Publicité

Voyage interplanétaire : le petit hélicoptère Ingenuity va voler sur Mars

Par
Légende : une maquette grandeur nature de l'hélicoptère expérimental Ingenuity qui va voler sur Mars
Légende : une maquette grandeur nature de l'hélicoptère expérimental Ingenuity qui va voler sur Mars
© AFP - Patrick T. Fallon

Le monde dans le viseur. C'est le premier engin terrestre à voler sur une autre planète. Sa mission : collecter des échantillons sur la planète rouge et rechercher des traces de vie. lngenuity est attaché au rover Perseverance qui s'est posé sur Mars le 18 février au terme d'un voyage de sept mois et 480 000 000 kilomètres.

Prouver qu'il est possible de voler sur une autre planète, défier les contraintes atmosphériques et rechercher des signes de vie microbienne sur Mars sont trois des objectifs du petit hélicoptère Ingenuity. Il est transporté par le rover Perseverance. Parti de Cap Canaveral en Floride le 30 juillet 2020, il s'est posé sur Mars le 18 février 2021. 

Un drone léger à la pointe de la technologie

Un rover est un "astromobile", un véhicule créé pour explorer une autre planète. Il en existe déjà un autre, Curiosity, qui explore actuellement la planète rouge pour la NASA. Le premier défi du petit hélicoptère Ingenuity est de pouvoir voler : y parvenir sur Mars est un exploit, en raison de la faible gravité de cette planète et d'une atmosphère très peu dense, environ 1% de celle de la Terre. C'est pourquoi l'engin est très léger : Ingenuity pèse exactement 1,8 kg, poids plume pour pouvoir décoller.

Publicité

Ce mini hélicoptère mesure 49 centimètres de haut sur 120 de long. Il dispose de deux hélices qui sont cinq fois plus rapides qu'un hélicoptère standard. Il se recharge seul à l'énergie solaire, ce qui doit lui permettre de surmonter les nuits glaciales sur Mars, à -90°C. Il est doté d'ordinateurs et de caméras, dont un équipement français : Super Cam, une caméra laser servant à analyser la chimie des roches.

"J’ai rêvé d’un autre monde"

S’imaginer sur la planète Mars passionne. Christine Delory-Momberger, auteure, photographe et universitaire, commente à France Culture cette photo de Patrick T. Fallon pour l'AFP :

Cette photo nous met dans un monde d’ailleurs, irréel et en même temps actuel. Le photographe nous invite à entrer dans l’ambiance d’un autre monde, à la fois imaginé et réel, avec sa prise de luminosité. Il me fait penser à la lumière des photos d’Antoine D’Agata. Ici, c’est la couleur brune qui est déclinée en plusieurs nuances. En partant du bas de la photo, le brun est marbré, comme des couches, et la couleur va en s’éclaircissant plus on s’approche des ailes du drone et donc de son envol. Mais la première chose que l’on voit, ce n’est pas l’ensemble : c’est d’abord cette forme au centre, ce triangle doré. Le regard part de lui, c'est la forme la plus visible de par sa couleur. Ce drone au milieu, ce rectangle doré qui se trouve dans la partie la plus sombre des bruns apparaît comme un trésor, comme un papillon qui se pose et va s’envoler. Cette photo donne à voir et à interpréter, à l’instar des objectifs de ce drone qui sont d’aller chercher des indices de vie sur Mars.

L'hélicoptère Ingenuity a été placé sous le ventre du rover Perseverance, le véhicule de la mission principale. Une fois arrivé sur Mars, il sera largué sur le sol, et le rover roulera au-dessus de lui pour s'en éloigner. "Chaque vol peut durer jusqu'à une minute et demi, ce qui n'est pas un mince exploit comparé aux 12 secondes du premier vol motorisé sur Terre", explique la Nasa.

L'ensemble de la nouvelle mission spatiale sur Mars se projette dans le long terme, résume le Centre national d'études spatiales. "Cette mission a pour buts l’étude géologique d’environnements anciens de Mars, la recherche de traces de vie, la collecte et le stockage des échantillons martiens qui seront ensuite récupérés par une mission future pour les rapporter sur Terre. Elle doit aussi préparer l’exploration humaine future."

La Chine et les Émirats Arabes Unis arrivent aussi sur Mars 

La planète rouge n’est pas convoitée uniquement par les États-Unis et les Occidentaux. Après l’Union soviétique et l’Inde, les Émirats et la Chine se placent dans la course à la conquête de Mars. Début février 2021, les Émirats Arabes Unis ont placé leur sonde Hope - "Amal" en arabe et "Espoir" en français -autour de l'orbite de Mars. "A_u peuple des Émirats, aux nations arabes et musulmanes, nous annonçons l'entrée réussie en orbite autour de Mars. Dieu soit loué"_, s’est félicité un responsable du centre spatial de Dubaï. Une aubaine pour l’émir de Dubaï, Mohammed ben Rached al-Maktoum qui, le même jour, célébrait le 50e anniversaire de l'unification des sept émirats au sein de la fédération des Émirats Arabes Unis. "Nous essayons de construire un modèle de développement qui dit à la jeunesse arabe que nous sommes issus d'une civilisation", a-t-il tweeté.

Cette prouesse scientifique et technologique lui donne l’occasion de redorer son blason. La NASA a complimenté les Émirats avec les mots de Al Mutanabbi, considéré comme l’un des plus grands poètes de langue arabe.

"Si vous vous êtes aventurés à la recherche de la gloire, ne vous contentez pas de moins que les étoiles." 

Au contraire de la mission américaine, la sonde Hope ne se posera pas sur Mars. Mais comme elle, elle cherche à sonder et à analyser l’environnement martien pour nous donner l'espoir, dans cent ans peut-être, d’installer une colonie humaine sur Mars. Une folie que partage la Chine qui, le 10 février 2021, a réussi à atteindre la planète rouge.

Voyage Terre-Mars à des années-lumière

Ce 10 février, la sonde nommée Tianwen-1 ("Questions au ciel", du nom d’un poème de la Chine antique attribué à Qu Yan), a été mise en orbite autour de Mars, sept mois après son lancement de l’île tropicale de Hainan dans le sud de la Chine. "Le freinage de la sonde a réussi et sa mise en orbite martienne est un succès", a annoncé la CNSA, l’agence spatiale chinoise qui précise que "la sonde chinoise a parcouru une distance d'environ 475 millions de kilomètres et se trouve à environ 192 millions de kilomètres de la Terre."

La mission chinoise se rapproche de celle des Américains et des Occidentaux : faire atterrir un robot téléguidé sur Mars d’ici trois ou quatre mois. La semaine dernière, selon des médias chinois, la sonde a envoyé sa première photo de Mars, en noir et blanc, montrant des canyons, un cratère et une plaine. La cartographie de la planète rouge, l’analyse du sol et de l’atmosphère sont ce que visent les Chinois. Selon l’agence spatiale chinoise, "l'atterrissage sur Mars est prévu entre mai et juin 2021".

Les enjeux pour Pékin sont énormes. C’est sa première tentative, en solo, d’une mission martienne. Les Chinois font cavalier seul depuis l’échec de la tentative d’une mission avec la Russie en 2011. L’État a investi des milliards d’euros dans le programme spatial pour rivaliser avec les Américains, les Européens et les Russes. Les pays qui investissent dans la course à l’espace s’imposent comme des puissances scientifiques et technologiques, mais aussi comme des puissances économiques. Les sommes dépensées dans les programmes spatiaux varient de 40 milliards de dollars par an pour les Etats-Unis à environ 7 milliards pour l’Europe, la Russie et la Chine ; un budget exorbitant débloqué par les États qui misent sur le domaine spatial pour dominer. Après l'enjeu idéologique du siècle dernier, les enjeux sont maintenant devenus technologique, scientifique, économique et géopolitique.