Voir son idole Lauryn Hill et puis... “Veuillez regagner les sorties s’il vous plaît”

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Voir son idole Lauryn Hill et puis... “Veuillez regagner les sorties s’il vous plaît”

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Lauryn Hill lors de son concert à Bercy.
Lauryn Hill lors de son concert à Bercy.
© Getty - David Wolff - Patrick

L’ex-membre des Fugees s’est attirée les foudres de ses fans le 20 novembre dernier, après être arrivée avec 2h30 de retard sur scène, avant d'enchaîner les déconvenues jusqu'à la coupure du son de son micro... Pour autant, entre le concert bien huilé d'une Beyoncé et ce fiasco, que choisir ?

J’ai deux amours. Lauryn Hill et Beyoncé. En fait ce n’est pas tout à fait vrai, ce qui est certain en revanche c’est que ce sont les deux gros concerts que j’ai vus dans ma vie, deux concerts dans des grands stades, deux concerts dont j’ai pris fébrilement les places très à l’avance en priant pour que la page s’actualise correctement, deux concerts pour lesquels j’ai dépensé une somme tout de même conséquente, deux évènements parce que Beyoncé et Lauryn Hill, je les aime voilà.

L'éclatante Beyoncé

Alors Beyoncé, c’était en 2013 à Brooklyn, c’était éclatant et plein de paillettes, un immense show avec changement de costume à chaque titre, chorégraphies au cordeau, envol de ladite Beyoncé par-dessus la fosse, les bons titres, y compris certaines de ses anciennes chansons avec les Destiny’s Child, et puis sa voix, claire, triomphante, vocalises au top. Bref : clairement on en avait pour son argent.

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La rétive Lauryn Hill

Lauryn Hill, c’était autre chose. Les journaux se sont largement fait écho de sa prestation au stade AccorHotels Arena de Bercy la semaine dernière, et encore ce n’est rien je crois en proportion avec les gorges chaudes que provoque chacun de ses concerts aux États-Unis. Il faut dire que Ms. Lauryn Hill est systématiquement en retard, quand elle n’est pas en plus agressive envers le public, et extrêmement réticente à l’exercice même de la prestation en public. Lauryn Hill, grande chanteuse noire-américaine, a désormais plus de quarante ans, on la connaît surtout comme membre des Fugees, et elle a commis en 1998 un très grand album mythique pour toute une génération dont je suis, "The Miseducation of Lauryn Hill", du rhythm and blues à son meilleur. On célèbre cette année les vingt ans de cet album, et la chanteuse est donc partie en tournée pour les fêter, et livrer sur scène quelques-uns des tubes qui le composent. 

C'est l'heure de rendre les clés

“Quelques” c’est le mot, car mardi dernier à Bercy, Lauryn Hill est arrivée sur scène un peu plus de deux heures trente après l’heure prévue, a chanté environ 45 minutes avant que l’équipe du Stade - dont je rappelle quand même qu’il a désormais un nom de chaîne d’hôtellerie - décide tout simplement de couper son micro alors qu’elle prévoyait de faire un dernier morceau. C’était l’heure de rendre les clés. Twitter et la presse du lendemain n’avaient point de mots assez durs pour décrire l’impatience du stade, exaspéré de devoir attendre, qui a en effet sifflé les multiples artistes envoyés au casse-pipe d’une énième première partie pour faire durer, et Lauryn Hill elle-même dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’a pas affolé la foule. On parlait également de la décision de Bercy d’avoir coupé le micro, mais finalement aux yeux et aux oreilles de beaucoup, ce n’était pas ça le plus scandaleux. D’ailleurs tout le monde est finalement sorti assez sagement lorsque les lumières se sont brutalement rallumées, et qu’ont résonné en lieu et place de la voix a capella de Lauryn Hill “Veuillez regagner les sorties s’il vous plaît”.  Et moi dans tout ça? Et bien ce fut une grande expérience paradoxalement, de la voir sur scène dans un tel état de fragilité, à la fois par les réactions de colère qu’elle provoquait et qu’elle ne pouvait clairement pas ignorer, mais aussi parce que vingt ans après, Lauryn Hill a vieilli à peu près comme moi, et que cet album qui est une sorte de carte du tendre soul, un parcours dans les divers émois d’une adolescente, résonnait étrangement dans cet immense stade hostile, et dans la voix éraillée et désormais peu mélodieuse de la chanteuse. Et finalement je me suis dit que je préfère me rappeler probablement davantage ce concert qualifié par tous de “fiasco” que celui parfaitement huilé de Beyoncé.