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Washington, Pékin et Moscou regardent l'Europe... d'assez loin

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Sages comme des images dans la devanture d'un photographe pékinois en 2017, Xi Jinping, Donald Trump et Vladimir Poutine regardent l'Europe dans les yeux.
Sages comme des images dans la devanture d'un photographe pékinois en 2017, Xi Jinping, Donald Trump et Vladimir Poutine regardent l'Europe dans les yeux.
© AFP - Fred Dufour

Les trois grandes puissances mondiales veulent conserver des relations solides avec l'Europe, mais pas à n'importe quel prix ! Parce que Washington, Moscou et Pékin considèrent finalement que la "vieille" Europe a davantage besoin d'elles que l'inverse.

Donald Trump, Vladimir Poutine et Xi Jinping n'ont pas exactement la même vision de l'Europe. Le Président américain souhaite voir ses partenaires se débrouiller un peu plus sans son aide... tout en restant sous sa coupe. Le patron du Kremlin, lui, aimerait pouvoir mener sa petite entreprise mondiale sans avoir l'Europe dans les jambes en permanence, quand le dictateur chinois voit surtout le Vieux Continent comme un marché commercial à conquérir. L’Europe n'est donc pas la même que l'on se trouve à Washington, Moscou ou Pékin, mais un souci demeure pour les grands de ce monde : ne pas s'en laisser conter par Bruxelles.

Aux Etats-Unis, la donne a changé

C’est une petite humiliation mais bien perçue comme telle par les Européens. Début décembre 2018, une cérémonie est organisée au Capitole, à Washington, à la mémoire de l’ancien président George H.W. Bush décédé quelques jours plus tôt. Mais l’ambassadeur de l’Union européenne aux Etats-Unis, l’Irlandais David O’ Sullivan, découvre à cette occasion que le statut diplomatique de l’UE a été dégradé, et que dans l’ordre protocolaire, il est passé de la 27e place (juste derrière l’ambassadeur de France) à la 173e position

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Fin février, alors qu’il s’apprête à quitter ses fonctions après quatre années passées dans la capitale fédérale américaine, O’Sullivan confie qu’il n’a pas voulu accorder trop d’importance à cet incident : "L’administration Trump a certes remis en cause notre relation, et c’est son droit, dit O’ Sullivan à France Culture. Mais les liens qui nous unissent restent cruciaux pour les Etats-Unis. Et pour l’Union européenne." Depuis cet incident, la délégation de l’UE à Washington a retrouvé le rang diplomatique qu’elle occupait précédemment.

Donald Trump, le président américain semble montrer la voie à Jean-Claude Juncker, le président de la commission européenne à Washington le 25 juillet 2018.
Donald Trump, le président américain semble montrer la voie à Jean-Claude Juncker, le président de la commission européenne à Washington le 25 juillet 2018.
© AFP - Saul Loeb

Pour autant, la relation s’est considérablement compliquée depuis l’arrivée de Donald Trump au pouvoir en janvier 2017. Pour le milliardaire new-yorkais devenu 45e Président des Etats-Unis, l’Union européenne est un "consortium, un groupe de pays associés pour tirer avantage des américains, et pour les piller". Alice Pannier, enseignante chercheuse à la Johns Hopkins School of Advanced International Studies de Washington, commente : "La relation connaît un moment critique. L’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche a changé la donne. On a l’impression que les choses ne reviendront jamais comme avant__. L’administration américaine n’a de cesse de critiquer l’Union européenne, et l’inverse est vrai aussi.

Jusqu’ici, les Présidents américains ont toujours soutenu, de manière plus ou moins démonstrative, le projet européen. Il y a bien eu quelques réticences, au moment de la création de la monnaie unique, et des inquiétudes pour le dollar. Mais pas de telles dissensions. Et jamais une telle volonté de la part d’une administration américaine de fragiliser ainsi l’Union européenne : "Sur de nombreuses décisions importantes qui concernaient aussi l’Europe (le retrait de l’accord sur le nucléaire iranien, le dossier syrien, les accords de Paris sur le climat), Trump a agi de manière unilatérale et sans concertation", commente Alice Pannier. "Souvent au coup par coup. Il est évident que les Etats-Unis et l’Union européenne ont maintenant des approches diplomatiques radicalement différentes__. Sur de nombreux dossiers, l’UE continue de prôner le multilatéralisme et les actions concertées, la négociation. Ce n’est plus le cas à la Maison Blanche."

Trump joue la carte de la division européenne

Quand Emmanuel Macron vient en avril 2018 à Washington pour une visite d’Etat de trois jours, la rencontre est une nouvelle fois placée sous le signe de l’amitié entre les deux hommes. Et les premiers échanges ne sont que sourires et amabilités. Mais au fil de la visite, les dissensions se font de plus en plus criantes. Macron ne parvient pas à convaincre Trump de ne pas déchirer l’accord sur le nucléaire iranien signé en 2015 par l’Iran, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU (États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni), et l’Allemagne.

Emmanuel Macron "fraternise" avec Donald Trump le 7 juillet 2017 à Hambourg lors du G20
Emmanuel Macron "fraternise" avec Donald Trump le 7 juillet 2017 à Hambourg lors du G20
© AFP - Tobias Schwarz

Surtout, le Président français comprend à Washington que, face aux Européens, le 45e président des Etats-Unis joue la carte de la division. Le Washington Post rapporte que, dans le bureau ovale, Trump a proposé à Macron de divorcer de l’Union européenne. "Si la France quittait l’Union, aurait déclaré le président américain, alors on pourrait ensemble signer un accord commercial bilatéral à de meilleures conditions que celles dont dispose actuellement l’UE avec les États-Unis."

Alice Pannier précise : "Le problème est que les Européens ne présentent pas un front uni face à cette administration__. Or, les Etats-Unis en jouent en alimentant l’euroscepticisme. Par exemple en dialoguant directement avec la Pologne sur les questions stratégiques. Ou en soutenant les pro Brexit au Royaume-Uni". De son côté, l’administration Trump aura mis du temps à comprendre que sur les questions commerciales, c’est avec Bruxelles qu’il faut discuter directement, et pas avec chacun des pays concernés.

Quand pour "des raisons de sécurité nationale", Washington menace de taxer les exportations d’acier et d’aluminium européens, c’est finalement le patron de la Commission européenne Jean-Claude Juncker qui, à l’été 2018, vient à la Maison Blanche discuter et négocier directement avec le Président américain. "Et ce dialogue a été productif, se souvient l’ex ambassadeur de l’UE à Washington David O’Sullivan. Je crois que tant que les discussions ne sont pas terminées, tout le monde est tombé d’accord pour ne pas imposer de nouveaux tarifs douaniers à ses partenaires. Evidemment, tout reste possible et nous ne sommes pas à l’abri d’une surprise, mais on finit toujours par trouver des solutions. La rencontre Trump / Juncker a permis d’atténuer les tensions." C’est vrai. Mais en privé ou régulièrement dans des tweets, le Président des Etats-Unis continue de vitupérer contre les voitures allemandes, "encore trop nombreuses sur la Cinquième avenue à New-York !"

Washington rêve d'une Europe plus autonome... mais pas indépendante

Le 11 novembre 2018 est organisé à Paris le Forum pour la Paix afin de marquer le centenaire de l’armistice de la Première guerre mondiale. Plus de 70 chefs d’états et de gouvernements ont été conviés, dont Donald Trump. Mais dans l’avion Air Force One qui le mène vers la France, le Président américain est furieux. Quelques jours plus tôt, son homologue français Emmanuel Macron a lors d’un entretien matinal sur une radio périphérique évoqué l’idée d’une armée européenne pour protéger le Vieux Continent "de la Chine, de la Russie et même des Etats-Unis d’Amérique" dans le domaine du cyberespace. La réponse cinglante de Trump arrive via le réseau social Twitter : "Emmanuel Macron propose de construire sa propre armée pour protéger l’Europe… Très insultant ! L’Europe devrait commencer par payer son juste tribut à l’OTAN, très largement financé par les Etats-Unis."

Le discours américain est paradoxal. D’un côté, Washington reproche aux Européens de ne pas être capables d’assurer eux-mêmes leur défense stratégique et d’être dépendants dans ce domaine des Etats-Unis. De l’autre, quand un dirigeant européen évoque une émancipation, Trump lui tape sur les doigts. "Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe est dépendante des Etats-Unis pour sa défense. Et Trump n’a de cesse d’expliquer que cela coûte cher à son pays, aux contribuables américains", commente la chercheuse Alice Pannier. Mais quand des dirigeants européens parlent d’indépendance stratégique, alors l’administration Trump considère que c’est un coup bas contre les Etats-Unis, et une tentative de fragiliser la toute-puissance américaine. Or la France, l’Allemagne, c’est vrai, veulent une affirmation européenne. Notamment en ce qui concerne les questions de sécurité et les questions stratégiques. Mais cette affirmation ne se construit pas contre les Etats-Unis." Quant à Donald Trump, il continue de bousculer régulièrement ses alliés de l’OTAN, semblant parfois même remettre en cause l’utilité et le financement de l’organisation, qui fête cette année son 70e anniversaire… à Washington. Avec une idée en tête : le partage du « fardeau ». Et dans ce dossier-là, c’est souvent l’Allemagne qui est la cible des reproches et des attaques du Président américain.

"Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les américains ont considéré que l’Europe avait besoin d’eux pour ses défendre. Et Trump n’a de cesse d’expliquer que cela coute cher", commente la chercheuse Alice Pannier.
"Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les américains ont considéré que l’Europe avait besoin d’eux pour ses défendre. Et Trump n’a de cesse d’expliquer que cela coute cher", commente la chercheuse Alice Pannier.
© AFP - Don Emmert

Entre les Etats-Unis et l'Europe, le dialogue se poursuit, mais parfois différemment 

Pour autant, le dialogue entre l’Union européenne et les Etats-Unis n’est pas rompu. "Sous Obama déjà, il y avait des désaccords, conclut Alice Pannier. Mais incontestablement, la relation était plus douce qu’aujourd’hui. On ne voyait pas à l’époque d’attaques aussi directes de part et d’autres, ou de critiques aussi virulentes. Il y a eu des succès communs, comme en 2015 l’accord sur le nucléaire iranien__. Une telle négociation coordonnée paraîtrait impossible aujourd’hui. Mais le désintérêt des Américains pour le Vieux Continent ne date pas de Trump. Déjà sous l’administration précédente on notait ce désengagement américain…" 

La relation américano-européenne survivra-t-elle alors aux années Trump ? "Elle est suffisamment robuste et profonde pour résister" remarque l’ancien ambassadeur O’Sullivan. Et au quotidien, les Américains continuent de dialoguer avec les Européens, par d’autres voies : les think tanks ici à Washington, les membres du Congrès, les grandes villes américaines échangent encore et toujours avec l’Europe. Et à Paris, Bruxelles ou Berlin, on regardera de près évidemment le résultat de la présidentielle américaine de novembre 2020. Pour voir si Trump reste au pouvoir quatre ans de plus, ou bien si un(e) démocrate certainement plus europhile arrive à la Maison-Blanche.

Le Kremlin aime l'Europe... si elle ne lui fait pas d'ombre

Vue du Kremlin, l'Union européenne est appréciée surtout si elle ne nuit pas à la stratégie d'influence sans cesse grandissante de la Russie à travers les continents. Une fois ce principe posé, tout est affaire d'équilibres et d'influences, qu'ils s'activent à visage découvert et de façon multilatérale, ou sous-couvert de leviers cachés et de manière bilatérale.

Une Europe affaiblie fait-elle le jeu de Vladimir Poutine ? La proximité entretenue par le Président russe avec les pays où le populisme prospère, tels que l'Autriche ou l'Italie, incite à répondre par l'affirmative. Mais le jeu se complique pour Moscou dès lors qu'elle doit considérer la puissance économique des grands pays européens. 

Vladimir Poutine et Emmanuel Macron échangent dans la galerie des batailles du château de Versailles en 2017
Vladimir Poutine et Emmanuel Macron échangent dans la galerie des batailles du château de Versailles en 2017
© AFP - Stéphane de Sakutin

Sans les technologies et les financements de Total, Gazprom ne pourrait développer aussi efficacement certains de ses grands projets en Russie et au-delà. Premier employeur en Russie, les entreprises françaises pèsent encore sur l'économie du pays, même si la concurrence asiatique va grandissante. 

L'ensemble de ces données, autant que les sanctions européennes, sont intégrées dans la grille de lecture européenne du Kremlin. Mais le pouvoir poutinien n'a de cesse de jouer sur deux tableaux simultanément. Agir par exemple en actionnant vers l'Ouest les outils de son soft-power, notamment par médias interposés. A ce titre, la couverture de la crise des "gilets jaunes" par les grandes chaînes russes, a très vite tourné au catastrophisme, essentiellement à usage interne. Le message était clair : la contestation entraîne le chaos, dont nous ne voulons pas.

La société russe, elle, voit surtout l'Europe comme une destination culturelle et autant de lieux de loisirs. Mais en considérant que moins de 10 % des Russes ont les moyens de voyager, l'influence politique de l'Europe sur la Russie s'exerce essentiellement sur les jeunes des grandes villes, et surtout à travers les réseaux sociaux. Un vecteur d'accès à l'information et des lieux d'échanges que le Kremlin a placé dans son viseur. Le mois dernier, deux lois restrictives sont entrées en application, officiellement destinées à lutter contre les fake-news qui viennent forcément de l'étranger...

 la couverture de la crise des " gilets jaunes " par les grandes chaines russes, a très vite tourné au catastrophisme, essentiellement à usage interne
la couverture de la crise des " gilets jaunes " par les grandes chaines russes, a très vite tourné au catastrophisme, essentiellement à usage interne
© AFP - Mladen Antonov

Pour la Chine, l'Union européenne a peur

Quelques jours après une tournée tous azimuts du président chinois Xi Jinping en Italie, à Monaco et en France qui s’est conclue par une réunion à quatre à l’Élysée (Emmanuel Macron, Angela Merkel, Jean-Claude Juncker, Xi Jinping), c’est au tour du Premier ministre chinois Li Keqiang de se rendre en Europe pour participer au sommet UE-Chine à Bruxelles le 9 Avril prochain. En toile de fond de ce sommet important, un document concret intitulé "La Chine, un rival systémique" publié par la commission européenne présente en dix mesures la nouvelle stratégie face à la Chine. Les experts chinois relèvent un changement de ton des Européens avec lesquels le régime communiste de Pékin va devoir composer pour continuer à avancer ses pions. 

A l’Université du Peuple, dans le nord-ouest de Pékin, un centre d’ études est dédié  à l’Union Européenne. C’est le professeur Wang Yiwei, qui le dirige. Le Dr Wang observe un changement de ton récent de l’Europe qu’il juge "de plus en plus angoissée par la montée en puissance et le développement de la Chine". 

Renforcée par l’attitude de Donald Trump qui a engagé une guerre commerciale et géostratégique avec la Chine, l’Europe est entrée dans une nouvelle phase de sa relation avec la Chine, devenue "un rival systémique" selon le document présenté le 12 mars par la Commission européenne. 

Jean-Claude Juncker, Xi Jinping, Emmanuel Macron et Angela Merkel à Paris le 26 mars 2019
Jean-Claude Juncker, Xi Jinping, Emmanuel Macron et Angela Merkel à Paris le 26 mars 2019
© AFP - Thibault Camus

Pour le professeur Wang, la terminologie employée est une nouveauté qui reflète "l’inquiétude de l’Europe face à la Chine notamment dans le développement des hautes technologies"__. Dans le document européen, la 2ème puissance mondiale est désignée à la fois comme un "partenaire stratégique », mais aussi comme un » concurrent économique ». 

Ce constat  est fait depuis longtemps dans les milieux économiques  occidentaux en Chine, la Chambre de Commerce Européenne a publié plusieurs rapports ces dernières années pour dénoncer les pratiques commerciales chinoises alors que l’Europe accusait en 2017 un déficit commercial de 177,7 milliards d’euros en Chine. Au même titre que leurs collègues américains, les représentants de la chambre européenne à Pékin dénoncent les  vols de brevets et les transferts de technologies obligatoires pour les entreprises étrangères en échange d’un accès au marché chinois qui s’ouvre lentement.

Le gros dossier de la 5G chinoise

L’un des sujets sensibles pour la Chine est la 5 G développée par  l’équipementier des télécoms, le chinois Huawei qui est pour le moment le leader mondial incontestable de la future technologie des objets connectés. La Chine est engagée dans une course contre la montre pour garder son avance, "personne ne peut empêcher un pays de se développer" ne cessent de marteler les responsables chinois.  Lors de sa tournée européenne, le président chinois a voulu montrer que la principauté s’était équipée de la 5 G chinoise. Les Chinois entendent convaincre les européens que la 5 G ne présente pas de dangers sur le plan de la sécurité comme l’ont avancé les États-Unis qui ont exclu la 5 G chinoise de leur territoire.  

Huawei est le leader mondial de la 5G et de la technologie des objets connectés .
Huawei est le leader mondial de la 5G et de la technologie des objets connectés .
© AFP - JOHN MACDOUGALL

Quelle sera l’attitude de l’Europe ? Le professeur Ding Yuan, vice président de CEIBS, prestigieuse école de commerce à Shanghai voit Huawei comme "le symbole à abattre dans la compétition mondiale", mais il relève aussi des erreurs dans la stratégie du géant chinois des télécoms qui "devrait supprimer de son vocabulaire ses expressions guerrières" et se montrer "plus transparent, eux aussi ont leur copie à revoir". La 5 G sera l’un des dossiers du prochain Sommet  UE-Chine à Bruxelles, la Commission  se prononce pour une coordination des décisions pour des raisons de sécurité.   

Les routes de la Soie de Xi Jinping 

D'après Pékin, la signature de l’Italie, premier pays du G7 à rejoindre les Routes de la Soie, est un point marqué en Europe par le président chinois dans le développement de son  programme phare. Mais l’adhésion de l’Italie a encore accentué l’inquiétude de l’Union européenne relève Philippe Le Corre, spécialiste de la Chine, chercheur à la Kennedy School à Harvard, qui s’interroge sur les ambitions chinoises en Europe : "Que veut faire la Chine en Europe du Sud ? Un grand nombre de ports sont contrôlés par la Chine en Méditerranée, on voudrait comprendre la stratégie maritime de la Chine, le voyage en Italie de Xi Jinping participe de cette démarche". 

© Visactu

La stratégie chinoise 

La  Chine qui souffre de la guerre économique qui l’oppose aux États-Unis, a besoin d’une relation stable avec l’Union européenne, deuxième débouché de ses exportations après l’Amérique du Nord. Les relations avec les États-Unis sont mauvaises, "il y aura un accord commercial mais il ne durera pas, car le sujet est géopolitique" souligne à Shanghai le professeur Ding Yuan. 

Le discours des responsables chinois est donc de rassurer l’Europe, comme l’a fait Xi Jinping alors qu’il se trouvait à la même tribune qu’Emmanuel Macron, Angela Merkel et Jean-Claude Juncker à Paris.  

Le drapeau chinois flotte sur Paris à l'occasion de la visite du président Xi Jinping en France
Le drapeau chinois flotte sur Paris à l'occasion de la visite du président Xi Jinping en France
© AFP - Ludovic Marin

"Les relations entre la Chine et L’Europe d’aujourd’hui sont surtout marquées par la coopération. Certes, il y a des points de désaccords et aussi de la compétition. Mais c’est de la compétition positive ! Nous sommes en train d’avancer ensemble__, il ne faut pas avoir de l’inquiétude en arrière -pensée"  a affirmé le Président chinois Xi Jinping. 

L’appel à surmonter "la méfiance" lancé par Xi Jinping apparaît comme une réponse habile au "réveil européen" prôné par Emmanuel Macron qui voudrait créer un front uni face au rêve chinois de Xi Jinping.  

Nul doute qu’à Pékin on réfléchit en ce moment à la stratégie à adopter face à ce durcissement de ton des leaders européens avec lesquels la Chine doit composer ce qui est nouveau. La brèche ouverte par Donald Trump est une opportunité pour les européens de rééquilibrer avec plus de fermeté leur relation avec la Chine y compris sur les droits de l’Homme.