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Xavier Niel et la pédagogie du peer to peer

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Xavier Niel, le célèbre patron de Free, a une réponse à la crise du système d’enseignement français : une pédagogie s’inspirant des pratiques numériques. Dont acte, il a créé une école pour former des développeurs web, école qu’il finance entièrement et qui obéit à quelques principes de base : l’école est gratuite et elle recrute des gens qui ont entre 18 et 30 ans, sans condition de diplôme, ni même de connaissance en informatique. Mais elle sélectionne à l’entrée. D’abord par un test en ligne qui dure 8h (genre test de QI) à l’issue duquel les candidats restant devront s’immerger pendant un 1 mois, 7 jours sur 7, 15h par jour, dans les locaux de l’école pour une épreuve du nom de « La Piscine ».

L’école vient d’ouvrir ces portes. La première promotion a été sélectionnée cet été, miracle du web, une jeune blogueuse du nom de Laurène Castor, qui s’intéresse aux questions d’éducation, s’est inscrite, a passé les épreuves et en fait un long récit sur son blog.

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Cette lecture est une expérience… troublante.

D’abord, ce qu’elle raconte du cadre de l’épreuve. 800 personnes, essentiellement des jeunes garçons, regroupés pendant 1 mois dans 3 immenses salles face à des écrans pendant 15 heures par jour minimum, 800 personnes dont beaucoup dorment dans le sous-sol aménagé (où les néons restent allumés), qui subissent des examens variés mais stressants, qui ont avec les cadres de l’école une relation qui oscille entre le jeu, l’indifférence et l’empathie soudaine, 800 personnes qui sont à la fois concurrentes (jusqu’à la dénonciation) mais qui peuvent aussi se montrer très solidaires. 800 personnes qui apprennent à se connaître, mais aussi pleurent, craquent, et abandonnent souvent … on a l’impression de voir là une sorte de mélange entre deux ans de classes préparatoires en hyper condensé, une caricature de la culture geek (pour le côté immersion dans l’écran) et une émission de télé-réalité (pour le côté conditions extrêmes). Malgré l’enthousiasme de la blogueuse, ça me glace.

Sur le fond de l’épreuve maintenant. C’est plus intéressant. Laurène Castor le dit très bien. Elle a été sélectionnée pour cette épreuve de la Piscine alors qu’elle ne sait pas coder ou à peu près, ce qui est étrange pour une école qui chercher à former des programmeurs. Et évidemment, dès le premier jour, les candidats sont plongés dans le code. Elle panique. Au premier test, corrigé par la « moulinette » (un système de correction automatique qui s’arrête de corriger à la première erreur), elle a 0. Mais cette correction automatique est complétée par une évaluation entre pair, évaluation entre pair qui fera elle-même l’objet d’une évaluation par la machine et par les autres noteurs, dans une sorte de mouvement d’aller-retour propre à la logique informatique et la culture pair-à-pair. Et les candidats finissent par comprendre que tout cela importe beaucoup plus que les notes.

Et c’est cet aspect que Loraine Castor ne cesse de mettre en avant : l’extension de la culture pair-à-pair à l’enseignement. La logique pair-à-pair (ou logique peer-to-peer), c’est un des éléments fondamentaux de la culture du web, celle qui fait qu’on s’échange des fichiers à distance et sans se connaître (parfois illégalement, mais c’est un détail), celle qui a créé Wikipédia et autres outils et logiciels écrits de manière collaborative, que nous utilisons tous couramment car ils fonctionnent très bien.

Les questions qui viennent immédiatement : cette culture fait-elle pédagogie ? Est-elle extensible à d’autres apprentissages que celui du développement informatique ? Faut-il rejeter l’expérience pour cause de folklore geek ? Le Ministère de l’Enseignement supérieur n’a pas agréé l’école de Xavier Niel, c’est une première réponse.

Ce qui nous arrive

14 min