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Yves Saint Laurent : 6 tenues qui ont révolutionné la mode féminine

Le couturier Yves Saint Laurent, à Paris, en janvier 1982.
Le couturier Yves Saint Laurent, à Paris, en janvier 1982.
© Getty - John Downing

Yves Saint Laurent est mort il y a dix ans. Sacré plus jeune couturier du monde dès l'âge de 21 ans, lorsqu'il prend la succession de Christian Dior, ses partis pris vestimentaires, sa volonté d'adapter le vêtement masculin au féminin, du caban au smoking pour femme, ont révolutionné la mode.

A sa mort, le 1er juin 2008, il avait fait de sa maison de couture une des plus grandes entreprises de mode au monde. Arrivé chez Dior à l'âge de 19 ans, Yves Saint Laurent montre rapidement l'étendu de son talent. A la mort de Christian Dior, en 1957, alors qu'il est âgé d'à peine 21 ans, il prend sa succession, conformément à la volonté du défunt, qui le surnommait déjà "le dauphin". Yves Saint Laurent devient alors le plus jeune couturier au monde, à la tête d'une maison qui représente la moitié des exports de la haute couture française. Sa carrière va s'avérer prolifique.  

Yves Saint Laurent dessinant des modèles sur un tableau, en novembre 1957. (Photo colorisée)
Yves Saint Laurent dessinant des modèles sur un tableau, en novembre 1957. (Photo colorisée)
© Getty - RDA

A la tête d'un empire, Yves Saint Laurent va n'avoir de cesse de démanteler les carcans de la mode, particulièrement avec la collection "trapèze". Il pioche notamment du côté de la garde-robe masculine pour habiller la femme. Dès 1959, il décrit ainsi la nouvelle collection de Christian Dior, dans l'émission Rendez-vous à cinq heures :

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Ce n'est pas tellement une ligne c'est plutôt un style. C'est surtout un style jeune. [...] Les tailleurs, c'est un retour au classique, mais féminisé par des boutonnières de fleurs ou des écharpes de tweed, c'est surtout un peu masculin, un peu désinvolte et sport.

La nouvelle collection Christian Dior (Rendez vous à cinq heures, 29/01/1959)

4 min

Le couturier annonce d'ores et déjà ce qui va faire son succès : sa volonté d'adapter le vestiaire masculin au corps féminin. Du caban à la combinaison, le jeune homme, en l'espace d'une dizaine d'années, va complètement repenser la mode féminine. 

Le caban au féminin

Croquis de caban et le modèle de la collection haute couture printemps été 1962.
Croquis de caban et le modèle de la collection haute couture printemps été 1962.
- Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent / Musée YSL Guy Marineau

Après avoir fait ses armes chez Dior, Yves Saint Laurent décide de fonder en 1962, avec l'aide de son compagnon Pierre Bergé, sa propre maison de haute couture, à laquelle il donne son nom. C'est à partir de cette période que ses créations vont révolutionner les garde-robes. Ses collections ne sont pas que des tenues de haute couture, elles vont peu à peu s'imposer dans les penderies de madame-tout-le-monde. Au rang de ces créations à succès, la première est certainement le caban.  A l'origine, ce vêtement en laine est utilisé par les marins pour se protéger du froid. Yves Saint Laurent fait de ce manteau non-ajusté un habit idéal pour les femmes qui n'osent pas encore découvrir leurs hanches en portant des pantalons. 

En avril 2010, dans l'émission Le Mardi des Auteurs, la journaliste de mode racontait la première apparition de ce vêtement dans la première collection d'Yves Saint Laurent, ce "caban, bleu marine avec les boutons dorés, avec un pantalon qui était en shantung soie en blanc cassé, ivoire, qui était mis avec des babouches" : 

Quand on pense que la plupart du reste de la collection était beaucoup plus haute couture : dentelle, soie... C'est assez étonnant de redécouvrir le caban de Saint Laurent, qui était bleu marine, en laine, beaucoup plus dans l'idée du travailleur, de la garde-robe d'un homme. C'est la force de ce vêtement, qui dure encore, qui est devenu un basic pour femmes et hommes, qui inspire encore d'autres créateurs... Voilà, je pense qu'on voit tout de suite dans cette collection, ce don qu'Yves Saint Laurent avait pour comprendre, avec une intuition inouïe, ce que la femme recherchait ou allait vouloir. Il pouvait créer des vêtements qui duraient. C'est étonnant de trouver un vêtement qui a cette intemporalité, ce côté très moderne. 

Yves Saint Laurent (1936-2008) (Le mardi des auteurs, 27/04/2010)

59 min

La même année, Yves Saint Laurent réinvente également le trench-coat : il féminise à son tour ce manteau porté par les officiers anglais pendant la Première guerre mondiale, dont il conserve les manches cousues à l'encolure et la longue ceinture, grâce à laquelle il souligne la taille féminine. 

La robe Mondrian

Croquis original et modèle de la collection haute couture automne-hiver 1965.
Croquis original et modèle de la collection haute couture automne-hiver 1965.
- Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Lauren / Musée YSL Guy Marineau

En 1965, le créateur présente six robes de haute couture pour la collection automne-hiver, directement inspirées des toiles de Piet Mondrian. Amateur d'art, Yves Saint Laurent va, à de nombreuses reprises, laisser transparaître son admiration pour les artistes à travers ses créations. Avec cette robe en mailles fines, sans aucune couture, le couturier reproduit les lignes géométriques de Mondrian.  

En 2011, l'émission Secret Professionnel consacrait un épisode à la création de cette robe, avec Pierre Bergé, le compagnon d'Yves Saint Laurent : 

Peut-être Modrian doit-il beaucoup de sa célébrité à Saint Laurent ? Ce serait une ironie de l'histoire. [...] Quand on a vu une robe Mondrian de Saint Laurent, on comprend comment l'inspiration Mondrian allait de source, comment ça venait tout seul, on peut voir les techniques un petit peu, comment ces robes étaient architecturées, elles étaient en tissu jersey, c'est à dire qui se tenait, qui n'était pas en soie, ce qui permettait d'avoir des lignes rectilignes et horizontales, de placer les plaques de couleur de Mondrian rouges, ou jaunes, ou noires, très facilement. 

Le secret de la robe Mondrian par Pierre Bergé (Secret professionnel, 12/11/2011)

12 min

La collection connaît un immense succès médiatique et marque les prémices d'une tendance de Saint Laurent à mêler art et mode. L'année suivante, il rend en effet hommage au pop art en créant deux robes hommages à Tom Wesselmann. Des années 70 aux années 80, le créateur de mode crée des vêtements en hommage à Picasso, Matisse, Cocteau, Van Gogh, Apollinaire ou encore Braque, comme le raconte Pierre Bergé : 

Des années plus tard Saint Laurent s'est inspiré de Braque et de Picasso. Les héritiers sont venu voir si ce ne serait pas dommage de le tirer vers quelque chose de mercantile et finalement ont conclu que c'était une oeuvre d'art. 

Dans le préambule à son catalogue Yves Saint Laurent, dialogue avec l'art, le créateur de mode se justifiait ainsi : 

Mon propos n'a pas été de me mesurer aux maîtres, tout au plus de les approcher et de tirer des leçons de leur génie.

Le smoking pour femme

Croquis du premier smoking (1966), premier costume porté par Ulla en 1966 et smoking de la collection haute couture automne-hiver 1996.
Croquis du premier smoking (1966), premier costume porté par Ulla en 1966 et smoking de la collection haute couture automne-hiver 1996.
- Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent / Musée YSL Gérard Pataa

En 1966, dans la continuité de son style masculin-féminin, Yves Saint Laurent repense également le smoking en adaptant ses codes au corps de la femme. Il anticipe la révolution féminine qui va secouer la société et enjoint la femme à se moderniser, à  s'émanciper. "Le smoking est un vêtement de style et non un vêtement de mode. Les modes passent, le style est éternel", affirme le grand couturier. 

Le smoking, s'il ne connaît pas un succès immédiat, devient finalement une des pièces les plus emblématiques du talent du couturier. Dans l'émission Le Mardi des Auteurs (voir plus haut), en 2010, Jean-Pierre Debord, directeur technique de la maison de couture Saint Laurent, racontait la genèse de ce costume : 

C'était un autre charme, une autre vision de la femme. Le smoking a été une des choses que l'on faisait chaque saison. Dans les années 62, il a fait un des premiers smokings et après ça a été plus établi disons. Au fur et à mesure que les années ont passé, on a travaillé ces lignes. C'est-à-dire que ce qui est intéressant dans les collections Saint Laurent c'est que ça n'est pas une collection où on dit : "Ça y est c'est terminé, c'est démodé". C'est comme une collection qu'on prend en 68 et qui continue jusqu'en l'an 2002. On ne renie jamais ce que l'on a fait, on reprend les choses que l'on a fait et on trouve toujours une nouveauté.

Un an plus tard, dans la continuité du smoking, Yves Saint Laurent introduit le premier tailleur-pantalon. Il adapte une nouvelle fois le vêtement, ici le tailleur, au corps féminin, avec une taille cintrée auquel s'ajoute un pantalon large.

"Le noir, le noir est ma couleur favorite. Je pense qu'une feuille blanche c'est très ennuyeux et sans le noir il n'y a pas de trait, pas de ligne", disait Yves Saint Laurent

La robe see-through

Croquis original de 1968 et la version portée par un modèle la même année. Le même modèle portée par un mannequin en 2002, lors d'une rétrospective.
Croquis original de 1968 et la version portée par un modèle la même année. Le même modèle portée par un mannequin en 2002, lors d'une rétrospective.
© Getty - Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent / Getty / Musée YSL Guy Marineau

"Rien n'est plus beau qu'un corps nu, assurait Yves Saint Laurent. Le plus beau vêtement qui puisse habiller une femme ce sont les bras de l'homme qu'elle aime. Mais, pour celles qui n'ont pas eu la chance de trouver ce bonheur, je suis là". Le créateur de mode met ce précepte à l'honneur dès 1966, en mettant à nu le buste des femmes à l'aide d'une matière synthétique semi-transparente, la cigaline. Yves Saint Laurent précède de quelques années la révolution sexuelle à venir, et la collection fait rapidement scandale, au point de ne pas être publiée dans les journaux américains, encore trop puritains. 

"J'aime une femme jamais encombrée par de gros tissus. [Ce sont] toujours des tissus assez légers, souples qui mettent en valeur et laissent deviner son corps. Je déteste les formes raides, architecturées, construites...", pouvait-on entendre Yves Saint Laurent affirmer dans une émission consacrée au Statut du couturier, en juin 2002. 

Le Statut du Couturier (Carnet nomade, 14/06/2002)

1h 30

La Saharienne 

Croquis original d'une saharienne en 1968 et sa version portée en 1968 et 2002.
Croquis original d'une saharienne en 1968 et sa version portée en 1968 et 2002.
© Getty - Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent / Musée YSL Guy Marineau

Avec la Saharienne, en 1967, Yves Saint Laurent se réapproprie une fois de plus un vêtement masculin, dans la continuité du style qui a fait son succès. La création emprunte cette fois au style militaire : cette veste en toile de coton ou de lin, à quatre poches, était portée par l'armée britannique en Inde, ou par les membres de l'Afrikakorps, les divisions allemandes de panzers, dans les déserts de Libye et d'Égypte.

La Saharienne version Saint Laurent témoigne de la faculté qu'avait le créateur à puiser son inspiration à l'étranger. Le continent africain avait une place toute particulière dans les créations du grand couturier. Amoureux du Maroc, où il dessine nombre de ses tenues, Saint Laurent a également créé une collection en hommage aux femmes africaines.

En 2016, dans l'émission A Voix Nue, Pierre Bergé revenait sur les créations inspirées de l'étranger d'Yves Saint Laurent, et sur son amour du Maroc :  

Les vêtements étaient inspirés de vêtements ethniques de pays où il n'avait jamais mis les pieds. C'était le cas de la Chine, de l'Inde, et de bien d'autres. Saint Laurent était un "imaginary traveler", il voyageait immobile, et ce sont les plus beaux voyages qu'on puisse faire.

Pierre Bergé, 4ème entretien (A Voix Nue, 01/09/2016)

30 min

Si Yves Saint Laurent fait porter ses créations en hommage aux femmes africaines par des femmes blanches, il est cependant le premier créateur de mode à faire défiler une mannequin noire en France, Fidelia, dès 1962.

La combinaison 

Fiche d'atelier dite "Bible" d'un ensemble pantalon, collection haute couture printemps-été 1968 et une "jumpsuit" portée par un modèle en 1968.
Fiche d'atelier dite "Bible" d'un ensemble pantalon, collection haute couture printemps-été 1968 et une "jumpsuit" portée par un modèle en 1968.
© Getty - Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent / Reg Lancaster

Autre innovation signée Saint Laurent devenue un classique : la combinaison-pantalon, ou "jumpsuit". Une fois de plus, le style masculin-féminin cher au créateur s'impose. Cet uniforme alors porté par les aviateurs est à l'origine l'habit de travail des ouvriers... et des ouvrières quand ces dernières viennent remplacer les hommes dans les usines. On peut notamment l'apercevoir sur la célèbre affiche de propagande américaine "We Can do It !", créée en 1943. 

En 1968, Saint Laurent en dessine une version minimaliste et confortable, qui met en valeur la silhouette de la femme. Toujours dans l'émission Le Mardi des auteurs, la journaliste de mode Alicia Drake rappelait la fascination d'Yves Saint Laurent pour l'androgynie : 

Le style masculin féminin c'était une des constantes de son oeuvre. C'était ça la base de son travail, mais aussi de son regard. C'est comme ça qu'il voyait la femme. La silhouette avec laquelle il voulait travailler... Il disait que chaque femme, chaque forme pouvait mettre ses vêtements. Mais son idée idéale ce n'était pas une femme avec une forte poitrine ou beaucoup de fesses, mais une femme très longiligne. Le corps d'une femme qui ressemblait à son propre corps. Le corps d'Yves Saint Laurent était assez androgyne. 

Des années disco, où elle se bariole de couleurs, aux tenues des stars de la pop, la combinaison, d'abord vêtement de scène, devient enfin, au début des années 2000, un classique de la garde-robe féminine.