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Zao Wou-Ki : "J'ai refusé l'encre de Chine pendant 24 ans"

Zao Wou-Ki dans son atelier en 1988.
Zao Wou-Ki dans son atelier en 1988.
© AFP - Ulf Andersen / Aurimages

1995. Le peintre chinois Zao Wou-KI se raconte en 1995 dans l'émission "Mémoires du siècle". Il se souvient de sa venue en France à l'âge de 28 ans en 1948, ne connaissant pas le français, de ses amis peintres, de ses expositions internationales et de son retour en Chine pour la première fois en 1972.

Dans cet entretien diffusé en 1995, le peintre d'origine chinoise Zao Wou-Ki raconte pourquoi il a choisi la France en 1948 alors âgé de 28 ans, il s'agissait pour lui de "voir la vraie peinture" et pas seulement des reproductions.

A Shanghaï il y avait beaucoup de revues américaines pour la mode et dans chaque numéro à l'époque il y avait des reproductions de peinture moderne de Cézanne jusqu'à Matisse, Picasso... Alors j'achetais des revues d'occasion dans la rue, je découpais le tableau et je le collais sur un cahier avec du beau papier. C'est ma collection, on commence comme ça pour comprendre un peu la peinture moderne.

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Il raconte ensuite sa rencontre avec Picasso par le biais du galeriste Pierre Loeb.

Je suis allé voir Picasso et il m'a laissé seul dans son atelier pendant presque trois heures. Je regardais tout ce qu'il avait travaillé. C'est extraordinaire, il ne jette rien. Même un morceau de papier, comme ça, il a dessiné quelques lignes, il le gardait. Et dans certains tableaux il donnait un coup de pied parce qu'il n'était pas content sûrement. De colère, il le crevait au milieu. Voilà comment ça s'est passé... Il passait souvent chez Pierre Loeb et il demandait : "Comment va mon petit Chinois ?"

"Mémoires du siècle" avec Zao Wou-Ki le 28/01/1995 sur France Culture.

52 min

Quand je suis arrivé en France, je n'avais jamais vu de peinture originale... c'était comme trouver le trésor d'Ali Baba ! Complètement perdu. Pour moi, c'était une époque d'apprentissage... comment était faite la vraie peinture. De voir la vraie peinture après les reproductions, il y a une différence énorme. C'est pourquoi pratiquement pendant près d'un an et demi je n'ai fait que regarder partout dans les musées.

Zao Wou-Ki explique l'évolution de sa peinture et en quoi l'année 1953 a marqué un tournant dans son oeuvre."Je trouvais que picturalement ce n'était plus une aventure, il poursuit, une évolution c'est nécessaire, il faut avoir le courage de le faire."

En Chine j'ai choisi la peinture occidentale, je voulais une peinture qui n'était pas ce que je connaissais. C'était une aventure plus amusante aussi. On n'est pas enfermé dans la cuisine. La peinture à l'huile c'est une autre matière, une autre exigence. Ce n'est pas la même chose que l'encre de Chine.

Il revient sur sa première exposition en Chine en 1983 : "Il y a beaucoup de jeunes qui sont venus pour essayer de copier. Je leur ai dit : "Il ne faut jamais copier ! C'est très mauvais ! Il faut essayer de regarder c'est tout.""

J'ai beaucoup d'ancêtres. Je trouve que la tradition est une très belle chose et je la respecte, toutes les traditions, l'européenne et la chinoise. [...] La tradition dans le monde entier est tellement riche, c'est merveilleux.

En conclusion, Zao Wou-Ki revendique la place centrale du vide dans sa peinture.

Le vide est une chose très importante dans la peinture chinoise, dans la tradition chinoise et dans la musique aussi, c'est le repos. Le silence est une chose nécessaire et quand c'est trop rempli, c'est cela le pompier. On n'a pas de repos. On se fatigue pour rien. C'est comme la musique, le vide c'est un vide vécu, nourri. Ce n'est pas un vide vraiment vide, ce n'est pas la même chose. C'est l'opposé du plein mais en même temps c'est nécessaire.

  • "Mémoires du siècle"
  • Première diffusion le 28/01/1995
  • Producteur : Pierre Descargues
  • Réalisation : Jacques Béraud
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France
  • Archive INA - Radio France