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Zao Wou-Ki (3/5) : "J'essaye toujours de me promener dans mon propre tableau"

Exposition à Shanghai du peintre Zao Wou-Ki le 4 novembre 1998
Exposition à Shanghai du peintre Zao Wou-Ki le 4 novembre 1998
© AFP - Zou Qing

1986. Troisième temps de la rencontre avec Zao Wou-Ki en 1986. Le peintre parle de son atelier et décrit son processus créatif, l’utilisation d'abord laborieuse de la peinture à l'huile, le contact entre le pinceau et la toile, sa recherche d'une réponse aux mystères de l'espace et de la lumière.

Dans ce troisième volet de la série "Entretiens avec" diffusée en 1986, le peintre Zao Wou-Ki explique travailler "comme un moine" dans son atelier et avoir besoin le matin "de deux heures pour [se] concentrer... c'est très difficile".

Quand vous ne travaillez pas, il faut essayer de se relaxer et recharger un peu les batteries parce que l'imagination humaine est quand même assez limitée, il faut de nouvelles sources qui s'ajoutent de temps en temps.

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Entretiens avec Zao Wou-Ki (3/5) diffusé sur France Culture le 15/06/1986.

18 min

Zao Wou-Ki donne son avis critique sur la peinture chinoise. Il regrette le fait que "la peinture chinoise a trouvé une facilité décorative", il y voit surtout l'oeuvre d'un peintre "qui s'amuse". Il loue en revanche la peinture de Mi Fu (1051-1107) lequel justement "n'abuse pas de cette facilité".

Zao Wou-Ki explique avoir commencé à travailler avec la peinture à l'huile, qui n'appartient pas à la tradition chinoise, dès 1935 mais ce n'est qu'à partir de 1964 qu'il "commence à comprendre un peu mieux". Il lui a donc fallu trente ans "pour connaître le matériel" et dit refuser ainsi de se mettre à la peinture acrylique : "Ça m'a pris trente ans pour comprendre la peinture à l'huile, pourquoi je me casserai encore la tête pour apprendre la peinture acrylique !"

En ce qui concerne les lavis, "c'est une autre histoire" confie Zao Wou-Ki.

Le papier chinois blanc est déjà tellement riche presque comme du velours, alors chaque tache de noir qui touche le papier ça produit un effet immédiat. Et puis le noir ne se contrôle pas facilement parce que le papier est complètement buvard. Une petite tache de noir ça devient double surface si vous contrôlez mal, alors il faut doser exactement.

Il poursuit sa comparaison entre la peinture à l'huile et l'encre de Chine. "Avec la peinture à l'huile, je me sens à l'aise, déclare le peintre. Avec l'encre de Chine je suis obligé de contrôler beaucoup, beaucoup."

Quand je fais de la peinture à l'huile, j'emploie le pinceau un peu comme le pinceau chinois. Je le tourne de tous les côtés. Je ne vois pas pourquoi on ne peut pas se servir du pinceau comme d'une main. On doit travailler avec tous les côtés. C'est le même principe que l'encre de Chine, sauf le matériel qui n'est pas le même.

Le peintre dévoile un peu son processus créatif devant une toile blanche : "Tout le temps c'est des problèmes d'autocritique, au fond le métier de peintre ça veut dire chercher toujours des ennuis."

Cette liberté qui arrive, c'est après 50 ans. La technique on l'a apprise mais après il faut l'oublier. [...] Quand vous travaillez ou quand vous créez, vous ne pouvez plus penser à vos parents. [...] J'avoue, j'ai été influencé par beaucoup de choses, alors il faut aller chercher très loin, très loin pour retrouver toutes les sources les plus profondes et puis digérer petit à petit, et ça devient une écriture de soi-même.

Il déclare se préoccuper de l'espace dans la peinture, qui reste "un mystère" pour lui comme pour d'autres peintres d'ailleurs.

La peinture au fond c'est un peu recul, silence, tension. Dans une bonne peinture il y a un certain silence, une certaine tension, un certain côté lâché, un certain côté accentué. Il faut traiter tout cela très différemment pour rendre le tableau vivant.

  • "Entretiens avec" (3/5)
  • Première diffusion le 15/06/1986
  • Producteur : Alberte Grynpas N'Guyen
  • Réalisation : André Mathieu
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France
  • Archive INA - Radio France