Le cinéaste Wang Bing pose pour une séance photo le 17 novembre 2017 à Paris.
Le cinéaste Wang Bing pose pour une séance photo le 17 novembre 2017 à Paris.

Wang Bing filme la face cachée de la Chine

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Wang Bing filme la face cachée de la Chine

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C'est l’un des plus grands cinéastes contemporains. Pourtant, aucun de ses vingt films n’a été projeté en Chine.

Avec sa caméra, Wang Bing apporte un témoignage crucial d'une Chine gommée par la propagande. Sa spécialité est de filmer les destins d’anonymes : des travailleurs pauvres, des rescapés des camps de réhabilitation, des malades souffrant de troubles psychiatriques, des migrants.

Un style humain et intimiste

Célébré à l’étranger pour son style humain et intimiste, Wang Bing suit seul avec sa caméra des Chinois et Chinoises ordinaires pendant des mois, voire des années.

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Wang Bing vit avec eux dans les asiles, les usines, ou les grandes entreprises en cours de liquidation. Lors du tournage des “Trois sœurs de Yunnan”, il a tellement vécu avec la famille et les enfants qu'il en a attrapé une maladie grave que l'on appelle 'la maladie des hauteurs'. Les personnes enfermées oublient Wang Bing__, ce qui lui donne, à lui, l’occasion de les saisir dans des moments d’intimité, d’introspection, de souffrance. Dominique Païni, théoricien et critique de cinéma

Extrait du premier documentaire de Wang Bing, "À l’ouest des rails" (2003).
Extrait du premier documentaire de Wang Bing, "À l’ouest des rails" (2003).
- Vidéogramme © Wang Bing

Wang Bing naît en 1967 dans un village rural du nord-ouest de la Chine. À 32 ans, il réalise son premier documentaire en indépendant. "À l'ouest des rails” suit le démantèlement du plus grand complexe sidérurgique chinois : un ensemble d'une centaine d'usines qui employaient simultanément près d'un million d'ouvriers dans les années 1980.

Aujourd’hui, au bout de 20 ans, "À l'ouest des rails” demeure une référence, un film événement. C’était inouï. Quand on s’est installé pour les 9 heures de projection, on s’est demandé : “Mais que se passe-t-il ?” Pour beaucoup d’entre nous, c'était comme l'apparition du cinéma. Comme si l’invention du cinéma du début du XXe siècle se répétait. Dominique Païni, théoricien et critique de cinéma

Extrait du premier documentaire de Wang Bing, "À l’ouest des rails" (2003).
Extrait du premier documentaire de Wang Bing, "À l’ouest des rails" (2003).
- Vidéogramme © Wang Bing

Wang Bing se démarque du documentaire classique en n'ajoutant pas de commentaires et en faisant très peu de coupes. En filmant la réalité de façon brute, Wang Bing laisse la place au spectateur de se construire une opinion propre, et l'approche politique de ses films n'est jamais ouvertement revendiquée. C’est aussi ce qui le fait passer sous les radars de la répression chinoise. 

La particularité de Wang Bing est de ne pas avoir de point de vue idéologique, de déclarations extérieures à ses films de nature contestataire ou dissidente. Avec lui, nous sommes avec un artiste qui considère que pour être politiquement juste, il faut être esthétiquement juste. Dominique Païni, théoricien et critique de cinéma

Extrait du documentaire "Père et fils" de Wang Bing (2014).
Extrait du documentaire "Père et fils" de Wang Bing (2014).
- Vidéogramme © Wang Bing / Galerie Paris-Beijing

Un portrait critique de la société chinoise

Les films de Wang Bing brossent un portrait critique de la société chinoise : celui d’individus écrasés par la dictature communiste et par un capitalisme brutal. 

Les garçons et les filles que l’on voit dans “15 heures” _sont aux prises avec la réalité du travail à la chaîne. Et dans une forme rarement égalée : c’est au nombre de jeans cousus qu’ils sont payés. Donc il y a cette idée que cette liberté par le travail excessif est possible, alors qu’en fait ce sont “_Les Temps modernes” de Chaplin qui sont ici répétés autrement. Dominique Païni, théoricien et critique de cinéma

Extrait du film "15 heures" de Wang Bing (2017).
Extrait du film "15 heures" de Wang Bing (2017).
- Vidéogramme © Wang Bing / Galerie Chantal Crousel

Prolifique, Wang Bing a passé les vingt dernières années à tourner un film par an. Comme s'il était conscient de l'urgence de filmer avant que l'Histoire ne soit oubliée."Le plus important pour les générations futures et pour la société dans son ensemble, déclarait-il au New York Times, est que nous ayons assez d'informations, de faits, pour comprendre ce qui s'est réellement produit par le passé."

À voir : 

Rétrospective Wang Bing. La Cinémathèque (jusqu’au 24 juin 2021)

Exposition Wang Bing - L'œil qui marche. Le BAL (jusqu’au 14 nov. 2021)