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Zao Wou-Ki 2/5 : "La civilisation est une espèce de cristal, chacun ajoute une petite surface pour briller un peu plus"

Zao Wou-Ki en 1988 dans son atelier.
Zao Wou-Ki en 1988 dans son atelier.
© AFP - Ulf Andersen / Aurimages

1986. Deuxième entretien en compagnie du peintre Zao Wou-Ki dans l'émission "Entretiens avec" diffusée en 1986. Il revient sur sa "tentation de l'Occident" alors qu'il quitte sa Chine natale en 1948 pour arriver à Paris. Il raconte ses rencontres artistiques et ses influences.

Dans ce deuxième temps d'une série d'"Entretiens avec" en compagnie de Zao Wou-Ki, le peintre se souvient de son départ de la Chine vers la France en 1948, "c'était une aventure un peu osée, il faut dire". Il explique avoir été attiré par la "tradition ancienne" de la peinture française.

Je suis allé au Louvre dans la journée même où je suis arrivé, dans l'après-midi. Le train de Marseille arrivait à Paris le matin très tôt. [...] C'est un choc extraordinaire. [...] J'y vais encore souvent au Louvre, je sais exactement l'endroit où je dois aller. La tradition est une très belle chose qu'il ne faut jamais refuser.

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Entretiens avec Zao Wou-Ki (2/5) diffusé sur France Culture le 08/06/1986.

18 min

Zao Wou-Ki confie être arrivé en France comme un "débutant" qui découvre, visite beaucoup de musées et fréquente des artistes.

Cézanne m'a beaucoup, beaucoup influencé. Je l'ai découvert un peu tard. Après Cézanne j'ai appris beaucoup de choses... Quand vous regardez un Picasso, vous essayez de copier et c'est un piège et c'est difficile de sortir de ce piège. Alors qu'avec Cézanne vous apprenez beaucoup de choses et vous pouvez développer autre chose.

En observant les toiles de la Montagne Sainte-Victoire de Cézanne, et notamment les cimes et le ciel, Zao Wou-Ki y voit "pratiquement le même principe que dans la peinture chinoise". Il réalise alors que la peinture de Cézanne est "universelle" et il cela lui permet également de comprendre "mieux la peinture chinoise".

Le peintre évoque ses rencontres avec les artistes comme Henri Michaux et aussi André Malraux qui lui demande un jour de 1964 s'il souhaite devenir Français. "Je lui réponds que je n'ai rien contre le fait d'être français, moi je veux bien et j'ai demandé la naturalisation comme tout le monde, raconte avec malice Zao Wou-Ki, et André Malraux m'a dit "Mais vous êtes naïf, la police rejette toujours tout étranger qui veut être français !"" André Malraux se charge alors de sa demande, et le lendemain, Zao Wou-Ki obtient sa naturalisation.

Moi, je suis venu en France, je me suis installé à Paris et je veux être un peintre comme tout le monde. Je ne veux pas avoir une étiquette de Chinois, donc je ne veux pas faire de chinoiseries et c'est pourquoi j'ai essayé d'éviter de faire de l'encre de Chine. [...] C'est après 24 ans que j'ai repris l'encre de Chine.

  • "Entretiens avec" (2/5)
  • Première diffusion le 08/06/1986
  • Producteur : Alberte Grynpas N'Guyen
  • Réalisation : André Mathieu
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France
  • Archive INA - Radio France