L'écrivain algérien Yasmina Khadra
L'écrivain algérien Yasmina Khadra

Yasmina Khadra : une fresque orientale

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Yasmina Khadra, une fresque orientale

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De Kaboul à Bagdad, Yasmina Khadra raconte comme personne les contradictions d'un monde arabe déchiré entre rêves d'émancipation et dérives autoritaires.

Derrière ce pseudo féminin “Yasmina Khadra”, se cache un ancien militaire de l’armée algérienne, devenu l’un des écrivains arabes les plus prolifiques, avec une quarantaine de livres publiés dans plus de 60 pays…

Mohammed Moulessehoul naît en Algérie en 1955. Son père est officier dans l’Armée de libération nationale, durant la guerre d’Algérie.

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À 9 ans, il est séparé de sa famille et envoyé dans une école militaire avec une “atmosphère carcérale”. Haut gradé, durant les années 1990, il lutte contre les groupes islamistes durant la décennie noire.

S’il raconte avoir accompli son devoir militaire envers “sa seconde famille” sans faillir, Mohammed nourrit secrètement une ambition littéraire, comme une échappatoire à la violence de l’armée.

Il publie plusieurs polars, en son nom, mais l'état-major voit d’un mauvais œil la présence d’un écrivain dans ses rangs et commence à le surveiller de près.

Un pseudonyme féminin pour échapper à la censure

Pour échapper au comité de censure, l’écrivain adopte le pseudo Yasmina Khadra en hommage aux prénoms de sa femme. Ces textes, écrits en français, connaissent déjà un certain succès en France.

En septembre 2011, il raconte sur France 2 son rapport à la langue française : "C’est la plus belle langue du monde après l’arabe. L’arabe, c’est la langue de la poésie et le français c’est la langue du roman, c’est une langue qui sait tout dire jusqu’à l’indicible, qui sait tout traduire. On découvre une certaine musicalité qu’on ne trouve pas dans les autres langues."

Ses premiers romans racontent les déchirures d’une société algérienne post-coloniale entre rêves d’émancipation, dérives autoritaires et corruption.

Il affirme avec une fierté teintée de lucidité que "les hommes les plus libres de par le verbe et de par la protestation dans le monde, ce sont les Algériens, mais ils ne sont pas écoutés… Alors à quoi ça sert de faire du bruit quand il y a un dialogue de sourd ?"

En 2001, il révèle son identité, quitte l’armée et s’installe en France. L’auteur algérien renvoie dos à dos les impérialismes étrangers sur le monde arabe et la radicalisation islamiste, sans complaisance, ni manichéisme.

"L'obscurantiste pour moi, c’est quelqu’un qui refuse de voir les choses telles qu’elles sont et qui essaye de leur imposer sa propre vision. Je crois qu’aujourd’hui, le vrai débat se situe à un autre niveau, c’est à nous, écrivains musulmans, d’imposer une nouvelle ouverture sur l’Occident et sur les autres."

Les Nuits de France Culture
37 min

De la chute de Kadhafi au 13 novembre 2015

Khadra traite de tous les périls que traverse le monde arabe. Il dénonce les bavures de l’armée américaine sur les civils irakiens dans Les Sirènes de Bagdad, il traite du conflit israélo-palestinien avec L’Attentat et raconte les printemps arabes du point de vue de Kadhafi, dans La Dernière nuit du Raïs.

Il raconte au sujet de cette expérience littéraire : "C’est un dictateur qui se situe aux antipodes de ce que je suis, on n’a absolument rien à voir ensemble. Mais ça a été très physique, il y avait même des rencontres avec Kadhafi dans l’imaginaire, il venait quelques fois dans mon sommeil protester contre telle ou telle formule ou tournure de phrase, telle citation, tel accès de colère… et on se battait."

L’écrivain aime les portraits tourmentés, ambigus, voire monstrueux. Il réécrit même les attentats du 13 novembre 2015 du point de vue d’un terroriste qui refuse de passer à l’acte au dernier moment.

"Vous savez comment je définis la littérature ? C’est la domestication du délire. Si on arrive à être maître d’un délire, si on arrive à rester lucide dans un délire, c’est que quelque part on est un vrai romancier, alors j’essaye de voir si je suis un vrai romancier ou pas…"

Son œuvre prolifique séduit aussi le cinéma. Quatre de ses romans ont été adaptés en film.

En près de 40 ans de carrière littéraire, l’écrivain a bâti une fresque foisonnante pour tenter de comprendre les malentendus entre Orient et Occident, avec une volonté constante d’ouvrir le dialogue et de réconcilier les esprits.

Les Nuits de France Culture
33 min