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Vivez une expérience hypnotique grâce aux œuvres d’Augustin Lesage, peintre spirite

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L'Esprit de la pyramide (Augustin Lesage, 1926)
L'Esprit de la pyramide (Augustin Lesage, 1926)
- © Nicolas Dewitte / LaM © Adagp, Paris, 2020

Culture Maison. "Esprit, es-tu là ?", interroge le musée Maillol à Paris en attendant de rouvrir ses portes le 10 juin avec une exposition consacrée aux "peintres et voix de l’au-delà".

Pour vous aider à patienter, Céline du Chéné, productrice de documentaires et chroniqueuse à Mauvais Genres revient sur le parcours hors du commun d’Augustin Lesage, ancien mineur devenu peintre spirite.

C’est une très grande toile de trois mètres sur deux. De loin, on dirait un édifice, un étrange temple composé d’une multitude d’étages, de colonnades, d’ornements, de tiroirs secrets, de voies sans issue et de chausse-trapes. La symétrie de l’œuvre accentue davantage son aspect hypnotique. En s’approchant, notre regard se perd dans un labyrinthe de détails colorés. Magnétique, vibratoire et magique, L’Esprit de la pyramide, une peinture datant de 1927, fait partie des quelque 800 toiles produites par Augustin Lesage (1876-1954).

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"Un jour tu seras peintre."

Rien ne prédestinait cet homme à une carrière d’artiste. Né à Saint-Pierre-Lez-Auchel dans le bassin minier du Pas-de-Calais, Augustin Lesage est descendu dans la mine dès l’âge de 14 ans, une fois son certificat d’études en poche. Les terrils et les corons sont son unique horizon, exceptées ses années de service militaire passées à Dunkerque et Lille. Il se marie avec Armandine Diéval, elle aussi fille de mineur, dont il aura deux enfants, Marguerite et Augustin. Elu au conseil municipal de sa ville, il mène une vie semblable à celle des houilleurs de sa région, jusqu’à ce que sa vie bascule en 1911. Il a alors 35 ans. "Je travaillais, couché dans un petit boyau de 50 centimètres donnant sur une galerie éloignée du mouvement de la mine. Dans le silence, il n’y avait pour moi que le bruit de ma pioche. Quand tout à coup j’entends une voix très nette, dire : ‘’Un jour tu seras peintre !’’ (…) Personne n’était là. J’étais bien seul." racontera-t-il des années plus tard dans un entretien accordé au docteur Eugène Osty et retranscrit dans la Revue métapsychique en 1928. Mais pour l’heure, de peur de passer pour un fou, il se tait et n’en parle à personne.

Augustin Lesage en tenue de mineur (vers 1925)
Augustin Lesage en tenue de mineur (vers 1925)
- © Nicolas Dewitte / LaM © Adagp, Paris, 2020

Or, quelques mois plus tard, se plaignant de douleurs persistantes au dos, un ami mineur, Ambroise Leconte, lui propose de consulter des spirites guérisseurs. Ils se rendent tous les deux à l’Institut des forces psychosiques, à Sin-le-Noble. En ce début du 20e siècle, la pratique spirite reste importante dans la région et tente d’adoucir la dureté de la vie des mineurs trop souvent confrontés à la mort : de nombreux cercles spirites allient communication avec l’au-delà et pratique de soins de même que l’antoinisme, une « religion » créée par le mineur belge Louis-Joseph Antoine (1846-1912), qui guérit par l’imposition des mains. C’est la première fois qu’Augustin Lesage est confronté au spiritisme. Il ose raconter son histoire. Très vite, une séance autour d’un guéridon est organisée, il sera désigné par un esprit comme médium et, dans la foulée, produira ses premiers dessins représentant des formes sinueuses et tournoyantes, signés du nom de Marie, sa petite sœur morte à l’âge de 3 ans.

Peindre et guérir

Dès lors, les voix ne cesseront plus de lui parler : "Oui, lui disent-elles, un jour tu seras peintre et tes œuvres seront soumises à la science. C’est nous qui tracerons par ta main. Ne cherche pas à comprendre." Augustin Lesage se met à la peinture, tout en continuant à exercer son métier de mineur. En parallèle, il mène une activité de guérisseur aux côtés de son ami Ambroise Leconte. Le succès est tel qu’ils finissent par ouvrir en 1913 une annexe de l’Institut des forces psychosiques à Béthune. Lorsque la guerre éclate, Augustin Lesage est mobilisé sur le front jusqu’en 1916, année où il reprend le chemin de la mine pour soutenir l’effort de guerre. En 1918, il s’installe dans la petite ville de Burbure où il vivra jusqu’à sa mort. Il continue de peindre, donnant ses toiles quand il ne les vendait pas… au salaire horaire du mineur.

Tête de la déesse Nut / XVIII / Kamak (vers 1942)
Tête de la déesse Nut / XVIII / Kamak (vers 1942)
- © Claude Thériez © Adagp, Paris, 2020

Sa renommée s’étend au-delà de la région, sans doute sous l’influence des cercles spirites. A partir de 1923, grâce au soutien financier de Jean Meyer, directeur de la Revue spirite, fondateur de l’Institut métapsychique international, et de la Maison des Spirites à Paris, il quitte définitivement la mine pour se consacrer entièrement à sa peinture. Lesage commencera à être exposé à Paris, puis à Londres, à Edimbourg, il voyagera en Algérie, au Maroc et en Egypte. Il devra parfois peindre en public afin de prouver qu’il est bien l’auteur de ces toiles si sophistiquées, tout en précisant toujours n’être que la main qui obéit aux voix. "Je sais bien, écrit-il, que je ne puis rien peindre si je ne me mets pas sous influence des esprits." Petit à petit, ses tableaux s’enrichiront de références à des religions multiples ainsi qu’à une Egypte antique et rêvée avec l’apparition de Néfertiti, d’Akhenaton, du sphinx. Dans ses toiles, les terrils deviennent des Pyramides, les boyaux des mines son Labyrinthe…

Que disent ces peintures ? "Ce sont des œuvres impressionnantes, semblables à des énigmes, des peintures inspirées en lien avec le sanctuaire, la mort et reliées à l’au-delà, expliquent Savine Faupin et Christophe Boulanger, commissaires de l’exposition "Lesage, Simon, Crépin, peintres, spirites et guérisseurs" qui s’est tenue au LaM à Villeneuve d’Ascq, l’hiver dernier. "Augustin Lesage était en quête d’une sagesse universelle, tout comme les autres peintres spirites du Pas-de-Calais, Fleury Joseph Crépin (1875-1948) et Victor Simon (1903-1976), qui se réclamaient de la lignée de Lesage." En effet ces trois hommes ont en commun d’avoir vu le cours de leur vie changée par l’irruption de voix leur annonçant un destin de peintres. "D’ailleurs, ils se connaissaient et s’appréciaient. Ils ont inventé un monde. Leurs peintures sont des ouvertures à la connaissance spirituelle et parlent de la paix – n’oublions pas que la région a été très marquée par les deux guerres mondiales. Leurs créations vont faire éclore, entre 1912 et 1976, au cœur du bassin minier du Pas-de-Calais, un foyer artistique remarquable dont la mesure n’était pas pleinement prise jusqu’à maintenant. Leurs œuvres frappent par leur proximité et leur complémentarité tout en développant chacune une singularité", précisent les deux commissaires.

Lesage en train de peindre en public à l’Institut métapsychique international (1927)
Lesage en train de peindre en public à l’Institut métapsychique international (1927)
- © Nicolas Dewitte / LaM © Adagp, Paris, 2020

Augustin Lesage finira sa vie dans son coron de Burbure. Il continuera à peindre jusqu’à ce qu’il perde la vue quelques années avant de mourir, en 1954. Après sa disparition, ses œuvres continueront à circuler, tour à tour classées dans l’art magique par André Breton, l’art naïf par Anatole Jakovsky ou l’art brut par Jean Dubuffet. Mais Christophe Boulanger et Savine Faupin ne souhaitent pas enfermer les peintres spirites dans un genre : "il s’agit vraiment d’une école artistique à part entière". Après avoir parcouru la dernière salle de leur exposition –réunissant les créations de jeunes générations d’artistes revendiquant l’héritage de Lesage, Crépin et Simon-, on en sort définitivement convaincu.

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