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Yémen, la sale guerre s’éternise

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Des combattants yéménites fidèles au président yéménite soutenu par l'Arabie saoudite posent pour une photo en train de lever leurs mitrailleuses le 15 avril 2017.
Des combattants yéménites fidèles au président yéménite soutenu par l'Arabie saoudite posent pour une photo en train de lever leurs mitrailleuses le 15 avril 2017.
© AFP - Saleh Al-Obeidi

La face cachée du globe. Depuis cinq ans et neuf mois, la guerre au Yémen a fait 233 000 victimes, selon l'ONU, 5 millions de Yéménites ont été déplacés et les ¾ des 30 millions d’habitants mis au bord de la famine. Le conflit s’éternise entre la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et les rebelles chiites Houthis.

 C'est un conflit qui s'est internationalisé depuis 2015 et aurait directement coûté la vie à plus de 100 000 personnes. L'ONU considère aussi que la guerre au Yémen a entraîné la pire crise humanitaire actuelle dans le monde.

Le royaume saoudien, un des acteurs du conflit, a acheté à la France pour près d’1 milliard 400 millions d’euros de matériel de guerre, et des armes françaises ont été trouvées au Yémen. Une dizaine d’ONG françaises, internationales et yéménites, dont Amnesty International, Oxfam, la FIDH, Médecins du Monde, viennent donc de lancer un appel pour "mettre fin à l’opacité française sur les ventes d’armes et instaurer un véritable contrôle du Parlement, à l’occasion de la publication du rapport de la mission d’information sur le contrôle des exportations d’armement le 18 novembre 2020". Pour que "la France respecte ses engagements internationaux relatifs au Traité sur le commerce des armes (TCA) et à la position commune 2008/944/PESC de l’Union européenne", alors que "depuis 2016, douze pays européens dont l’Allemagne, la Belgique, l’Italie et le Royaume-Uni ont annoncé des mesures visant à suspendre ou à limiter les ventes d’armes à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis".

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Sadek Alsaar a quitté son poste de diplomate à l’Ambassade du Yémen en France pour créer Salam for Yemen, la Paix pour le Yémen, qui a signé l'appel, rejoignant cette coalition d'ONG contre les ventes d’armes à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis. Avec des pétitions qui "ont réuni plus de 250 000 signatures demandant au président Emmanuel Macron de cesser d’alimenter le conflit yéménite en exportant des armes françaises".

Pourquoi êtes-vous passé de diplomate, conseiller général à l’Ambassade du Yémen en France, à un militant pour la paix au Yémen et contre l’exportation de matériel militaire à Riyad ?

La situation était tellement catastrophique au Yémen, mon pays d’origine, que nous avons été obligés de créer une association qui a rejoint toutes les ONG françaises, internationales et yéménites pour plaidoyer et raconter ce qui se passe sur place. On parle de la guerre et très peu du blocus qui est très dur, voire criminel. Cela veut dire qu’au départ il y avait un blocus contre l’armement pour toute la région, Yémen compris. Mais l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, avec l’appui des grandes puissances comme le Royaume-Uni, les États-Unis et la France parce qu’ils ont des intérêts à leur vendre des armes, ont fermé les yeux sur ce blocus. Or ce blocus est total, maritime, aérien et terrestre et il complique la vie des Yéménites qui dépendent à 90% des importations alimentaires et médicales.

Une sale guerre avec des armes françaises

Des armes françaises exportées à l’Arabie Saoudite ont été trouvées au Yémen ?

Un document des renseignements militaires divulgué par le média d’investigation Disclose a démontré que des armements français se retrouvent au Yémen et sont susceptibles d’être utilisés contre les civils. Le document indique que des canons César sont à la frontière avec l’Arabie saoudite et notamment à Najhal qui ciblent des civils. 

Des gens tiennent une banderole sur laquelle on peut lire "Arrêtez la vente d'armes illégales" lors d'une manifestation de plusieurs associations humanitaires dont "Amnesty International", le 6 février 2020 au port de Cherbourg.
Des gens tiennent une banderole sur laquelle on peut lire "Arrêtez la vente d'armes illégales" lors d'une manifestation de plusieurs associations humanitaires dont "Amnesty International", le 6 février 2020 au port de Cherbourg.
© AFP - Lou Benoist

Et plus grave que cela, il y a des bateaux de guerre qui ont été vendus à l’Arabie saoudite mais à défaut de pouvoir les utiliser, c’est la marine française, apparemment qui participe au blocus meurtrier contre les Yéménites. Il y a aussi le Rafale et du matériel technologique. C’est grâce à la mobilisation des ONG et des opinions publiques que les informations ont fini par sortir.  

Qui fournit des armes aux Houthis ? 

Des hommes armés yéménites fidèles au mouvement houthi brandissent leurs armes lors d'un rassemblement dans la capitale Sanaa. Le 7 juillet 2020.
Des hommes armés yéménites fidèles au mouvement houthi brandissent leurs armes lors d'un rassemblement dans la capitale Sanaa. Le 7 juillet 2020.
© AFP - Mohammed Huwais

On soupçonne les Iraniens. Mais on ne voit pas comment ces armes peuvent entrer alors qu’il y a un embargo terrible. Les Houthis se sont constitués en un mouvement paramilitaire qui est devenu militaire et politique. Ils étaient peu nombreux mais maintenant, suite à l’attaque de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, ils ont réussi à mobiliser beaucoup de gens autour d’eux, apparaissant comme les défenseurs de la patrie yéménite. 

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Crise humanitaire : choléra, famine

En près de six ans de guerre, la situation humanitaire s’est vraiment beaucoup détériorée ?

Le Secrétaire général des Nations unies António Guterres a lancé un appel il y a quatre jours pour dire que nous sommes face à la pire famine depuis des décennies. L'ONU va débloquer 30 millions de dollars mais c’est vraiment peu car 24 millions de Yéménites ont besoin d’aide alimentaire, 14 millions sont en nécessité d’urgence. Et on parle aujourd’hui d’un million d’enfants qui souffrent de malnutrition aiguë.

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Dans cette photo d'archive prise le 23 septembre 2020, la Yéménite déplacée Samar Ali Ahmed, 8 ans pesant neuf kilos et demi souffrant de malnutrition aiguë, est portée par son père dans le gouvernorat de Hajjah, dans le nord du Yémen.
Dans cette photo d'archive prise le 23 septembre 2020, la Yéménite déplacée Samar Ali Ahmed, 8 ans pesant neuf kilos et demi souffrant de malnutrition aiguë, est portée par son père dans le gouvernorat de Hajjah, dans le nord du Yémen.
© AFP - Essa Ahmed

Aujourd’hui, les combats continuent-ils ? 

Les combats sont toujours d’actualité, que ce soit à Taëz, à Saada, il y a des bombardements aériens sporadiques. Il y aussi Aden qui n’est jamais calme et sur la côte, notamment vers Hodeïda, le port qui se trouve sur la Mer Rouge.

Comment se débrouille la population ? 

Très difficilement. On a parlé de l’embargo mais pire que cela, il y a aussi la banque qui ne fonctionne plus, la Banque Centrale. Les salaires des fonctionnaires ne sont plus versés depuis trois ans. Toutes les infrastructures ont été détruites, même les hôpitaux ont été bombardés. Toutes les infrastructures, plus l’industrie, il n’y a plus rien. On est face à une misère jamais vue, jamais vue. Suite à cela, il faut ajouter qu’on a eu beaucoup d’épidémies, notamment le choléra, vous imaginez, il est revenu et puis aussi la dengue. Tous les malheurs se sont abattus sur le Yémen parce que le système de santé a été détruit à 75%.   

Personnellement, j’ai ma mère qui souffre d’hypertension mais on ne trouve plus de médicaments. Je lui envoyais des colis mais maintenant ce n’est plus possible, depuis le Covid. J’ai aussi perdu cinq amis proches et mon frère récemment à cause de l’embargo. 

Vous ne pouvez plus vous rendre au Yémen ? 

C’est extrêmement difficile d’y aller parce qu’il faut passer par Le Caire et attendre une semaine voire deux pour trouver une place dans un avion qui décolle ou pas selon les humeurs de la coalition saoudienne.

Il y a deux gouvernements au Yémen, celui des Houthis qui se trouve à Sanaa, et celui qu’on appelle le gouvernement reconnu qui se trouve à Riyad mais l’un comme l’autre, les deux ne font rien pour le peuple yéménite.

Un conflit délaissé

Les États-Unis envisagent de mettre les Houthis sur leur liste noire des terroristes, qu’est-ce que cela changerait ?  

Cela ne va rien changer si ce n’est que cela va compliquer le travail de nos collègues des ONG humanitaires sur le terrain car ils vont se retrouver face à qui ? A mon avis, ce n’est pas la piste la plus urgente à suivre. Il faut plutôt vraiment forcer tous les belligérants à se retrouver autour d’une table de négociations et il faut arrêter d’alimenter cette guerre par l’exportation des armements. 

Justement, où en sont les pourparlers ?  

Avant son élection, Joe Biden promettait de faire pression sur l’Arabie saoudite et de cesser les exportations d’armes. Suite à cela, il y a eu des rumeurs selon lesquelles l’Arabie saoudite et les Houthis allaient négocier en secret. Mais on n’en sait pas plus. 

Officiellement, depuis Stockholm, le processus de dialogue est au point mort. C’est pour cela que nous, les ONG, nous essayons de nous concerter sur place et ici pour d’abord venir en aide à la population puis pour approcher les belligérants et les ramener à la table des discussions. Nous faisons pression également sur les gouvernements, notamment sur la France, pour qu’ils cessent d’envoyer des armes à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis. S’il n’y a plus d’ingérence extérieure, le peuple yéménite peut se retrouver autour de la table des négociations.

Avant cette intervention extérieure en 2015, le Yémen connaissait déjà une forme de guerre suite au printemps arabe ?

Le Yémen est le seul pays après la Tunisie où finalement le printemps arabe a marché. Le Président Saleh a dû quitter le pouvoir sous la pression du peuple. Ensuite, il y a eu une conférence nationale de dialogue qui était à deux doigts de réussir et de trouver une issue à cette crise pour faire participer tous les acteurs politiques de la société. Un président a été élu pour deux ans et le parlement fonctionnait. Mais malheureusement, comme l’a dit l’envoyé spécial des Nations unies, à la veille de la signature de cet accord, l’Arabie saoudite a attaqué.

Ailleurs dans le monde

Iran : pas d'évolution sur le sort de Fariba Adelkhah

L'universitaire franco-iranienne Fariba Adelkhah, arrêtée en Iran le 5 juin 2009, est toujours assignée à résidence avec l'obligation de porter un bracelet électronique 24h/24. Elle est soumise à un contrôle administratif quotidien et interdite de sortie à plus de 300 mètres de son domicile. Deux de ses collègues dans la même situation voient leur sort évoluer. L'un vers le pire, Ahmadreza Djalali, citoyen irano-suédois professeur et médecin condamné à mort, risque d’être exécuté prochainement si les gouvernements européens n'interviennent pas immédiatement. En revanche, Kylie Moore-Gilbert a été libérée en échange de 3 Iraniens détenus en Thaïlande. 

La Pologne condamnée par le Parlement européen

 Des manifestants contre l'interdiction polonaise de l'avortement à Museumplein à Amsterdam, Pays-Bas, le 15 novembre 2020.
Des manifestants contre l'interdiction polonaise de l'avortement à Museumplein à Amsterdam, Pays-Bas, le 15 novembre 2020.
© AFP - Oscar Brak

Le Parlement européen réuni en séance plénière a condamné la Pologne et a estimé que l’interdiction de facto de l’avortement menaçait la vie des femmes. Les députés ont rappelé l’obligation légale de l’Union européenne de faire respecter les droits sexuels et reproductifs des femmes qui sont des droits fondamentaux.

Argentine, vers la légalisation de l'avortement

 Buenos Aires - -La maree verte- est revenue dans les rues de Buenos Aires pour exiger l'adoption du projet de legalisation de l'avortement / 04/11/2020
Buenos Aires - -La maree verte- est revenue dans les rues de Buenos Aires pour exiger l'adoption du projet de legalisation de l'avortement / 04/11/2020
© Maxppp - Alejo Manuel Avila

En Argentine, le projet de légalisation de l’avortement est en passe d’être voté par le Parlement comme l’avait promis le Président Alberto Fernandez pendant sa campagne électorale de 2019. Mais le texte devra ensuite passer devant le Sénat, vraisemblablement au début de l’année 2021. Les sénateurs avaient déjà en 2018 retoqué le texte des députés qui autorisait l’IVG jusqu’à la 14e semaine. Les chiffres du ministère de la Santé argentin sont là pour prouver que l’interdiction de l’IVG ne sert à rien. Chaque année, entre 370 000 et 520 000 avortements clandestins se déroulent en Argentine. 100 femmes meurent et 80 000 femmes connaissent de graves problèmes de santé. 

La Grande table idées
34 min

Avec la collaboration de Caroline Bennetot