont banni les cirques animaliers

Plus de trois décennies plus tard, les municipalités sont de plus en plus nombreuses à faire de la présence de numéros animaliers un motif de refus : les cirques employant veaux, vaches, cochons, ou plus souvent fauves et petits chiens, sont priés d'aller s'installer ailleurs. A plus grande échelle, vingt-sept pays interdisent carrément la présence de troupes avec animaux sauvages sur leur territoire.

Au coeur du débat, deux questions éthiques. Tout d'abord, la question, plus matérielle, de la maltraitance vis-à-vis des bêtes, même si les contrôles vétérinaires et sanitaires ont augmenté et que le quotidien des animaux est aujourd'hui beaucoup plus encadré qu'hier. La deuxième question interroge à un niveau plus fondamental le bien-fondé même de faire travailler des animaux d'une manière tellement contre-nature qu'un tigre finit par se précipiter à travers un cercle de feu, ou qu'un ours polaire joue de la trompette sous les projecteurs.

Ours polaires dressés par le cirque Krone à Munich, en Allemagne, en 1969.
Ours polaires dressés par le cirque Krone à Munich, en Allemagne, en 1969.
© Getty

Le dressage heurte autant qu'il intrigue, et notamment parce qu'il est méconnu. Qui a déjà pénétré dans les coulisses d'une séance de dressage avec un félin ? Anne-Lise David l'a fait, justement. C'était en 1995, et la productrice proposait dans "Les Nuits magnétiques", sur France Culture, une émission entièrement consacrée au cirque. Cette nuit intitulée "La cage aux fauves" a été diffusée le 2 mars 1995. 

Allemand courant

Dans cet extrait, vous pouvez découvrir comment le dresseur Daniel Suskow décrit les fondements du dressage de fauve. Il y évoque la violence -celle de l'animal, comme celle du dompteur -, et la part de bluff qui sous-tend en continu la relation entre le circassien et son fauve. Une violence taboue ? Pas pour Daniel Suskow, pour qui la violence qu'on peut infliger aux animaux sauvages dans un cirque est "d'abord psychique", alors que les coups et autres chaises jetées à la gueule d'un fauve resteront "anecdotiques".

Découvrez aussi comment le dresseur explique pourquoi les fauves sont germanistes. En effet, on parle plutôt allemand dans le giron d'une cage de cirque : "en arrière" est "une expression molle" en français, alors que "zurrück", que les dompteurs lui préfèrent, a le ton sec et efficace :

Le dresseur Daniel Suskow expliquant le sabir du dressage, le 2 mars 1995, "Les Nuits magnétiques"

9 min