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Youna Marette : "Demain, un monde à créer"

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"Soyons les colibris dans la forêt qui brûle"
"Soyons les colibris dans la forêt qui brûle"
© AFP - Luis Robayo

Coronavirus, une conversation mondiale. Youna Marette est une activiste belge dans la justice sociale et climatique. Selon elle, la crise sanitaire doit nous convaincre de lutter conjointement contre le réchauffement et les inégalités sociales. Les militants doivent travailler ensemble pour que le monde de demain puisse se réinventer.

Face à la pandémie de coronavirus, Le Temps du Débat avait prévu en mars une série d’émissions spéciales « Coronavirus : une conversation mondiale » pour réfléchir aux enjeux de cette épidémie, en convoquant  les savoirs et les créations des intellectuels, artistes et écrivains du monde entier. Cette série a dû prendre fin malheureusement après le premier épisode : « Qu'est-ce-que nous fait l'enfermement ? ». Nous avons donc décidé de continuer cette conversation mondiale en ligne en vous proposant chaque jour sur le site de France Culture le regard inédit d’un intellectuel étranger sur la crise que nous traversons. Depuis le 24 avril, Le Temps du débat est de retour à l'antenne, mais la conversation se poursuit, aussi, ici.

A 17 ans, Youna Marette est devenue l’une des cheffes de file des grèves scolaires pour le climat en Belgique. Répondant à l’appel de “Youth for Climate”, elle a participé aux marches pour le climat et a créé en janvier 2019 la page Facebook "Génération climat" qui appelait les jeunes Belges à se rassembler tous les jeudis devant le Parlement européen.

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Une utopie, par définition, est un concept, un projet qui paraît irréalisable. Mais que faire quand l'irréalisable est la seule manière saine d'infléchir la donne qui nous permettrait d'imaginer un demain ? Que se passe-t-il quand une utopie est celle de millions d’individus à travers le monde ?

12 ans, c'est le compte à rebours qu’avait lancé le Giec dans un de ses derniers rapports avant que les changements infligés à notre planète soient irréversibles. 12 ans, c'est très court dans une vie où tout va si vite, les heures sont salaire, le temps est compté, tic tac sur les cadrans…

À 18 ans, Aznavour se voyait en haut de l’affiche habillé par le plus chic tailleur parisien. À 18 ans, j’aimerais avoir cette même insouciance mais je vois des forêts brûler, les océans monter et des vies partir en fumée. Il y a un poids sur mes épaules, celui de ma survie et de celle des générations à venir. 

L’urgence est là, le feu est à nos portes mais dans un souci de profit nous continuons à produire et à consommer à des rythmes effrénés. On nous parle de développement économique, on entend des projets de croissance, on nous promet une évolution à laquelle nous croyons, mais on nous cache la destruction de tout ce qu’il y a derrière, de tout ce dont nous avons réellement besoin pour vivre. 

%C3%A0%20lire%20aussi : Le%20%22monde%20d'apr%C3%A8s%22%20n'%C3%A9tait-il%20qu'une%20utopie%20%3F

Ironiquement, c’est ces mêmes rêves de “toujours plus, toujours plus grand” qui - pendant ce qui a pu paraître une éternité - nous ont forcé à ralentir, nous arrêter, faire pause et réfléchir. La boucle est bouclée, le monde a cessé de suivre notre rythme endiablé et a calmé le tempo de la danse. 

Que ce soit dans notre cuisine, notre salon ou dans notre jardin pour les plus chanceux, on a tous été amenés à se poser des questions sur notre existence pendant ce confinement, à remettre en question la “normale” qui nous avait été enlevée. Pour certains, il est évident qu’elle est confortable, et ils n’avaient qu’une hâte, la retrouver. Pour d’autres, c’était le moment de remplacer quelques rouages d'un système qui commence à montrer très clairement ses failles. “Ne pas retourner à la normale” devient une nécessité le jour où on se rend compte qu’elle n’est peut-être pas aussi saine et durable qu’imaginé. Et c’est là que le confinement devient intéressant : il a forcé du temps dans nos agendas habituellement si remplis et des réflexions qui peinaient à émerger.

À travers la Belgique, des centaines d’initiatives citoyennes se sont mises en place durant ces quelques semaines, on est sortis de notre bulle et nous sommes aperçus qu’il y avait de la vie en dehors de nos conforts. De plus en plus de personnes posaient le même constat : nous devons nous réinventer de manière plus juste, plus humaine, plus durable. 

Dans un premier temps pour ne pas revivre de crise sanitaire comme nous venons de le faire. Ensuite pour ne pas déclarer d’autres crises qui sont pourtant déjà bien là et dont les nuages ne cessent de s’agrandir. Nous ne voulons peut-être pas le reconnaître parce que le mot “crise” nous fait peur et nous panique mais changer et créer un autre demain est plus nécessaire que jamais. 

Soyons les oiseaux de la tempête qui s’annonce. Soyons les colibris dans la forêt qui brûle. 

Emmanuel Laurentin avec l’équipe du « Temps du débat ».

Retrouvez ici toutes les chroniques de notre série Coronavirus, une conversation mondiale.