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Virées nocturnes en capitales interlopes

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Désolé de vous décevoir, mais Ryan Gosling ne montera pas les marches, ce soir à Cannes : il est retenu sur le tournage de son premier film comme réalisateur. En même temps, ça tombe peut-être bien pour lui : il ne s'exposera pas à la circonspection qui saisira sans doute les spectateurs de ONLY GOD FORGIVES ce soir. Si vous vous attendiez à DRIVE 2, c'est raté, tant Nicolas Winding Refn semble prendre à contrepied tout ce qui avait pu plaire avec ce film il y a deux ans. Ryan Gosling était beau à se pâmer : on lui refait à coups de poing le portrait façon Picasso. C'était un professionnel en mouvement, un héros stoïque à la Clint Eastwood : il devient un personnage quasi muet, immobile, impuissant et même pas bon pour la bagarre. Des choix étranges, sans doute volontairement déceptifs, qui font de ce film lent et hiératique, esthétisant et très violent un objet des plus déroutants. Quant au scénario, situé dans un Bangkok nocturne et interlope, une histoire de vengeance qui se revendique de la tragédie grecque mais fleure surtout le freudisme le plus primaire, il peine à convaincre. Reste la composition étonnante de Kristin Scott Thomas en mélange de Lady Macbeth et Donatella Versace, une vraie bonne surprise, pour le coup.
Là encore, ce sont les nuits interlopes d'une capitale, ici N'Djamena, que filme dans GRIGRIS le tchadien Mahamat-Saleh Haroun, Prix du Jury à Cannes en 2010 avec UN HOMME QUI CRIE. Crime organisé, trafic d'essence, prostitution, courses poursuite, il livre un portrait inhabituel de l'Afrique, avec un film qui souffre quand même d'un gros handicap : la règlementation française en matière de financement du cinéma, qui l'oblige à faire parler ses personnages en français, et à en faire jouer certains par des Français, qui semblent appartenir à un autre film. C'est dommage, mais le film reste quand même très fort, par la mise en scène de Mahamat-Saleh Haroun en premier lieu, avec notamment de superbes déambulations nocturnes, et surtout par la présence magnétique de Souleymane Démé, qui joue le rôle de ce danseur à la jambe gauche atrophiée. Les magnifiques scènes de danse du film, qui ont une vraie fonction dramatique, suffisent à en faire oublier les défauts. On l'espère au palmarès.