Violette Morris, la diablesse du stade
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Violette Morris, la diablesse du stade

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Allure de garçonne, homosexuelle revendiquée, anticonformiste, Violette Morris, athlète renommée du XXe siècle, incarne la période transgressive des années folles. En 1940, elle collabore avec Vichy et est exécutée. Alors qu'une BD lui est consacrée, voici un portrait de cette femme hors norme.

Grande athlète lesbienne et figure atypique des années folles, la sulfureuse "dame Morris" se fait couper les seins en 1929 pour être à l’aise au volant de son automobile. En 1940, elle collabore avec le régime de Vichy et cristallise tous les fantasmes. Alors que sortent deux ouvrages qui lui sont consacrés, la BD Violette Morris à abattre par tous les moyens de Marie-Jo Bonnet, et le livre Femme qui court de Gérard de Cortanze, retour sur son parcours hors du commun. 

Fille de militaire, élevée dans un milieu bourgeois, Violette Morris se découvre très jeune une passion pour le sport. Dans les années 1920, elle devient l’une des athlètes les plus célèbres de France.

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Ce qu'un homme fait, Violette peut le faire !"                                              
La devise de Violette Morris

Championne de France du lancer de javelot, de poids, et de disque, elle excelle aussi au football et décroche la Coupe de France avec l’équipe dont elle est capitaine. Elle boxe contre des compétiteurs masculins, rafle des victoires en cyclisme et en rallye automobile. En 1927, elle arrive première au Bol d’Or automobile, course de 24 heures habituellement dominée par les hommes. Ce sera son dernier record. 

En 1930, elle est exclue de la fédération française sportive féminine. Cheveux coupés courts, clope au bec, veston et pantalon... Son allure d’homme est “non tolérée par l’usage”.  Au stade, elle multiplie les coups d’éclat, n’hésite pas à s’en prendre à ses compétitrices ni à en venir aux mains avec les arbitres.

Elle estimait qu’avec toutes les victoires qu’elle avait gagnées, elle avait le droit à la liberté. Il ne faut pas oublier qu’à cette époque-là, les femmes n’avaient pas un statut d’être libre. C’est en cela qu’elle m’a intéressée, parce qu’elle se comporte en tant que femme comme si elle était libre d’avoir la même vie que les hommes. En fait tout lui dit mais non pas du tout, là vous vous trompez, vous êtes une femme et restez-y !
Marie-Jo Bonnet, historienne, auteure de Violette Morris, à abattre par tous les moyens

Interdite de stade, la surnommée "dame Morris" change de vie. Elle tient une boutique de pièces détachées automobiles et se lance dans le music-hall. Violette Morris arpente alors le haut lieu du Paris lesbien et avant-gardiste, elle fréquente les artistes et intellectuels de l’époque : Joséphine Baker, Yvonne de Bray, l’actrice de Cocteau avec qui elle s’installe un temps. 

Amazone de la libération des femmes, ses activités pendant la guerre font d’elle un tout autre personnage. Violette Morris collabore avec Vichy, elle dirige le garage réquisitionné par la Luftwaffe, où les auxiliaires de la Gestapo viennent réparer leur voiture. Une légende noire se construit autour d’elle : longtemps surnommée la “hyène de la Gestapo”, elle aurait torturé des Résistants. Le 26 avril 1944, sur une route normande, elle est assassinée dans une embuscade de la Résistance.

Le problème de l’histoire de la mort de Violette Morris, c’est que deux enfants ont été tués par la Résistance, donc il a fallu après justifier cette exécution et c’est comme cela qu’ont commencé des récits. On l’a accusé d’être gestapiste, mais les dossiers sont vides à ce sujet-là, il n’y a rien.”                                              
Marie-Jo Bonnet, historienne

Selon l’historienne, l’ordre d'exécution n’était pas dirigé contre Violette Morris mais contre ceux qu’elle transportait dans sa voiture. À l’image de sa vie, sa mort a suscité fantasmes et théories. 

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