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Violences intrafamiliales : "On se prépare à la découverte de situations extrêmement difficiles"

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Des affiches comme celles-ci ont été placardées dans des immeubles durant le confinement contre les violences intrafamiliales. Paris, le 17 avril 2020
Des affiches comme celles-ci ont été placardées dans des immeubles durant le confinement contre les violences intrafamiliales. Paris, le 17 avril 2020
© Radio France - Fiona Moghaddam

Les associations le craignaient : le confinement est propice à l’exacerbation des violences intrafamiliales. Plusieurs d'entre elles redoutent le déconfinement et la découverte de violences jusque-là invisibles.

Les plaintes pour violences intrafamiliales ont diminué de près de 39% depuis le 16 mars, estimait le ministre de l’Intérieur, le 14 avril dernier sur France Inter. Toujours depuis le début du confinement, les interventions à domicile des forces de l’ordre ont par ailleurs augmenté de 48%, a précisé Christophe Castaner le 16 avril devant la commission des lois du Sénat. Plusieurs associations enregistrent elles une hausse des appels émanant souvent de femmes victimes de violences au sein du couple, d’enfants victimes ou de voisins inquiets.

C’est le cas dans les Landes, affirme Ilazki Ortego, juriste au CIDFF (Centre d'information sur les droits des femmes et des familles) de ce département. "Les femmes qu’on suivait déjà ont eu besoin d’un suivi renforcé à cause du confinement et de nouvelles demandes apparaissent aussi", explique-t-elle. Beaucoup appellent pour obtenir des informations sur l’hébergement d’urgence et la mise à l’abri. En plus d’assurer une permanence téléphonique (confinement oblige), les membres du centre d'information se déplacent lorsque cela est nécessaire. "C’est vraiment très exceptionnel, ajoute-t-elle. Depuis le début du confinement, on a accompagné deux femmes vers la plainte : elles voulaient porter plainte mais n’y arrivaient pas seules. Nous sommes aussi allés cinq fois au tribunal pour l’attribution de 'téléphones grave danger'."

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De plus en plus de sollicitations

"Le bilan est malheureusement celui que nous avons craint", confirme Annie Guilberteau, directrice générale du Centre national d'information sur les droits des femmes et des familles (CNIDFF). "C’est un terreau favorable aux violences psychologiques et physiques. Les instants d’intimité se font rares, surtout quand on habite un petit appartement. Au plan national, on a eu une augmentation significative des chiffres, on s’y attendait__." D’après une étude de la fédération nationale des CIDFF consacrée à l’impact du confinement sur les femmes victimes de violences sexistes et sexuelles (et suivies par les CIDFF), la très grande majorité des appels téléphoniques reçus par les centres concerne des violences au sein du couple (71% des violences signalées). Les violences au sein de la famille concernent près d'un quart des faits évoqués.

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L’Enfant Bleu, qui lutte contre la maltraitance des enfants, est aussi de plus en plus sollicité. Parmi les coups de fil reçus par les écoutants bénévoles, dont l’équipe s’agrandit de jour en jour, figurent "essentiellement des appels pour des violences physiques et psychologiques", selon la présidente de l’association Isabelle Debré. "La première semaine c’était la sidération, la deuxième c’était l’organisation. Depuis, les appels sont de plus en plus importants", remarque également Martine Brousse, présidente quant à elle de La Voix de L’Enfant. "Il y a une vigilance de la part des voisins qui est plus grande__. La campagne lancée par le gouvernement a eu un impact. Plus on fait de prévention maintenant, plus c’est dissuasif." Une observation faite également par le CIDFF des Landes qui reçoit plus fréquemment que d’ordinaire des signalements de la part de tierces personnes, dont les voisins.

Chiffre très inquiétant révélé hier par le JDD, le numéro d'alerte 119 pour les enfants maltraités a enregistré la semaine dernière un bond de 80% des appels par rapport à une période non confinée.

Des "violences silencieuses"

Les violences intrafamiliales sont commises au sein d'une même famille (photo d'illustration)
Les violences intrafamiliales sont commises au sein d'une même famille (photo d'illustration)
© Maxppp - Christian Verdet

Mais cette vigilance accrue ne peut pas tout : "Les violences sexuelles sont plutôt silencieuses. On se prépare à la découverte de situations extrêmement difficiles" lors du déconfinement, estime Isabelle Debré. Martine Brousse évoque des "violences confinées, des violences sourdes qu’on ne voit pas actuellement. Les enfants les plus grands ont peut-être accès au téléphone portable, à Internet" et sont en mesure de donner l’alerte, mais pas les plus petits. Les équipes de l’Enfant Bleu continuent de suivre les enfants et les jeunes majeurs grâce à des appels vidéos, mais "en dessous de 11 ans, c’est très difficile, on a besoin d’appuis", comme des jouets par exemple, ce qui a contraint cette association a suspendre le suivi psychologique en dessous de cet âge.

"Le déconfinement va nous réserver des surprises", confirme Annie Guilberteau. En ce qui concerne les violences au sein du couple, "l'une des stratégies des agresseurs, c’est de confiner et d’isoler au maximum leur compagne ou ex, de sa famille, de ses amis, de ses relations professionnelles pour avoir une emprise totale. Je ne pense pas que toutes les femmes victimes pendant le confinement parlent. Beaucoup parlent, mais pas toutes". Elle appréhende de "retrouver des femmes blessées qui seront encore moins en mesure de se manifester parce qu’elles auront pris les coups de trop."

La crainte qu’on a, c’est ce qu’on va trouver quand on va ouvrir les portes.                                         
Martine Brousse, présidente de La Voix de l'Enfant

"Les besoins seront plus importants qu’on ne le pense"

"Il va falloir qu’on embauche du personnel", prévoit Isabelle Debré, inquiète de l’ampleur de la tâche qui attend son association. C’est pourquoi L’Enfant Bleu a créé un fonds de soutien, appelant aux dons des particuliers et des entreprises. "On embauchera essentiellement des psychologues et des juristes", détaille la présidente qui compte également s’appuyer "sur le personnel de l’Éducation nationale. Je pense que les professeurs, qui connaissent leurs élèves, verront bien si les enfants ont changé d’attitude. Quand un professeur d’EPS se rend compte qu’un élève ne veut jamais aller à la piscine", par exemple. "Un enfant qui ne mange plus à la cantine, qui ne parle plus à ses copains" doit pouvoir être repéré pour être pris en charge, car "un enfant qui parle a toutes les chances d’être sauvé", conclut-elle. De son côté, Martine Brousse attend du gouvernement une amélioration de la prise en charge des enfants par les psychologues. "On l’avait déjà demandé, mais les besoins seront plus importants que ce que l‘on pense."

Qui appeler si j’ai besoin d’aide ?

En cas d’urgence, composez le 17 (police et gendarmerie). Le numéro européen d’urgence est le 112

Les enfants et adolescents peuvent appeler gratuitement le 119 à n’importe quel moment. Sans laisser de trace sur le relevé téléphonique.

Le 3919 est un numéro d’écoute gratuit destiné aux femmes victimes de violences et accessible du lundi au samedi, de 9 heures à 19 heures. Les auteurs de violence peuvent aussi appeler un numéro d’écoute : le 08 019 019 11, tous les jours de 9 heures à 19 heures. 

Les pharmacies ont aussi été mobilisées pour écouter les femmes victimes de violences conjugales, avec des résultats par exemple à Nancy.

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Enfin, face à ces conséquences pour les adultes comme pour les enfants, le préfet du Morbihan a décidé d'interdire depuis vendredi dernier la vente d'alcools forts. Et le club de football de  l'olympique de Marseille héberge dans son centre de formation une vingtaine de femmes et enfants, explique RMC Sport.