Yılmaz Güney en France après sa fuite de Turquie
Yılmaz Güney en France après sa fuite de Turquie

Yılmaz Güney, une voix pour les Kurdes

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Yılmaz Güney, une voix pour les Kurdes

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Yılmaz Güney est le premier réalisateur à montrer la condition kurde à l'écran. Sa vie est à l'image de l'histoire des Kurdes entre exil, clandestinité et oppression. Découvrez le parcours incroyable de ce réalisateur qui remporta la Palme d'or à Cannes avec un film qu'il a dirigé depuis la prison.

Il fut le premier à faire entendre la voix des Kurdes à travers le monde. Yılmaz Güney fut réalisateur, écrivain militant. Par sa vie de résistance, de clandestinité, d’exil, il incarne l’histoire du peuple kurde.

Yılmaz Güney naît en 1937 en Turquie, dans une famille de paysans kurdes. Très tôt, il s’intéresse au cinéma, devient montreur de films et parcourt les camps de nomades avec un projecteur de fortune. À cette époque, les revendications nationalistes kurdes sont ignorées par le gouvernement turc.

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Les insurrections successives dans le Kurdistan sont réprimées dans le sang. La langue kurde est formellement interdite dans l’espace public.

Dans les années 1960, Yılmaz Güney perce dans le cinéma en tant qu’acteur, c’est notamment en incarnant des rôles de paysans et d’hommes du peuple, victimes d’injustice qu’il devient très populaire.

Au fil du temps, il développe une conscience politique de gauche, pour la défense du prolétariat et des Kurdes. Il écrit d'ailleurs plusieurs essais qui lui valent de la prison pour “propagande communiste”.

À sa sortie, il commence à réaliser lui-même des films dès 1966. Dans un style néo-réaliste, il montre la Turquie rurale, les paysans, les travailleurs exploités. Ses personnages sont souvent déracinés, pourchassés, opprimés par le pouvoir turc. Pour la première fois, les montagnes du Kurdistan, leurs habitants et leurs chants sont montrés au cinéma.

Mais son cinéma subversif dérange les autorités turques. Il est accusé du meurtre d’un juge lors d’une bagarre et de nouveau envoyé en prison, même si sa culpabilité n’a jamais pu être prouvée. De sa cellule il continue d’écrire des romans et des scénarios. Il dirige même la réalisation de plusieurs films en transmettant à un ami les indications de tournage, plan par plan. 

En 1978, il réalise ainsi Le Troupeau, une histoire de familles rivales de bergers kurdes. Plus tard, il dira de ce film : “Le Troupeau, c’est l’histoire du peuple kurde, mais je n’ai même pas pu utiliser la langue kurde dans ce film. Si on avait utilisé le kurde, tous ceux qui ont collaboré à ce film auraient été mis en prison.”

Il s’attaque ensuite à ce qui sera son chef-d'œuvre, Yol, la permission, une histoire de détenus en permission qui se heurtent à la brutalité de la vie hors de la prison. Le film dénonce l'archaïsme conservateur et la condition des femmes au sein de la société turque et montre aussi un village kurde durement réprimé par l’armée.

Yılmaz Özdil, spécialiste du cinéma kurde : “Yılmaz Güney ne montre pas seulement les Kurdes victimes. Les personnages de Yılmaz Güney sont aussi capables de se révolter, de fuir la prison, de se révolter contre les grands patrons. Il montre aussi à travers des histoires très personnelles, très réduites, la résistance politique kurde.”

Yılmaz Güney profite lui-même d’une courte permission pour fuir la Turquie en passant la frontière, caché dans le coffre d’une voiture. Il termine à la hâte le montage de son film en France pour le présenter au festival de Cannes en 1982. Yol, la permission remporte la Palme d’or et donne un retentissement international à la situation des Kurdes.

Comme beaucoup de Kurdes, Yılmaz Güney vit en exil en France, bien loin de chez lui. Condamné à 100 ans de prison en Turquie, il est déchu de sa nationalité turque en 1983. Le simple fait de prononcer son nom y est sévèrement puni et toutes ses œuvres sont interdites. Ses films vont pourtant se diffuser dans le monde grâce à la diaspora kurde. 

Yılmaz Güney meurt en 1984 d’un cancer, à 47 ans. Lors de son enterrement au Père Lachaise, des dizaines d’exilés kurdes lui rendent hommage.

Yılmaz Özdil : “Yılmaz Güney lui-même est devenu une figure de résistance, une figure de “l’autre”. Cet “autre”, ce ne sont pas seulement les Kurdes, cet “autre”, ce sont aussi les Turcs rejetés, la classe ouvrière turque, les Arméniens, les Juifs, tout autre minorité vivant en Turquie.”