Publicité

Voir Pompéi, et revivre

Par
S'évader sans mettre le nez dehors pour limiter la propagation du coronavirus, c'est possible
S'évader sans mettre le nez dehors pour limiter la propagation du coronavirus, c'est possible
© Getty - Jonathan Perugia

#LaThéorie . Pourquoi se balader dans les ruines de Pompéi en pleine "répétition générale de l’effondrement" ? Ma théorie, c’est que cette expérience virtuelle ne constitue pas seulement une "activité culturelle de confinement" supplémentaire, mais bien une virée salvatrice.

Si nous vivons déjà une « répétition générale de l’effondrement », pour reprendre une image qui circule en ces temps de pandémie, pourquoi irions nous balader dans les ruines de Pompéi?

Après la vague de visites virtuelles des plus grands musées du monde, ce sera désormais aussi sur les célèbres sites archéologiques que l’on pourra s’évader depuis son confinement. A Pompéi notamment, troisième site le plus visité d’Italie, des promenades virtuelles ont fait leurs apparitions sur les réseaux sociaux. La cité antique figée et ensevelie par l’éruption du Vésuve en 79 après Jésus-Christ peut donc maintenant s’explorer en ligne. 

Publicité

La Rmn-Grand Palais (Réunion des musées nationaux - Grand Palais)  propose également de découvrir, depuis chez vous et en avant-première, une grande partie de l’exposition Pompéi qui s’ouvrira après les mesures sanitaires. Les visiteurs peuvent ainsi se plonger  numériquement "dans l’univers des nouvelles fouilles et nouvelles découvertes, la restauration d’une mosaïque, la reconstitution 3D de la « maison au jardin » et les magnifiques découvertes de la maison d’Orion". 

Ma théorie, c’est que ces expériences ne constituent pas seulement une « activité culturelle de confinement » supplémentaire, mais bien une fenêtre de réflexion particulièrement salutaire.

Humanité confinée 

Évidemment, l’ouverture virtuelle de Pompéi aux promeneurs du web, participe de ce même mouvement culturel mondial : tandis que notre périmètre se restreint chaque jour davantage, le besoin de l’élargir grâce à de nouveaux espaces ne fait que s’amplifier. Nous sommes maintenant 2,6 milliards de confinés depuis que l’Inde a décrété à son tour le confinement total. Cette claustration d’un tiers de l’humanité est un paradoxe historique et inédit : le partage planétaire d’un rétrécissement de l’horizon. 

Plus le coronavirus se propage, plus la fermeture de l’espace mondial se combine avec la fermeture de notre espace individuel. Alors on ouvre une nouvelle fenêtre, au sens propre, celui de l’informatique, comme au figuré. 

Faire la visite virtuelle du site de Pompéi ou de l’exposition au Grand Palais, s’inscrit non seulement dans ce mouvement spatial d’ouverture culturelle quand le monde se referme, mais aussi dans un mouvement temporel. Il semble, en effet, que dans cette précipitation du monde dans l’épidémie nous nous sommes retournés davantage sur les oeuvres du passé et sur notre Histoire.

Pompéi un temps suspendu comme le nôtre

L’avantage avec Pompéi, c’est que nous pouvons nous tourner vers un temps du monde qui comme le nôtre a été suspendu. Cette "nuit d’apocalypse" décrite par Pline le Jeune entre relation directe avec notre propre effarement.

Mais comme ce site a la particularité archéologique d’avoir dépassé la recherche de trésors et de biens précieux, pour se concentrer sur les vestiges d’une vie quotidienne soudain figée, ce que l’on va y voir c’est l’intensité de la vie et pas le souffle de la mort. Les débats à coups de « graffitis antiques » sur les murs, les amours à combinaisons variables, les plaisirs et les beautés de la vie terrestre sont comme arrêtés en plein élan mais aussi conservés pour toujours.

C’est pourquoi aller virtuellement à Pompéi est un pèlerinage de confinement salvateur. Il nous renvoie à un vécu qui résonne avec notre présent, mais lui ouvre la plus belle des issues : un sentiment d’éternité, et le souvenir essentiel que nous avons déjà dépassé « d’autres fins du monde ».