Virginia Woolf, la sensuelle
Virginia Woolf, la sensuelle

Virginia Woolf, la sensuelle

Publicité

Virginia Woolf, la sensuelle

Par

Femme d’avant-garde, féministe, Virigina Woolf est l’une des plus grandes auteures du XXe siècle. Souvent décrite comme rigide, dépressive, solitaire, elle a pourtant entretenu des relations fortes et intimes avec les deux sexes.

Membre fondatrice du groupe de Bloomsbury, bande d'intellectuels et d'artistes anglais d'avant-garde, Virginia Woolf a bouleversé la littérature au début du XXe siècle.

Virginia Stephen naît à Londres dans une famille d’intellectuels de la haute société anglaise et grandit parmi les livres. Marquée par des deuils - elle perd sa mère à 13 ans, et son père à 20 ans -, elle rompt avec la bonne société victorienne, vend la maison familiale du centre de Londres avec ses frères et sa sœur, et emménage à Bloomsbury, un quartier plus populaire.

Publicité

Elle vit avec ses frères et sa sœur, ce qui lui permet de côtoyer leurs amis de l’université de Cambridge et du monde artistique. Ensemble, ils forment une bande branchée, de jeunes artistes et d’intellectuels : le groupe de Bloomsbury.

On comprend bien que pour deux filles - Virginia et sa sœur Vanessa - qui sortent d’un milieu très cadré, ça a dû être un bonheur intellectuel, émotionnel, et physiologique aussi. Elles se sont rendues compte de leur corps, du désir, du flirt, avec ces garçons qui revenaient de Cambridge. Claire Davison, Professeure d'études modernistes à l'Université Sorbonne Nouvelle

Dans ce contexte, les sœurs décident de devenir artistes : Vanessa sera peintre, Virginia écrivaine, mais elle ne publiera son premier roman, que 10 ans plus tard, en 1915, La Traversée des apparences, sur la quête de soi d’une jeune fille. Virginia qui subit plusieurs dépressions au cours de sa vie, décrit Bloomsbury comme un endroit “magique” où “la mélancolie n'existe pas”.

Puisque l’on avait moins nommé l’identité sexuelle à l’époque, finalement les rapports étaient beaucoup plus fluides. Les rapports entre femmes entre hommes, on sent une tendresse, des amitiés, des aveux d’amour, est-ce que ça veut nécessairement qu’ils étaient homosexuels ? Peut-être pas. Claire Davison, Professeure d'études modernistes à l'Université Sorbonne Nouvelle

Au fil des années, d’autres amis se greffent au groupe, des liens plus intimes se tissent. Virginia épouse Léonard Woolf en 1912 avec qui elle fonde une maison d’édition, The Hogarth Press. Sa sœur Vanessa se marie avec Clive Bell en 1907. Virginia entretient également d’autres relations très fortes, avec son amie son amie d’enfance, Violet Dickinson et avec l’essayiste Lytton Strachey, homosexuel, qui la demandera même en mariage en 1909.

Je crois profondément qu’il y avait dans Virginia un petit garçon amoureux des autres garçons et que cette partie d’elle-même qui l’embarrassait beaucoup, se trouvait bien avec Lytton Strachey. C’est la raison pour laquelle dans les romans de Virginia Woolf, à quelques exceptions près, le désir, quand il est raconté, est un désir homosexuel, c’est visible dans "Les Vagues", c’est très visible dans "Between the Acts". Au fond, la passion d‘un homme pour une femme, est très absente de son texte. Jean-Paul Martin Fugier, auteur

À 40 ans, Virginia Woolf fait une rencontre décisive : la poétesse Vita Sackville-West. À cette époque, elle a signé trois romans et s’apprête à publier Mrs Dalloway, elle commence à jouir d’une reconnaissance littéraire. Les deux femmes vivent une relation passionnelle et s’inspirent mutuellement, devenant tour à tour l’artiste et la muse. L’un des romans majeurs de Virginia naît de cette relation, Orlando: A Biography, dont le personnage principal est inspiré de Vita. Elle dira du livre : "C'est la lettre d’amour la plus longue et la plus belle jamais écrite".

Leur relation est symbolique de l’attitude du Bloomsbery et de l’ouverture d’esprit du groupe, de leur prise de liberté sexuelle, de l’idée qu’on devrait être libre d’aimer qui on veut, peu importe le sexe de la personne. Nino Strachey, écrivaine et directrice de recherche au National Trust