Un homme portant un masque avec les warming stripes
Un homme portant un masque avec les warming stripes

Les "warming stripes", l'icône ultime du réchauffement climatique

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"Warming stripes" : icône ultime du réchauffement climatique... ou du greenwashing ?

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On les voit fleurir sur les pancartes des manifestations contre le réchauffement climatique, sur nombre de produits dérivés et même sur les podiums des défilés de mode. Ces “warming stripes” qui vont du bleu au rouge symbolisent le réchauffement climatique en cours.

C'est à l'origine un graphique complexe, qui a été réduit à l'essentiel pour être intelligible par tous. Du data-art qui allie intelligemment données scientifiques et art visuel et qui pourrait devenir LE symbole universel de la cause environnementale... ou du Green washing.

Derrière cette idée visuelle, il y a Ed Hawkins, un climatologue britannique, coauteur de plusieurs rapports du GIEC :

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“De 1850 à gauche à 2020 à droite, une bande par année, les couleurs indiquant la température de cette année-là - les bleus foncés représentant les années les plus froides, les rouges les années les plus chaudes. Il s'agit donc d'une représentation frappante du réchauffement de la planète, en particulier au cours des 30 ou 40 dernières années.”

En 2018, le scientifique réfléchit à une manière simple et universelle de représenter le réchauffement des températures.

Des références inconscientes à l'histoire de l'art

L’idée de cette frise colorée lui est venue… d’une écharpe. L’accessoire a été confectionné par une collègue scientifique, Ellie Highwood, qui s’est inspirée des données de son propre travail sur le climat.

Ed Hawkins a repris l’idée et l'a synthétisée dans un graphique : en bleu les années plus froides que la moyenne des températures entre 1971 et 2000, en rouge les années les plus chaudes.

Une fois mis en ligne sur un site, le graphique est téléchargé un million de fois en une semaine.

La force de cette image ? Elle est immédiatement compréhensible sans texte et comporte plusieurs références inconscientes, notamment aux tableaux du Color Field painting, un mouvement artistique d’après-guerre qui jouait sur les aplats de couleurs.

Ces rayures font aussi référence à une imagerie technologico-scientifique devenue familière, comme celle par exemple qui sert à préciser les classes énergétiques sur certains produits de consommation.

Une rupture chromatique brutale

Céline Pascual Espuny, professeure en sciences de l'information et de la communication : "En terme sémiologique, vous avez quelque chose qui, à la fois parle à tout le monde, parce que c’est simple et immédiatement compréhensible, et en arrière-plan, ça reprend des codes liés à la société de consommation comme le code barre ou le QR code."

L’autre force de cette œuvre, c’est sa rupture colorimétrique brutale qui montre que nous sommes déjà dans le rouge…

Thierry Libaert, expert en communication environnementale : "Le gros avantage de ce type de visuel, c’est qu'il montre que le dérèglement climatique, on y est déjà. Son inconvénient en revanche, c’est que c'est une image qui ne correspond pas tout à fait à la réalité. La réalité, ce n’est pas simplement qu’il va faire un peu plus chaud, c’est l’accélération des événements météorologiques extrêmes, le fait qu’on va passer de périodes de tempête-cyclones-tornade-inondation à des périodes de canicule."

Quant à l’utilisation du rouge, des études américaines ont montré que son utilisation dans des dispositifs d’alerte pouvait être contre-productive.

Thierry Libaert : "En fait, la difficulté vient du recours à la couleur rouge. Parce que dans sa perception immédiate, elle évoque le danger, elle peut renforcer l’inertie de celui ou celle qui reçoit le message, voire le paralyser."

Des images liées à l'environnement sont déjà devenues des icônes, mais c’est la première fois qu’un tel visuel est autant repris, jusque dans la mode, de quoi craindre le greenwashing

Thierry Libaert : "Je prends le pari que ce visuel sera fortement repris dans des campagnes de publicité, de communication commerciale d’entreprises, pour montrer qu’elles ont compris les enjeux climatiques, comme une sorte de label, de certification."

La simplicité des “warming stripes” appelle au détournement, au mème et aux variations comme cette “Biodiversity stripes” inspirée directement de la frise d’Ed Hawkins. La disparition du vert par le jaune montre l’effondrement de la biodiversité…

La Transition
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